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Omar Alaoui - publié le Vendredi 18 Janvier à 11:37

"Couvrez ce sein que je ne saurais voir"






"Couvrez ce sein que je ne saurais voir"
Je n’ai pas pour habitude de prendre part aux polémiques et aux pratiques politico-politiciennes. J’estime que si il faut affronter le Parti Justice et Développement (PJD) c’est bel et bien sur le terrain des idées, et seulement sur ce terrain là. L’essai politique « Analyse et enjeux de la victoire du PJD » dont je suis le co-auteur, est, modestement, une bonne contribution au travail de recherche et de compréhension de la nature et de l’identité politique du parti de Benkirane. Aux insultes, je préfère généralement l’analyse du discours, et ici du double discours des « islamistes modérés » marocains. Aux polémiques, je préfère l’effort de production intellectuelle afin de comprendre les points forts de ce parti qui ne cesse de faire parler de lui et d’alimenter la chronique.

Cependant, une information du quotidien Akhbar Al Youm, reprise par Emarrakech, et confirmée par le député Aftati à l’AFP (rien que ça ! ), a tout simplement choquée la jeunesse marocaine. On y apprend qu’une délégation de députés issus des rangs du PJD, et avec à leur tête le populiste Aftati auraient été « outrés par la diffusion d’un film, jonché de scène érotiques » à bord d’un avion égyptien. Avec leurs discours toujours aussi autoritaire, les députés « intimèrent l’ordre au personnel de stopper la diffusion du film provoquant les inquiétudes et les colères des passagers marocains et égyptiens ». Une scène ordinaire, banale, me direz vous ? Pas lorsqu’on prend le temps de la mettre en relief et d’inscrire cet événement dans le contexte politique marocain. Quelques jours plus tôt, les députés du groupe parlementaire du PJD ont tout bonnement rejeté une proposition de loi émanant de l’USFP et interdisant toutes actes sexuels à l’encontre des mineures. Claquant ainsi la porte au nez à une grande partie de la société civile qui s’était mobilisé avec force et convictions suite à la tragique « affaire Amina Filali ». Ce « rejet » de la part du PJD a provoqué l’indignation et la colère de nombreux internautes, notamment au près des plus jeunes d’entre eux. En effet, les voix au sein de la société civile et de l’opposition parlementaire réclamaient non seulement l’abrogation de l’article 475 du Code pénal mais également la révision complète d’un Code archaïque. Nous sommes, malheureusement, encore loin du compte.

Comment expliquer, rationnellement, que « nos » députés islamistes s’indignent face à quelques scènes cocasses dans un film et puissent cautionner le viol des mineures ? Pour comprendre ce « deux poids deux mesures », il faut revenir à l’identité même du Parti Justice et Développement. Ce dernier existe par une critique acerbe de la modernité et de ses défis, une dénonciation des malfaçons et imperfections du choix démocratique marocain et considère toutes avancées modernistes comme débauches, déchéances et tentatives de mise en péril de l’identité arabo-musulmane du Maroc. Le PJD récuse de façon totale l’individualisme et les libertés individuelles au profit d’un communautarisme fondé sur la base islamique et rejette catégoriquement les grands principes de la philosophie des Lumières. L’analyste politique Khalid Achibane s’interrogeait même sur divers supports électroniques en langue arabe : « Benkirane ignore t-il le contrat social de Jean Jacques Rousseau ? ».

Le populisme de Benkirane et de ses compagnons s’exprime par une tendance systématique à diviser les enjeux en noir et blanc, une vision manichéenne et une hostilité totale aux débats contradictoires et à l’opposition d’idées. La preuve en est depuis l’arrivée au « affaires » du PJD, le groupe parlementaire islamiste continue d’agir comme s’il était encore au sein de l’opposition parlementaire menaçant tantôt de « descendre dans la rue » (cf : le député Bouanou) et imaginant tantôt la présence de créatures magiques (cf : le député Aftati), venant ainsi contredire la théorie du désenchantement du monde.
Si vous non plus, ne comprenez pas les raisons pour lesquelles Aftati et ses compagnons parlementaires s’indignent face à quelques scènes dénudées et encouragent d’un autre côté les agressions sexuelles envers les mineures, cela est tout à fait normal. Car oui, le discours du PJD manque de logique, de clarté, de transparence. Il n’est pas construit selon les bases de la « Rational choice theory » mais est construit à des fins électoralistes. Il n’y a aucune pédagogie, aucune démarche responsable dans le discours des parlementaires du PJD. Au sein même du gouvernement Benkirane, il y a un refus d’analyser la complexité des enjeux et des problématiques qui touchent la société marocaine. Ce « double discours » inquiète, choque au plus haut point les marocains.

L’incident de l’avion égyptien est synonyme de l’arrivée au Maroc des Tartuffes, si chers à Molière. Oui Aftati et ses amis sont des faux dévots, ils instrumentalisent la religion à des fins politiques ! Le discours des islamistes emprunte plus de mots au champ lexical de la religion qu’à celui de la politique, mais il est un leurre. Sans cesse on parle de péché, de dévotion, de pardon, de conscience, de Morale ! Occupez vous, messieurs les députés des problèmes des citoyens, et laissez la religion à la Nation marocaine. Vous n’en êtes ni les garants, ni les défenseurs et vous n’en avez pas le monopole. Aux faux dévots que sont Aftati et ses amis, il faudra mettre en avant « des dévots de cœurs », des humanistes, des patriotes qui serviront l’intérêt général et qui se tiendront loin des discours moralisateurs. Jamais, l’hypocrisie de nos Tartuffes marocains n’avait été plus profondément percée à jour. Ces Tartuffes sont des donneurs de leçons, des pisses-froids. La posture moralisatrice du PJD n’est elle pas une imposture ?

« Couvrez ce sein que je ne saurais voir. Par de pareils objets, les âmes sont blessées. Et cela fait venir de coupables pensées », Molière dans Le Tartuffe.


Tagué : Omar Alaoui

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