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par Tehmina Kazi - CGNEWS - publié le Vendredi 16 Juillet à 13:50

Comment renverser le désengagement des musulmans britanniques?






Londres – Lors d'une conférence qui s'est tenue en 2008 pour le syndicat national des enseignants britanniques, une résolution a été adoptée déclarant que les écoles publiques devaient faire preuve de flexibilité et de capacité d'adaptation pour satisfaire aux impératifs religieux des parents et des enfants. Malheureusement, de telles mesures engendrent souvent des réactions violentes de la part de groupes marginaux et de personnes racistes qui voient dans cette action une quasi usurpation de leur identité nationale.

Même si la plupart des personnes au Royaume-Uni condamnent, à juste titre, le nationalisme trop zélé qui se répand sous forme de racisme à l'encontre des minorités ethniques, le simple fait d'ignorer ces attitudes négatives ne feront qu'exacerber le manque de tolérance de certaines personnes.

Notre devoir est, bien au contraire, de veiller à ce que de tels problèmes ne s'aggravent pas.

Jusqu'ici au Royaume-Uni, la démarche consistant à favoriser la tolérance religieuse dans l'éducation s'est développée de deux manières différentes: tout d'abord, en demandant aux enseignants de favoriser la compréhension et l'acceptation dans les écoles; puis, en appliquant cette règle à l'institution elle-même, c'est-à-dire en demandant aux écoles de prévoir un moyen pour que tous les élèves conservent leur identité religieuse et culturelle dans le cadre de leurs études. Compte tenu de l'influence que peuvent avoir l'éducation et les enseignants, cette démarche semble être pragmatique. Dans bien des écoles publiques, (occidentales ou tout simplement britanniques), les jeunes de toutes cultures, quelles que soient leurs croyances religieuses ou non religieuses, se rencontrent, reproduisant l'environnement auquel ils seront confrontés à l'âge adulte dans un monde de plus en plus globalisé.

Il est donc aisé de comprendre pourquoi tant de personnes pensent que le respect et la compréhension de la diversité religieuse constituent une part aussi importante dans l'éducation de nos enfants.

Depuis que l'immigration a commencé à se glisser au premier plan des sensibilités britanniques, les enseignants se sont vus confier un rôle de plus en plus social et éducatif. Ils doivent favoriser des environnements permettant à la confiance de s'installer entre enfants, parents et personnel enseignant. Cette tendance pourrait également être en partie attribuée à la recherche en sciences sociales et aux rapports des médias qui révèlent, en dépit de tous les progrès accomplis ces dernières années, encore beaucoup d'obstacles au multiculturalisme britannique et une sous-représentation toujours fréquente des minorités ethniques dans des domaines comme la politique et la finance. Les musulmans britanniques ne font pas exception.

Il apparaît, en réalité, que les musulmans britanniques ont depuis longtemps vécu un désengagement plutôt qu'une appartenance nationale. Un exemple probant: En novembre 2007, le maire de Londres de l'époque, Ken Livingstone, a demandé un rapport qui a révélé qu'en 2006, plus de 90% des articles parus lors d'une semaine donnée dans la presse britannique sur l'islam et les musulmans étaient négatifs. Cela doit changer. Les générations à venir méritent mieux.

Toutefois, pour permettre de vaincre cette négativité, il ne suffit pas que les éducateurs se dotent des moyens nécessaires pour enseigner dans un environnement multiconfessionnel. Il faut aussi que les élèves musulmans et leurs parents apprennent à s'adapter à eux. Mais les écoles et les enseignants britanniques n'ayant jamais fait l'objet d'un examen aussi minutieux, les enseignants peuvent parfois être tentés d'accepter les revendications culturelles ou religieuses des parents et familles d'enfants. Cela ne peut toutefois pas être une solution.

Si les pratiques et croyances qui définissent les groupes et les individus sont en effet précieuses, elles ne peuvent servir à elles seules de base pour mettre en place des mesures d'éducation et une politique. Cette démarche risquerait d'emmagasiner de la rancoeur et – paradoxalement - de l'intolérance pour l'avenir. La culture n'est pas statique; elle est dynamique et les écoles doivent le prouver en se montrant assez souples pour traiter tous les élèves de la même manière. C'est, en fait, le vrai test d'engagement en faveur de la tolérance et de la compréhension.

S'il est impératif cependant que nos enfants soient élevés en étant bien informés et en ayant l'esprit ouvert, il est tout aussi important qu'ils veillent à s'adapter à leur société et à leur environnement scolaire. L'essence du multiculturalisme implique que les gens vivent côte à côte sous une identité commune tout en restant fièrement attachés à leur identité personnelle afin que personne ne nourrisse de rancoeur ou ne souffre d'un manque d'appartenance.

C'est dans ce contexte que nous pouvons nous défendre contre les groupes marginaux qui insistent sur le fait que les musulmans et l'islam sont incompatibles avec la démocratie occidentale. Renverser le cours des événements commence par l'éducation des enfants. En encourageant tous les élèves, y compris les élèves musulmans, à se considérer comme égaux, nous serons en mesure de corriger le désengagement qui s'est exprimé chez les musulmans britanniques depuis bien trop longtemps.

Si des conditions religieuses et culturelles viennent à dominer la salle de classe, nous allons faire beaucoup de tort aux élèves britanniques en ne prêtant qu'un intérêt de pure forme au principe de diversité et échouerons à créer un environnement dans lequel les élèves pourront se sentir égaux. Le respect mutuel et la tolérance devraient être encouragés en cherchant l'égalité et les ressemblances entre élèves, et non en cherchant les différences qui les séparent.

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*Tehmina Kazi est directrice de British Muslims for Secular Democracy (organisation des musulmans britanniques pour une démocratie laïque).


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