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Ghassan Rubeiz - publié le Lundi 19 Août à 19:53

Comment optimiser l’aide financière américaine à l’Egypte






Ghassan Rubeiz
Ghassan Rubeiz
East Meridith, New York – Il semble qu’actuellement les Américains, et plus particulièrement Washington, ne se lassent pas de l’Egypte. Suite à l’éviction fortement contestée du président Mohamed Morsi, l’Egypte se trouve aujourd’hui dans un état d’instabilité politique et les Américains ne semblent pas pouvoir s’accorder sur la manière de leur venir en aide.

Alors que les Américains poursuivent le débat sur la légitimité de l’éviction de Mohamed Morsi et les répercussions sur le soutien américain envers l’Egypte, le président Barack Obama s’est abstenu d’émettre un jugement sur la récente transition politique que connaît le pays. Il en résulte que Washington continue d’offrir son aide financière à l’Egypte tout en encourageant publiquement le gouvernement provisoire à revoir la constitution et à mettre en place des élections libres et justes.

Mais est-ce suffisant ? La confiance entre les Etats-Unis et l’Egypte se trouve au plus bas, et l’impact que l’Amérique peut avoir sur l’Egypte a des limites sur la transition politique égyptienne. Pourtant, les deux pays entretiennent des relations depuis des décennies. Ainsi, une aide étrangère juste et équilibrée pourrait contribuer modestement à résoudre une instabilité persistante et à améliorer les relations entre Washington et Le Caire.

Or, il faut accorder de l’importance au type de soutien. L’Egypte a besoin de nourriture et non pas d’armes.

Afin de mieux répondre aux besoins du peuple égyptien, l’aide étrangère américaine doit donner priorité au développement économique et aux droits humains plutôt qu’au renforcement de la capacité militaire. En effet, l’armée égyptienne reçoit 1.3 milliards des 1.56 milliards que les Etats-Unis fournissent chaque année, un rapport armes-nourriture complètement disproportionné. Qui plus est, l’armée égyptienne dirige également une grande partie de l’économie. Et pourtant, l’histoire montre qu’aucune institution militaire n’est capable de servir les intérêts de la société si ses propres intérêts entrent en conflit avec ceux du peuple.

L’aide américaine envers l’Egypte doit viser la stabilité, les droits humains et la prospérité. Elle doit donc davantage se traduire par le soutien aux entreprises industrielles, aux programmes éducatifs, aux activités culturelles, aux droits humains, à la création de partis politiques et au dialogue entre l’église, la mosquée et la synagogue.

Le pays qui donne et celui qui reçoit donnent une image qui influe sur l’efficacité du soutien. Dans une ère de communication mondiale de masse, les effets positifs de l’aide étrangère peuvent être facilement anéantis par des campagnes médiatiques irresponsables, et ce autant dans le monde arabe qu’aux Etats-Unis.

Si l’aide étrangère est élaborée à partir d’un partenariat bilatéral, les spécialistes américains et égyptiens pourront mettre en place ensemble des programmes de développement. L’évaluation des résultats pourrait dès lors se fonder sur des objectifs d’aide fixés mutuellement, et les évaluateurs compteraient des membres égyptiens.

La question de l’aide est plus qu’une simple question de substance : son contexte politique est crucial. Washington doit donc mieux coordonner son aide étrangère dans la région. En effet, si elle est perçue par les Egyptiens, qui accordent une grande valeur à la fierté et à la détermination, comme un instrument de cooptation et de conformité, il sera alors difficile pour Washington de construire un véritable partenariat avec Le Caire.

La présence et la puissance visibles de l’aide américaine peuvent avoir des effets contreproductifs pour le moment. Actuellement, le gouvernement provisoire et l’opposition ne sont pas à l’aise avec l’investissement américain dans la politique égyptienne interne. La justice et la neutralité sont des outils importants. Les Etats-Unis doivent s’efforcer de réconcilier les deux camps, et se joindre à l’Union européenne et à la Ligue des pays arabes en matière de diplomatie et de soutien.

Afin de renforcer la confiance entre Washington et Le Caire, l’aide étrangère doit encourager la réciprocité – tels que les programmes d’échanges dans les deux directions. Par exemple, en ce qui concerne l’aide dans le domaine de l’éducation, les professeurs égyptiens pourraient dispenser des cours dans des universités américaines et, inversement, des enseignants américains pourraient faire classe et conseiller en Egypte. De la même manière, les Américains pourraient entreprendre des affaires en Egypte, et les Egyptiens aux Etats-Unis.

Washington pourrait également collaborer avec l’Arabie saoudite et avec les Emirats arabes unis, tous deux des fournisseurs d’aide importants, afin que leur soutien en Egypte contribue à une bonne gouvernance, à l’inclusion des minorités et à la réconciliation.

En définitive, il existe des limites à ce que les Etats-Unis peuvent faire seuls pour façonner l’avenir de l’Egypte. Toutefois, Washington a tout intérêt à développer une relation prometteuse avec Le Caire en incluant les Egyptiens dans la conception de leur aide, en participant activement aux instruments multilatéraux, tout en continuant d’offrir aux Egyptiens la place pour décider de l’avenir de leur société de leur Etat.

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* Commentateur politique, le professeur Ghassan Rubeiz est l’ancien secrétaire pour le Moyen-Orient au Conseil œcuménique de Eglises. Article écrit pour (CGNews).


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