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Fahd Iraqi - TelQuel - publié le Jeudi 8 Août à 15:00

Danielgate. Le roi, un homme comme les autres






Danielgate. Le roi, un homme comme les autres
Mohammed VI a vécu la semaine la plus affolante de ses 14 ans de règne. Il a eu chaud, très chaud. Une bourde monumentale a été commise en son nom, il en porte la responsabilité : son sceau royal a été apposé sur une grâce accordée à un pédophile espagnol multirécidiviste, Daniel Galvan Fina, condamné à 30 ans de prison pour avoir violé 11 enfants. Cela a évidemment suscité l’indignation de l’opinion publique : permettre à un monstre de s’en sortir par le fait du prince est un scandale inadmissible. Un scandale politique, qui parle à tout le monde. Il n’y a pas un foyer marocain qui pourrait ne pas compatir avec les victimes et leurs familles. Il n’y a pas un citoyen du monde qui ne se montrerait pas sensible à cette cause. C’est le genre d’étincelle qui peut allumer un brasier ravageur pour l’institution monarchique s’il n’est pas contrôlé à temps. La clause du contrat liant le souverain et le peuple, faisant de lui le protecteur des victimes, a été momentanément rompue. Mohammed VI l’a compris : sa réponse a été intelligente, efficace, humaine mais reste malgré tout insuffisante.

 La gestion de crise, façon makhzen

La réaction de la monarchie est venue en retard, mais pas trop tard pour limiter les dégâts. Quatre jours après la libération de Daniel Galvan, et alors que celui-ci avait déjà quitté le territoire, le palais entre effectivement en ligne. Entre-temps, l’affaire avait pris de l’ampleur : le sit-in organisé le vendredi 2 août devant le parlement pour dénoncer cette grâce injustifiable est accueilli par la sauvagerie (presque) habituelle des forces de l’ordre. Les images de la répression sont diffusées le soir même sur les réseaux sociaux et par certains pure players marocains. Elles sont reprises dès le lendemain par tous les médias étrangers influents. C’est peut-être cela qui a fini par convaincre les faucons du régime, que le Danielgate était devenu une affaire trop grosse pour être étouffée. Qu’il était temps de se mettre en mode gestion de crise.

Et il faut l’admettre, la monarchie a bien géré le coup. Un premier communiqué du cabinet royal est venu reconnaître que cette grâce était une « erreur » et que le mécontentement est légitime. Il prend évidemment le soin de dédouaner le roi qui « n'a jamais été informé, de quelque manière que ce soit et à aucun moment » et qui n'aurait jamais « consenti à ce que Daniel Galvan Fina puisse arrêter de purger sa peine » Mais surtout, le communiqué recentre la crise sur son aspect humain : « Sa Majesté le Roi, en tant que premier protecteur des droits des victimes, de surcroît enfants, et de leurs familles, ne ménagera aucun effort pour continuer à les entourer de sa sollicitude ». Après le mea culpa, le cabinet royal va ensuite passer à l’action : un deuxième communiqué annonce le retrait de la grâce, ordonne de donner des suites à cette nouvelle décision et rappelle qu’une enquête est en cours pour déterminer les responsabilités. Dès le lendemain (lundi 5 août) les annonces royales donnent des résultats concrets : Les images de l’arrestation de Daniel Galvan en Espagne rassurent l’opinion publique : il est à nouveau derrière les barreaux. Dans la foulée, un troisième communiqué du cabinet royal vient désigner et sanctionner le responsable de la « défaillance » dans le processus d’octroi de la grâce. En termes de gestion de crise, cela s’appelle enchaîner les petites victoires pour préparer le terrain au grand coup qui va définitivement renverser la vapeur. Celui-ci intervient le mardi 6 août quand Mohammed VI reçoit les familles des victimes. Les images de la réception, un chef d’œuvre de communication de crise en 1minute et 46 secondes, feront le tour de la toile. Le roi se livre ainsi au jugement des principaux concernés par cette affaire. Et ces derniers en lui faisant la bise (et non le baisemain) lui expriment leur pardon. Une image humaine émouvante de la part d’un souverain dont la compassion est sans doute sincère. C’est le happy end côté humain du Danielgate pour le grand public.

Le coût politique

Sur le plan politique en revanche, la monarchie n’est pas sortie indemne de cette affaire. Pour la première fois elle a dû admettre qu’elle a commis une « erreur », elle a dû revenir sur une décision, elle a dû désigner un responsable, elle a dû communiquer comme jamais elle ne l’a fait… C’est toute la magnificence du roi au pouvoir divin, qui a pris un sérieux coup. Mohammed VI devient alors un homme comme les autres : un chef d’Etat qui peut commettre des erreurs, qui peut assumer ses responsabilités, qui peut réparer ses erreurs.

La monarchie gagnerait donc à se livrer à un exercice d’introspection pour tirer les enseignements du stress test qu’elle vient de passer. Le roi a fait l’aveu selon lequel il était mal informé. A lui alors de remettre à plat son circuit d’information. Un circuit dont on ne connaît strictement rien. C’est un mystère aussi épais que les murailles du sérail. Sauf que le Danielgate est la preuve irréfutable que ce circuit est défaillant. Qu’il contient une brèche béante, laissant une grande marge d’erreur, si ce n’est une marge d’instrumentalisation. C’est peut-être cela qui nous a valu les précédents ratages spectaculaires, (îlot Leila, pétrole de Talsint, procès d’opinion…) qui ont terni l’image du Maroc et l’éclat de sa couronne.

Jusque-là, les mesures politiques prises à la suite de ce scandale restent peu convaincantes. Elles ne sont pas suffisantes comme gage sur l’infaillibilité du processus de prise de décision au palais. L’annonce de la réforme du système de la grâce royale est une décision élémentaire. La révocation de Hafid Benhachem sonne comme la désignation d’un bouc émissaire sur mesure : un serviteur qui va accepter de porter le chapeau sans moufter. Un tour de passe-passe makhzenien pour clore l’affaire mais qui ne dupera personne. Il est difficile de faire croire que la chaîne des responsabilités se limite au niveau de la délégation générale de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion. Cet organisme que dirigeait Benhachem n’est qu’un membre parmi six autres qui siègent dans la commission des grâces royales. Où étaient alors les cinq autres membres ? Qui représentait le cabinet royal (institution dont on ne connaît pas l’organigramme) qui dispose d’un siège dans cette commission ? Et puis, dans toute la kyrielle des conseillers que le roi a lui-même recruté, il n’y a eu personne pour rattraper le supposé loupé de Benhachem qui « a transmis par inadvertance des informations erronées » ? A quoi servent alors les conseillers de Sa Majesté ? Sont-ils tous blancs comme neige dans ce cafouillage ? Ne serait-ce pas à leur niveau que les deux listes transmises par la diplomatie espagnole ont été fusionnées comme semblent le confirmer les médias ibériques ? Le ministre de l’Intérieur et le procureur général près la cour de cassation qui ont diligenté l’enquête n’ont pas tenu de conférence de presse. A priori, ils ne le feront jamais. Pourtant beaucoup de zones d’ombres persistent dans cette affaire. Et il y a aussi les responsables de la répression sauvage de la manifestation de vendredi dernier qui n’ont pas encore été désignés. La plainte déposée par la société civile contre le ministère de l’Intérieur donnera-t-elle des résultats ? On verra…

En définitive, la monarchie gagnerait à continuer sur sa lancée de ces derniers jours et à approfondir davantage cette affaire. C’est son devoir de tout mettre en œuvre pour que les marocains puissent connaître dans le détail, ce qui s’est réellement passé. Ce serait là, un message politique fort qui démontrerait la capacité du régime à apprendre de ses erreurs. Cela montrerait également que le roi est effectivement en « phase avec son peuple ». Un peuple qui a du verser son sang pour lui permettre d’être mieux informé. En permettant d’établir la vérité, toute la vérité, Mohammed VI, le chef d’Etat, l’homme, en sortira grandi.

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Tagué : Fahd Iraqi

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