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par Nashwa Al Ruwaini - publié le Vendredi 8 Mai à 06:00

Changer le Golfe d’Arabie, au son du luth






Abou Dhabi – Il y a maintenant trois ans, lorsque j'ai conçu le format de Millions' Poet (les millions du poète), l'émission qui fait rage dans le Golfe, ma seule ambition était de créer un programme de télé divertissant et original pour les jeunes.

Ayant atteint sa troisième saison et plus de 15 millions de téléspectateurs chaque semaine, cette émission est devenue le concours de poésie le plus prestigieux de tout le Golfe et la plateforme à partir de laquelle les jeunes poètes des deux sexes peuvent dévoiler ce qu'ils ont au fond du cœur devant un vaste public. Ce que je n'avais pas prévu, c'est qu'il a aussi contribué à changer l'attitude générale à l'égard des femmes dans la région.

Fait pour la télé, ce concours de poésie en direct pourrait facilement être confondu avec American Idol ou Pop Idol, sauf qu'il s'agit de poésie et non de musique pop. Il fait entrer en scène 48 poètes aspirants de tous les pays du Golfe, un jury de cinq célébrités et des millions de spectateurs de tous les pays de langue arabe, pour un prix de cinq millions de dirhams (plus de 1,3 millions de dollars US) et un titre ardemment désiré.

Certes, il n'a pas été facile de convaincre notre jeunesse que la poésie, ce passe-temps profondément enraciné dans l'antique héritage du Golfe peut être “cool”. Plus étonnant encore, les retombées de l'émission ont eu des conséquences largement inattendues sur les sociétés de la région.

Depuis que le concours des millions du poète a été lancé en 2006 dans le cadre d'une tournée de six semaines autour du Golfe, nous avons auditionné des milliers de poètes en herbe. Mais cinq pour cent seulement était des jeunes filles, ce qui n'avait en soi rien d'étonnant, puisqu'il n'est pas convenable chez nous pour les femmes de se montrer à la caméra et de s'”exhiber” devant des millions de curieux.

Mais, à mesure que l'émission gagne en popularité, le nombre de candidates augmente régulièrement. Aujourd'hui, un apprenti poète sur quatre est une femme.

Et cela fait jaser.

Aydah Al Jahani, une jeune poétesse saoudienne revêtue du niqab, c'est-à-dire du voile qui couvre complètement le visage et le corps, s'est exposée à l'ire de sa famille et de sa tribu en s'inscrivant à la troisième saison de la compétition. Dès qu'ils eurent connu la nouvelle, ses familiers l'ont adjurée de se retirer.

Mais Aydah, devenue désormais le fer de lance du combat des femmes dans la région, est restée dans la course, bien que privée du soutien de sa famille. Grâce aux votes par sms du public et grâce aux louanges du jury, elle a franchi la barre du deuxième tour, sa famille et sa tribu réalisant alors que la renommée de ce concours, loin de léser leur honneur, allait rejaillir en bien sur eux tous.

L'aventure d'Aydah a fait la une de toute la presse. Aussitôt, son combat portait ses fruits: le nombre des téléspectatrices atteignait presque les 50 pour cent. Et même si elle n'a gagné ni le titre ni les “millions du poète”, elle a reçu le soutien moral de ses camarades des deux sexes ainsi que l'approbation générale du public.

Comme Aydah, j'ai essayé de faire tomber les barrières du sexe dans la société. Je travaille dans les médias depuis 20 ans et je dirige mon propre talk show à la télévision de Dubaï, où j'aborde les sujets les plus tabous du monde arabe. J'ai la chance de pouvoir dire que mes spectatrices me considèrent comme une mère, ou une sœur, quelqu'un qui peut les aider dans leur lutte.

Sans doute, la route est-elle encore longue. Malgré tout, on voit des progrès dans la région. Il faut aussi que les gens se rendent compte que les médias sont à leurs côtés pour initier et faciliter ce changement.
Vous voyez, ça marche.


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