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CGNews - Raissa Batakji - publié le Lundi 24 Septembre à 15:00

Comment comprendre la diversité en quatre leçons




Raissa Batakji – J'avais deux articles en retard, une épreuve trimestrielle à rendre et une bonne fièvre lorsque j'ai décidé de tout laisser tomber et de remplir six formulaires d'apparence vaguement administrative qui traînaient sur mon bureau depuis une semaine.



Ces documents ont changé ma vie. Ils m'ont fait voyager dans un monde inconnu, un monde où je me suis fait des amis pour la vie, où j'ai appris à faire le pas vers l'autre pour mieux le reconnaître, où j'ai fêté la différence avec joie et où j'ai eu le courage de raconter ma culture.

Autant de changements radicaux qui ont transformé ma vie, à l'occasion de ma participation à un programme de six semaines de l'Institute for Student Leaders, émanation de la Middle East Partnership Initiative (MEPI), organisé par le Département d'Etat. Plus de cent étudiants venus de 20 pays différents du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord avaient été sélectionnés pour ce programme, hébergé par cinq universités américaines: Georgetown, Benedictine, Montana State, Delaware et le Dickinson College

Nous y avons suivi des cours de formation aux responsabilités et d'histoire des Etats-Unis. Nous avons participé à des discussions sur les événements politiques et économiques du jour, sur l'actualité des médias dans nos pays respectifs et aux Etats-Unis. Nous avons aussi fait des voyages d'études à travers tous les Etats-Unis, d'est en ouest, du Midwest jusqu'au sud.

Au moment où mon avion décollait de l'aéroport de Beyrouth, je me suis rendu compte que je quittais mon pays pour la première fois. J'ai commencé à me préparer: à des réunions, à des débats, à faire de nouvelles connaissances, et même à poser des questions et à y répondre. Mais ce à quoi je ne m'étais pas préparée, c'est à toute l'expérience que j'ai pu acquérir et qui s'est révélée être une leçon de vie: la valeur de la diversité.

Pendant les quatre premiers jours, il faut le reconnaître, chacun de nous s'accrochait aux gens de son pays. Le temps passant, nous avons commencé à sortir de nos bulles, chacun à son rythme. Pour moi, ce fut la première étape: apprendre à connaître l'"autre".

A mesure que nous nous ouvrions à l'autre et percevions inévitablement nos nombreuses différences, nous nous prenions au jeu, nous transformant en ambassadeurs de nos pays. Nous nous lancions dans de longues discussions, dans de longues comparaisons de nos pays respectifs - dans le bus, à la table du déjeuner, à la pause cigarette et même avant de nous endormir.

Mon premier choc: je ne comprends rien à l'arabe que parlent les participants non Libanais. A la fin du programme, nous sommes tous conscients que du point de vue culturel les Arabes sont aussi différents entre eux que les Américains des divers Etats où nous nous sommes rendus.

Un exemple: alors que nous sommes assis tous ensemble, une étudiante américaine de l'Université Benedictine fait remarquer que, bien que toutes les étudiantes arabes soient musulmanes, elles ne portent pas toutes le foulard (hijab). De plus, même celles qui le portent ne l'agencent pas de la même manière. Nos réponses à ce sujet sont aussi diverses que variées, parfois contradictoires. Il est évident que dans notre vie quotidienne nous appliquons nos convictions religieuses de diverses manières– même si nous partageons les mêmes valeurs et les mêmes traditions arabo-musulmanes.

En fait, il m'a fallu un peu de temps pour accepter ces différences et pour pouvoir "être d'accord de ne pas être d'accord", surtout sur les sujets les plus sensibles. Etape numéro 2: la différence est source de joie, et non d'inquiétude.

Le voyage d'études a été le clou de cet apprentissage. Pour notre groupe, la tournée nous a conduits à Washington, San Francisco, Boston et Chicago. Dans nos rencontres avec les baladins de San Francisco, les richesses architecturales de Washington et … les homards de Boston, nous avons pu comparer ces villes célèbres, et mesurer pour la première fois combien les Américains sont différents entre eux dans leur propre pays.

La Silicon Valley de San Francisco, le parcours de la liberté de Boston, la pluie battante qui nous a accueillis aux célèbres aciéries de Chicago sont autant de scènes qui ne s'effaceront jamais de notre mémoire. Ces excursions nous ont permis de comprendre que les habitants de ces villes sont différents par leurs modes de vie, leurs activités professionnelles, leurs ambitions, par leurs craintes aussi. Nous avons été si proches de leur intimité que j'ai pu me rendre compte, en tout cas, que l'Amérique ressemble plus à une "macédoine" qu'au célèbre "creuset".

J'ai découvert que les Américains aussi doivent gérer leurs différences et leurs préjugés. Ils ne vivent pas tous le "rêve américain". Il y en a pour qui nous nous sommes proposés de construire leurs maisons, d'autres qui subissent une discrimination quotidienne en raison de la couleur de leur peau, il y en a même qui n'ont jamais vu de près une carte du monde. Dernière étape: l'expérience du terrain nous a débarrassés à tout jamais de certains clichés bien ancrés.

En l'espace de six semaines, nous avions accompli un échange culturel en trois étapes. Depuis lors, j'en ai découvert une quatrième. Je me dis: "Le programme MEPI ne coûte au gouvernement américain qu'une fraction du budget de sa guerre en Irak. Lequel de ces deux investissements sert le mieux à combler les incompréhensions entre l'Orient et l'Occident?".

* Raissa Batakji est en deuxième année de licence en communication, option journalisme, à l'Université libano-américaine de Beyrouth.



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