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Ibrahim El Houdaiby - publié le Samedi 25 Juillet à 15:05

Comment développer la tolérance après le meurtre de Marwa El Sherbini?






Le Caire – La fureur et l'indignation suite au meurtre de Marwa El Sherbini commis dans un tribunal par un fanatique allemand il y a deux semaines sont compréhensibles et justifiables mais ne devraient pas être exagérées. Des milliers de musulmans et de non-musulmans ont exprimé, dans les mêmes termes, leur inquiétude face à l'augmentation des crimes racistes et aux discours perçus comme visant les musulmans en Occident, et affirment que jusqu'ici les gouvernements, les médias et la société civile ont très peu fait pour empêcher de telles agressions.

Pour des raisons faciles à comprendre, la colère n'était pas uniquement dirigée à l'encontre du meurtrier. Les détracteurs ont fait valoir le silence étourdissant de la très grande majorité des médias occidentaux qui, selon eux, se seraient servi de cette histoire pour faire leurs titres si les rôles avaient été inversés (c'est-à-dire si la femme musulmane égyptienne avait été la meurtrière au lieu d'être la victime).

Cette partialité qui existe depuis longtemps ainsi que l'élément déclencheur constitué par ce manque de couverture médiatique, ont suscité la colère des activistes du monde entier et en ont amené plus d'un à reprocher aux médias de systématiquement cataloguer les musulmans de terroristes.

Les activistes musulmans font également état de ce qu'ils considèrent être une fâcheuse intolérance à l'intérieur de plusieurs pays occidentaux.

Comme l'indique un sondage Gallup effectué en 2008, près d'un tiers des populations totales de l'Allemagne, de la France, des Pays-Bas, de l'Italie et de la Grande-Bretagne pourrait être classé dans la catégorie des ''isolés'', définis comme croyant dans la vérité de leur point de vue au-dessus de tous les autres. Selon Gallup, ils ne veulent pas s'intéresser aux autres religions. Moins d'un quart de ces populations se sent complètement intégré à d'autres religions. Rien qu'en Allemagne, seulement 13% se sentent intégrés tandis que 38% se considèrent comme des isolés.

Bien que leurs griefs soient légitimes, ceux qui critiquent la couverture sur l'intolérance interreligieuse ont fait de la généralisation à l'emporte-pièce. Le meurtre de El Sherbini, ainsi que les commentaires du président français Nicolas Sarkozy sur le niqab, un voile qui couvre non seulement le corps mais aussi le visage, ont envoyé des messages d'alarme concernant la situation des musulmans dans certains pays d'Europe. Cependant, ces commentaires ne sont en aucun cas le signe d'une ''guerre des Occidentaux contre l'islam'' comme certains le laissent à penser. Contrairement aux résultats obtenus en Allemagne, le fait que seulement 13% des Américains puissent être classés d' isolés, alors que 33% se sentent intégrés dans les activités interreligieuses de leurs sociétés, résultats similaires à ceux des Canadiens, ne signifie rien.

Au beau milieu de cette vague de colère, la première question à se poser devrait être la suivante: que pouvons-nous faire maintenant et en particulier en Europe? La réponse est d'abord de punir le criminel et ensuite de réduire les risques d'une possible récurrence de tels crimes.

Tandis que la première option est clairement de la responsabilité du système judiciaire en coordination avec le système judiciaire égyptien (car El Sherbini était une citoyenne égyptienne), la deuxième est une tâche multi-dimensionnelle qui implique plusieurs intervenants.

Pour avancer sur ce front, l'Allemagne doit reconsidérer sa politique - marchant ainsi sur les traces des Français – une politique qui a contribué à réduire la tolérance religieuse. Elle a interdit aux enseignantes et aux fonctionnaires du gouvernement de porter le hijab ou foulard, ce qui a eu une incidence négative sur la façon dont les femmes musulmanes qui portent le hijab sont perçues par la société et ce qui les rend plus vulnérables aux agressions verbales et physiques.

Lever l'interdiction du hijab dans des pays comme l'Allemagne et la France encouragerait les femmes musulmanes à s'intégrer davantage dans les sociétés dans lesquelles elles vivent et permettrait aussi un enrichissement culturel, ce qui aiderait ainsi à résoudre le ''problème'' de la minorité musulmane en Europe.

La société civile doit aussi participer activement à la création de changements positifs. C'est à travers ses efforts que les tensions interculturelles et interreligieuses pourront être résolues. Des programmes d'échanges universitaires avec des pays majoritairement musulmans, des conférences et séminaires interculturels, et des activités interreligieuses ont prouvé être la clé pour améliorer la compréhension et bonifier les relations entre les communautés musulmanes et non-musulmanes.

La société civile devrait s'attacher à promouvoir la tolérance, à apprécier et à célébrer la diversité, à défendre les droits de l'homme et la liberté religieuse. Les gouvernements et les donateurs internationaux devraient soutenir les activités qui répondent à ces objectifs, comme une récompense annuelle pour les organisations ou les personnes faisant progresser la liberté religieuse, en mémoire de la mort de El Sherbini.

Enfin, les musulmans allemands (et les musulmans des autres pays occidentaux) doivent aussi œuvrer pour humaniser le climat culturel. Ils ne devraient pas attendre passivement que la société dans laquelle ils vivent les acceptent; ils devraient s'engager activement dans leur société, participer aux activités sociales, s'instruire sur les autres religions, traditions, coutumes et cultures et éduquer leurs voisins concernant les leurs. Ils devraient rejeter la ''ghetto attitude'' de la minorité qui font d'eux des victimes et les isole des personnes avec lesquelles ils vivent.

A la place, adopter une ''attitude de citoyenneté'' (qui donne la priorité à l'égalité des droits et à une intégration totale) honorerait Marwa El Sherbini qui a répondu à l'agression verbale de son meurtrier en poursuivant celui-ci devant les tribunaux allemands qui lui ont donné gain de cause avant qu'elle ne meurt sous les coups de poignard. En fin de compte, l'héritage que nous laisse Marwa El Sherbini n'est pas sa mort mais le type de citoyenneté qu'elle a modelée.

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* Ibrahim El Houdaiby est journaliste indépendant et chercheur; il prépare un master en études islamiques au High Institute of Islamic Studies au Caire. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).


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