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Ibrahim el Houdaiby - CGNEWS - publié le Lundi 7 Avril à 15:12

Combattre Fitna




Ibrahim el Houdaiby – La semaine dernière, Geert Wilder, député au parlement néerlandais, présentait Fitna, film attaquant les musulmans et le Coran.



Le monde entier s’inquiétait que la présentation de ce film puisse conduire à une aggravation des tensions interculturelles, voire à la violence. Des personnalités musulmanes influentes, à commencer par des érudits salafistes saoudiens, menaçaient de boycotter les Pays-Bas. Des responsables iraniens menaçaient de réviser leurs relations diplomatiques avec les Pays-Bas si le film était projeté. Une fois de plus, la scène interculturelle internationale paraissait glauque.

Par bonheur, la réaction des musulmans danois fut paisible. Cela n’empêche pas que des gens comme Geert Wilders se repaissent de situations conflictuelles comme celle qui a précédé la sortie du film. Les sondages ont révélé que son parti avait atteint des sommets, comme après l’assassinat sauvage de Théo van Gogh, comme après le scandale des caricatures du Jyllands-Posten.

M. Wilders n’hésite pas à engranger du capital politique aux dépens d’intérêts stratégiques à long terme – compréhension mutuelle et coexistence pacifique, par exemple. Voici quelques jours à peine, un adolescent danois musulman a été injurié, harcelé puis battu à mort par des adolescents. L’enquête judiciaire n’a pas conclu à un crime raciste, même si le doute n’est pas complètement levé. Dans le même temps, le film semblait provoquer des réactions plus violentes de la part des groupes de l’islam politique, qui ne se privent pas d’exploiter le bruit fait autour du film pour faire avancer leurs idéaux radicaux.

Des deux côtés, les modérés devraient se hâter d’empêcher les extrémistes d’exercer une influence déterminante sur le cours des événements autour de ce débat. La constitution néerlandaise empêche le gouvernement d’interdire le film, et personnellement je demeure sceptique quant à toute tentative de réduire une idée au silence. Des décisions aussi subjectives ne font qu’ouvrir la porte, sous des régimes totalitaires, à des restrictions de la liberté d’expression de leur opposition.

Mais il ne faut pas non plus commanditer des provocations de ce genre. Il est bien vrai que boycotter l’économie danoise n’est pas raisonnable; c’est une erreur autant éthique que politique, car cela suscite des généralisations à l’emporte-pièce, ignore les réalités tant constitutionnelles que juridique, et met de l’huile sur le feu.

Cependant la seule réponse possible est le boycott des médias qui préfèrent parrainer la haine et des entreprises qui préfèrent promouvoir et parrainer ces organismes. Des deux côtés les promoteurs de la tolérance pourraient soutenir des boycotts sélectifs pour marginaliser le racisme et la haine.

Reste que les boycotts ne suffisent pas, par eux-mêmes, à régler ces conflits. En réalité, ce ne sont que des drapeaux rouges qui émettent un signal d’alarme lorsque la situation commence à déraper. En même temps, ils montrent que la mise en place d’un dialogue constructif fondé sur le respect mutuel et la valorisation de la diversité a échoué.

Pour que ces dialogues réussissent, il faut ignorer le film de Wilder et les provocations du même acabit. Souligner ces provocations dans les médias ne sert qu’à alimenter des sentiments extrémistes.

Ignorer les provocations injurieuses ne signifie pas passer sous silence les critiques qu’elles véhiculent. Les interrogations, les erreurs d’appréciation et les critiques doivent être abordées dans une atmosphère saine, où les terrains d’entente sont identifiés et la diversité des points de vue analysée.

Plutôt que de se livrer à une longue série de condamnations et dénonciations à la suite de chaque tournée d’invectives, les gouvernements de part et d’autre devraient favoriser et encourager les initiatives créant une atmosphère bénéfique.

Un dialogue réussi ne se fait en quelques jours, ou en quelques semaines. En fait il serait impossible que ce débat puisse couvrir toute l’étendue des conflits interculturels en quelques séances, surtout dans un contexte de frustration croissante et de méfiance mutuelle. Le dialogue doit dont être permanent et se dérouler de diverses façons, notamment dans le cadre d’échanges d’étudiants, de colloques, de conférences et d’expositions, parallèlement au travail d’institutions autonomes capables d’analyser les problèmes interculturels et de garantir une action en continu.

Un des fruits de ce dialogue devrait être un “code de déontologie” des relations interculturelles, promu par les gouvernements, les milieux universitaires, les principaux médias ainsi que les institutions culturelles et religieuses. Sans être nécessairement inscrit dans la législation nationale, ce code doit définir la différence entre critique constructive et insulte. Il doit aussi préparer la voie à des réactions constructives.

Depuis quelques années, la liberté d’expression est l’objet de manipulations multiples. Elle sert de prétexte à l’insulte, l’injure qui creuse le fossé entre cultures et civilisations. Pour garantir que cette liberté ne sera pas compromise, les modérés des deux côtés devraient prendre l’initiative d’élaborer un mécanisme pérenne permettant de combler les fractures qui existent dans notre univers mondialisé, où racisme et extrémisme ont un effet destructeur sur tous.

* Ibrahim el Houdaiby est membre du conseil d’administration de IkhwanWeb.com, site officiel en langue anglaise des Frères Musulmans. Titulaire d’une licence en sciences politiques de l’Université américaine du Caire, il prépare une maîtrise d’études islamiques à l’Institut Supérieur d’Etudes Islamiques.



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