Lemag.ma : Portail d’information dédié au Maroc et au Maghreb
Facebook
Twitter
App Store
Newsletter
Mobile
Rss
Des considérations antisémites sont-elles à l’origine du refus de... | via @lemagMaroc https://t.co/9lydo7jd29 https://t.co/wz3reoxFgh



Mokhtar Chaoui - publié le Samedi 27 Juin à 12:39

"Couvrez-moi ces gambettes que je ne saurais voir !"




Jupes; Ramadan; pudeur; atteinte aux mœurs; arrestation; fanatisme; danger...



Encore une fois, je reprends mon stylo de pèlerin. Encore une fois, je martyrise les lettres de mon clavier pour qu’elles expriment leur incompréhension et leur désarroi. A chaque fois, elles m’envoient leurs regards désappointés pour me dire : « Encore ! Ça va donc jamais s’arrêter, ces absurdités ! » Elles appellent absurdités tous les faux débats autour de fausses questions. Et il y’en a des tas, de faux débats au Maroc, ces derniers temps ; il n’y a même que cela ; à croire que c’est fait exprès pour détourner le quidam des véritables problèmes de société.

Ainsi donc, dans la rue comme sur les réseaux sociaux, il n’est question que de l’affaire des deux jeunes femmes qui ont été arrêtées au Souk d'Inezgane, à quelques kilomètres de la ville d'Agadir, et poursuivies pour "Atteinte aux mœurs !" Oui, rien que ça : "Atteinte aux mœurs ! » D’après des témoins, elles ont échappé à un vrai lynchage avant que la police n’intervienne ; non pas pour les sauver, mais pour les déférer devant le juge. Oui, oui, vous ne rêvez pas. Les pauvres ont passé la nuit au commissariat avant d’être présentées devant le procureur du roi le lendemain, en état d’arrestation. L'audience aura lieu le 6 juillet prochain.

Quel crime ont-elles commis, ces pauvres ? Ont-elles exhibé leurs nichons au milieu du souk ? Ont-elles dessiné un 8 avec leur postérieur devant les vendeurs des pastèques ? Ont-elles fait l’amour sur un lit de Qesbour et de Ma3ednouss ? Ont-elles rompu le jeûne avant que le soleil ne l’autorise ? Que Nenni… Rien de tout cela. Elles ont juste porté des jupes. Oui, vous avez bien entendu, des jupes… même pas des mini-riquiqui-jupes, juste des jupes jugées ATTENTATOIRES A LA PUDEUR, cette chérissime pudeur nationale qui foisonne, en ce mois sacré, comme les rixes et les insultes. Oh sacrilège ! Oh Satanas ! Oh blasphème de tous les blasphèmes ! Les jupes ont attisé le diable qui se tait dans le cœur des hommes (à préciser que le cœur de certains hommes ne se trouve pas là où vous pensez) et se sont permis L’INDECENCE de réveiller l’instrument du Chaytane, le désir. Ce diable qui est toujours aux aguets et qui, à la moindre occasion, essore les cœurs chastes des hommes pieux et en extrait quelques gouttes sataniques qui les privent des hassanates du jeûne. Il est vrai que beaucoup d’hommes, chaleur aidant, deviennent des « jeûnaculateurs » précoces à la simple évocation de l’ombre d’une jupette. Mais quand même ! Je ne savais pas que les mâles marocains étaient, à ce point, virils. Pourtant, les études ont démontré que les Marocains sont les 3èmes plus grands consommateurs de viagra, après l’Egypte et l’Arabie Saoudite. Résolvez-moi donc cette équation s’il vous plaît, parce que ma petite cervelle qui a toujours porté une jupe attentatoire à l’intelligence, n’arrive pas à le faire.

De cette mascarade, parce que c’en est une, sauf pour les deux jeunes femmes, se dégage une réalité beaucoup plus grave, voire dangereuse : La radicalisation de la société marocaine. Ce qui était admis comme normal, qui ne posait aucun problème, qui n’excitait aucun désir est devenu une atteinte aux mœurs, à la pudeur et donc un délit. Du baiser de Nador, aux jupes d'Inezgane, en passant par les no-bikinis, les deux jeunes homos emprisonnés, les plaintes contre Jennifer Lopez, Placebo et Nabil Ayouch, etc. les interdits se multiplient et se banalisent. Ça en dit long sur les libertés individuelles qui sont en train de rétrécir comme peau de chagrin. Le fanatisme des uns, le silence des autres, la complicité des troisièmes et le laxisme de l’Etat ont fait que les intégristes deviennent de plus en plus forts et imposent leur vision sociétale. Il ne faut donc pas s’étonner si demain, on prescrit aux hommes de porter la barbe et aux femmes la burqa. Vouloir discuter et convaincre ne sert strictement à rien parce que, le dialogue, pour eux, est une profanation. Pour eux, nous sommes tous des apostats. Il nous faut donc nous reconvertir à « LEUR » Islam ou périr sous leurs couteaux tranchants ou leurs bombes humaines.

La Maroc glisse vertigineusement sur une pente périlleuse. Nos dirigeants, à force de faire les yeux doux aux pétrodollars, ont fini par hériter de leur wahhabisme. Le pétrole et les dollars s’envoleront alors que le wahhabisme s’est déjà incrusté et a converti les esprits de beaucoup de Marocains en pierre tombale.
Que faire alors pour déraciner ce fanatisme rompant ? Je l’ai dit et je le répète pour la énième fois : INSTRUIRE. Seule l’instruction peut nous sauver ; pas une instruction qui verse dans la servitude et le baisemain, mais une instruction à base de savoir scientifique, de goûts artistiques, d’ouverture d’esprit, de liberté, d’acceptation de l’autre et surtout de respect de ses convictions. Répondre au fanatisme religieux par un fanatisme libertaire n’aboutira qu’à des affrontements de plus en plus fréquents et, à la longue, suicidaires.

La société marocaine doit réagir pour évoluer vers l’esprit des libertés et de la tolérance et non pas vers celui de l’intégrisme et de l’exclusion. Elle doit combattre les terreaux du fanatisme, et en premier lieu l’ignorance. Que fait-on pour éradiquer cette ignorance ? Là est la question…

Avant même que je n’achève ce texte, j’apprends que trois attentats ont été perpétrés au Koweït, en France et en Tunisie. Y a-t-il encore une place pour l’analyse, le dialogue, l’argumentation ? Faut-il désespérer de l’humain ? J’avoue que je n’ai pas de réponse.

Mokhtar Chaoui
écrivain.


Tagué : Mokhtar Chaoui

               Partager Partager


Dans la même rubrique :
< >

Lundi 10 Octobre 2016 - 19:04 L'école, écosystème