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Frankie Martin et Hailey Woldt -CGNews - publié le Samedi 10 Mai à 09:46

Comprendre les zones tribales au Pakistan




Frankie Martin et Hailey Woldt : Les promesses du nouveau gouvernement de coalition pakistanais d’entamer un dialogue avec les militants a fait tiquer pas mal de gens. Au grand regret de Washington, le nouveau gouvernement dirigé par Nawaz Sharif et par le veuf de Benazir Bhutto, Asif Ali Zardari semble avoir une vue différente sur la lutte contre le terrorisme. Voici pourquoi nous devrions y être attentifs.



Aujourd'hui, nous sommes confrontés à un désastre culturel et militaire dans le Waziristan, instable province tribale du Nord-Ouest du Pakistan. Une plus grande utilisation de la force par l'armée pakistanaise dans la région - exigence des Américains à laquelle le président Pervez Moucharraf s'était pourtant plié - n'a mené à rien. Les attentats suicides s'y déchaînent et la violence s'y est installée au-delà des régions tribales, dans des villes comme Lahore et Islamabad.

Ces résultats médiocres ont été mis sur le compte du manque de fermeté alors qu'en réalité c'est l'approche elle-même qui doit être remise en question.

Les responsables politiques de Washington nous disent qu'il faut, dans ces zones tribales, choisir entre capitulation et victoire. La capitulation sous-entend que les Talibans auront la voie libre pour régner sur un nouveau califat, et la victoire voudrait dire réduire tout le pays à une masse de gravats sous laquelle serait aussi enseveli Oussama ben Laden.

Or c'est là une fausse dichotomie qui découle de l'incapacité de tirer leçon du passé ou de faire une simple analyse culturelle.

Les zones tribales du Pakistan, qui sont peuplées par l'ethnie pachtoune, ont longtemps été très mal comprises par l'Occident et même par de nombreux Pakistanais citadins. Très peu de gens comprennent que les Talibans sont un phénomène très récent dans l'histoire de cette région, et sont considérés comme une entité envahissante et indésirable dans la culture traditionnelle locale.

Historiquement, les chefs tribaux et les fonctionnaires représentants du gouvernement ont toujours contrôlé les dirigeants religieux dans ces zones. Mais après les événements du 11 septembre 2001, Moucharraf et les Etats-Unis ont asséné un dernier coup fatal à ce système, à bout de souffle, sous forme de bombardements continuels.

Et de ce fait, le gouvernement représenté auparavant par l'ancienne fonction publique n'est plus présent au Waziristan- Moucharraf ayant démantelé celle-ci pour le remplacer par l'armée. Quant aux chefs de tribus traditionnels, ils ont été mis à l'écart.

Les mollahs des talibans se sont dépêchés d'occuper ce vide, utilisant des discours apocalyptiques pour exalter des gens qui ont perdu tout espoir que le gouvernement comprenne un jour leurs problèmes.

Les Etats-Unis ont également jeté de l'huile sur le feu des zones tribales en soutenant des gouvernements dépourvus de représentants pachtounes, au Pakistan comme en Afghanistan. Les membres des tribus pachtounes se sentent encerclés de toutes parts, attaqués, selon eux, du simple fait de leur ethnicité. Parce qu'ils sont musulmans, ils ont aussi l'impression que l'islam est en état de siège et cherchent à défendre leur religion.

Les problèmes se sont exacerbés à cause de notre façon confuse de dénommer l'ennemi. Aujourd'hui la ligne entre Pachtounes, Taliban et Al-Qaeda reste dangereusement floue.

Les Etats-Unis et leurs alliés ont de grosses difficultés. Plus le temps passe sans que l'on comprenne la situation des membres des tribus et ce pour quoi ils luttent, plus l'objectif de capturer ben Laden et de sécuriser la frontière avec l'Afghanistan devient illusoire.

Cela ne veut pas dire qu'il faut «apaiser » ceux qui cherchent à faire du mal à l'Amérique mais plutôt «administrer » plus efficacement. Il s'agit de combiner la menace de l'emploi de la force avec des efforts pour gagner le respect des tribus, leur tendre la main, travailler en tenant compte de leur contexte religieux et culturel.

La situation pourrait aussi s'améliorer passablement si une grosse proportion de l'aide américaine était consacrée plus à l'éducation et au développement qu'à des activités militaires vouées à l'échec et qui ont coûté plus de 10 milliards de dollars aux Etats-Unis depuis le 11 septembre 2001.

L'histoire a montré qu'il est impossible de gouverner ces zones tribales – qu'il s'agisse des Britanniques ou des Pakistanais – quand ces méthodes ne sont pas employées. Cette approche doit également être utilisée dans d'autres sociétés tribales où les Etats-Unis sont impliqués - du Pakistan à l'Irak en passant par la Somalie.

Si l'on ne s'oriente pas vers une nouvelle voie, les Etats-Unis vont continuer leur marche mondiale vers la catastrophe. Bombarder encore et encore les membres musulmans d'une ethnie - sans comprendre qui est-ce qu'on est véritablement en train d'attaquer et pourquoi - n'est pas du «réalisme», mais tout simplement une mauvaise politique.

La politique simpliste qui consiste à passer au rouleau compresseur ses ennemis a ruiné la réputation des Etats-Unis dans le monde entier, et si elle persiste, elle continuera de détruire notre avenir. En tant que jeunes Américains préoccupés de l'avenir, nous ne pouvons pas permettre ces politiques vouées à l'échec de continuer de gâcher le siècle qui commence.

* Frankie Martin est un étudiant de troisième cycle à l'American University et y travaille comme assistant de recherche à la School of International Service. Hailey Woldt est une étudiante qui termine son deuxième cycle à l'Université de Georgetown.

Tous deux ont travaillé sur le terrain pour le livre Jouney into Islam : The Crisis of Globalization d'Akbar Ahmed (Brookings, 2007).



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