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par Andrés Mourenza - publié le Mardi 24 Août à 11:03

Colmater la fracture entre Israël et la Turquie






Istanbul – Le gouvernement israélien a récemment annoncé qu'il acceptait de collaborer à l'enquête de l'ONU sur l'assaut mené contre la flottille de la liberté au cours duquel huit Turcs et un ressortissant américain d'origine turque ont été tués. Néanmoins, l'insistance d'Ankara pour qu'Israël reconnaisse son rôle d'instigateur et la position du Premier ministre, Benjamin Netanyahu, au sujet de l'incident de la flottille, qui soutient qu'Israël a été forcée d'agir, sont encore venus ébranler les relations entre deux des principaux alliés des Etats-Unis au Moyen-Orient.

Les Turcs ont été irrités par les opérations qu'Israël a menées à Gaza et au Liban ces dernières années et qui ont perturbé les efforts de la Turquie pour promouvoir la paix dans la région. Parmi ces efforts figurent la revitalisation du projet de la zone industrielle d'Erez en Israël – un projet qui aurait offert des possibilités d'emploi à des centaines de Gazaouis – et les efforts des diplomates turcs pour favoriser le dialogue entre les responsables israéliens et syriens.

De leur côté, les Israéliens et certains groupes au sein des Etats-Unis et de l'Union européenne sont préoccupés par le fait que le gouvernement du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, ait accepté un Moyen-Orient conservateur compte tenu de ses relations croissantes avec les gouvernements iranien et syrien. Cela, associé aux racines politiques islamiques de l'actuel gouvernement turc formé par le Parti de la Justice et du Développement (AKP), a conduit les membres du gouvernement israélien qui penchent à droite à se demander si les raisons motivant la l'aide de la Turquie aux Gazaouis n'étaient pas plus politiques qu'humanitaires; ce qui malheureusement ne fait que creuser le clivage entre les deux pays.

A ce stade des relations entre Israël et la Turquie, certaines mesures doivent être prises pour aider à rétablir une interaction positive entre les personnes et les gouvernements des deux pays et à améliorer le climat politique au Moyen-Orient.

La première mesure visant à rétablir des liens positifs consisterait tout d'abord, pour le gouvernement israélien, à présenter ses excuses à la Turquie pour l'incident de la flottille. Suite au raid, le nationalisme turc ne peut être ignoré et les Turcs ne sont pas prêts d'oublier la mort de leurs compatriotes et l'attaque sur un navire battant pavillon turc. En l'absence d'excuses, il est peu probable que la Turquie renvoie son ambassadeur, qu'elle avait rappelé, en Israël. Sans concessions de la part d'Israël, le potentiel de la solidarité nationaliste au sein de chaque pays pourrait bloquer tout désir, de l'un ou l'autre des deux pays, de voir un rétablissement des relations diplomatiques.

Pendant ce temps, Benjamin Netanyahu doit tenir compte non seulement des raisons humanitaires motivant la levée du blocus sur la bande de Gaza mais aussi des avantages qui l'accompagnent dans l'intérêt de bonnes relations publiques à la fois dans la région et dans le monde. Autoriser l'entrée de l'aide humanitaire à Gaza réduirait l'hostilité que nourrit l'opinion publique turque mais aussi les pays voisins d'Israël, majoritairement musulmans, à l'égard d'Israël.

Du côté turc, M. Erdogan et les autres membres de son cabinet devraient accepter avec élégance ce geste et déclarer le retour à des relations normales, mettant de côté les discours provocateurs à l'égard d'Israël, allant de l'avant et se concentrant à nouveau sur la médiation dans le cadre du processus de paix et sur les projets de développement qui viennent en aide aux Palestiniens. Les deux parties doivent garder à l'esprit la nécessité de poursuivre le dialogue à long terme. C'est essentiel pour l'avenir de toute la région. Le rôle de médiateur d'Ankara entre Israël et la Syrie, par exemple, a été quelque temps très prometteur lorsqu'il s'est agi de résoudre le conflit portant sur les hauteurs du Golan.

Comme l'a indiqué le président syrien, Bashar al-Assad lors de sa visite en Espagne en juillet dernier, la Syrie souhaite voir un rétablissement des relations entre la Turquie et Israël car la Turquie joue un rôle d'une importance capitale dans la progression du processus de paix au Moyen-Orient.

Parallèlement, les chefs d'entreprise turcs qui ont des investissements en Israël exhortent le gouvernement turc à résoudre la crise actuelle.

Ni la Syrie, ni Israël ne peuvent se permettre de perdre la Turquie comme ''courtier de la paix'', les intérêts de la Turquie en tant que puissance régionale émergente étant réalistement liés à une diplomatie saine avec Israël.

L'Union européenne a également un rôle à jouer. A chaque fois que Bruxelles a rejeté une demande d'adhésion de la Turquie à l'UE – en 1989, 1997 et peut-être encore lors des discussions actuelles – Ankara a dirigé son regard vers l'Est, ce que l'Occident voit d'un mauvais oeil pour des raisons géopolitiques. Une attitude de l'UE ferme et visant à inclure la Turquie aiderait considérablement les relations entre la Turquie et Israël car elle pourrait apaiser les craintes d'Israël de voir la Turquie se tourner vers l'Est.

La Turquie jouit encore d'une bonne réputation comme ''courtier de la paix'' pour les conflits dans la région. Toutefois, si Ankara ne parvient pas à résoudre ses problèmes avec Israël, son rôle de médiateur risque d'être entamé dans certains des conflits les plus insolubles et les plus urgents.


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*Andrés Mourenza est un coordinateur de Eurasian Hub (www.eurasianhub.org) et un journaliste espagnol établi à Istanbul depuis 2005. Il écrit pour (www.efe.com) et El Periodico de Catalunya (www.elperiodico.com). 


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