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Aygül Cizmecioglu - CGNews - publié le Samedi 26 Juillet à 11:29

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Aygül Cizmecioglu : Temps magnifique à Berlin : le ciel est au beau fixe et la température agréable. Au lieu d’apprécier le soleil à la terrasse d’un café du coin, des douzaines de caméramen, de photographes et de politiques se frayent un passage pour entrer dans le bâtiment de la représentation du Land de Saxe.



Un hall d'entrée dont les murs ont été blanchis à la chaux, un superbe parquet au sol, des murs couverts de gigantesques tableaux et quatre jeunes femmes au milieu de ce décor. Un peu timidement, elles écoutent les nombreuses questions qu'on leur pose et détournent le regard des caméras, avec une certaine gêne.

Certaines ont leurs cheveux sombres recouverts d'un foulard de soie tout fin. C'est une vraie première pour les quatre peintres. C'est la première fois qu'elles présentent leurs œuvres en dehors de leur pays natal, l'Afghanistan.

« J'ai vraiment pris de l'assurance grâce à la peinture. Les femmes dans notre société sont invisibles, » dit Sheenkai Alam Stanikazai, une des jeunes femmes, agée de 19 ans. Grâce à l'art, elle se sent beaucoup plus libre.

C'est surtout la rage qui s'exprime dans les tableaux de ces artistes. Le visage des femmes y est compressé dans des carrés qui les délimitent, les silhouettes qui ne sont que des ombres se perdent dans la foule. Des burkas - ces vêtements qui couvrent tout le corps des femmes y compris leur tête et leur visage - y sont représentées recouvertes d'yeux et de bouches.

Presque toutes ces artistes ont dans les vingt ans. Elles sont nées peu après que les talibans ont pris le pouvoir. Il y a peu de temps encore, guerre et insécurité faisaient partie de leur quotidien. Pour elles, éducation et émancipation ont toujours été un combat.

Aujourd'hui, elles cherchent leur identité à coup de pinceaux, elles se dévoilent et dévoilent leurs craintes à travers la peinture. Elles ont étudié au Centre d'art contemporain en Afghanistan. Il s'agit d'une école d'art privée pour femmes, fondée par des artistes en 2004.

« Notre école n'est pas subventionnée par l'Etat et nous devons nous occuper de tout nous-mêmes », dit la co-fondatrice Rahraw Omarzad. C'est là quelque chose de tout à fait nouveau en Afghanistan, car dans le passé, l'art était souvent utilisé à mauvais escient, comme moyen de propagande. « Mais ce n'est qu'à travers la diversité qu'une société peut grandir et établir une culture de démocratie. C'est exactement ce que nous essayons de faire ici. »

Vingt-trois jeunes femmes issues de familles libérales étudient en ce moment à l'académie d'art de Kaboul. Elles ont une curiosité débordante et un besoin immense de rattraper le temps perdu. Sous les Talibans, la représentation d'êtres humains ou d'animaux était strictement interdite au nom de dieu et punissable de coups de fouet. Seuls les paysages bucoliques et les calligraphies étaient permis - motifs tout à fait absents de l'œuvre de nos jeunes artistes.

Le changement a permis à ces jeunes femmes de rompre avec le radicalisme. Mais elles n'ont pas rompu pour autant avec leurs racines. Sheenkai Alam Stanikazai et ses camarades se décrivent comme musulmanes pratiquantes. « L'islam et l'art ne sont pas en contradiction pour moi. Il y a une longue tradition de peinture dans ma religion. Nous devons simplement la développer davantage et montrer que notre point de vue peut aussi faire partie de l'islam ».

C'est d'ailleurs ce pourquoi les quatre artistes sont venues à Berlin. Elles y ont discuté avec des étudiants des beaux-arts et visité d'innombrables musées et galeries. Les yeux en amandes de Khadija Hashemi se mettent à briller quand elle en parle : « de l'art partout, c'est comme le Ramadan et une fête d'anniversaire en même temps ».

Cependant, cette jeune fille de 21 ans a remarqué que son pays natal n'est pas le seul endroit où elles et ses camarades soient cataloguées. « Beaucoup de gens en Occident nous sourient avec condescendance sans penser que nous puissions vraiment avoir du talent – surtout que les femmes en Afghanistan ont de toute façon été oppressées de tout temps. Peut-être que cette exposition va permettre de changer un peu cette image, parce qu'au fond, nous ne sommes pas très différentes des femmes d'ici .

Khadija Hashemi, Sheenkai Alam Stanikazai et les autres veulent renverser les clichés sur les rives berlinoises de la Spree comme dans les montagnes de l'Hindou Kouch. C'est pourquoi, non seulement elles poursuivent leurs études, mais elles donnent aussi des cours d'art et vont voir d'autres jeunes filles dans les provinces d'Afghanistan pour transmettre un tant soit peu cet esprit de découverte. Après tout, il n'y a pas que les paroles et la politique : les pinceaux et la peinture peuvent aussi faire bouger les choses.

Aygül Cizmecioglu est une journaliste indépendante qui vit en Allemange. Article distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews), accessible sur www.commongroundnews.org



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