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Louise Diamond - publié le Lundi 8 Juillet à 22:31

Celui que tu auras choisi de nourrir






Louise Diamond
Louise Diamond
Washington - C'est l'histoire que racontent les Indiens d'Amérique, le grand-père qui narre à son petit-fils la bataille entre les deux loups qui habitent en chacun de nous - un loup rempli d'énergie nourrie par la colère et la crainte, l'autre d'une énergie solidaire et bienveillante.

Lorsque le garçon demande: "Grand-père, lequel des deux gagne?", celui-ci répond: "Celui que tu auras choisi de nourrir".

Depuis la fusillade de Fort Hood, les Américains peuvent de nouveau choisir le loup en nous qu'ils veulent nourrir. Allons nous rejouer l'air connu du "je vous l'avais bien dit, ces musulmans sont tous violents, on ne peut pas leur faire confiance", comme le font certains de nos grands pontes, ou bien sommes-nous capables d'aller vers l'autre, dans un esprit d'ouverture et de solidarité envers nos amis musulmans d'Amérique, d'essayer de comprendre les pressions auxquelles les soumet la vie dans notre pays?

Un des leitmotive des articles relatifs à la fusillade de Fort Hood est que le Major Nidal Malik Hasan voulait se séparer d'une armée qui se battait contre ses coreligionnaires en Afghanistan et en Irak . Supposons que, dans un monde à l'envers, les Etats-Unis se retrouvent en guerre contre Israël: nous serions alors nombreux à comprendre que les soldats juifs aient de la peine à s'acquitter de leurs obligations militaires et nous serions sans doute prêts à faire preuve de tolérance envers ceux qui choisiraient l'objection de conscience. Or il semblerait que M. Hasan ait à plusieurs reprises demandé à être dégagé de ses obligations militaires, ce qui lui a systématiquement été refusé.

Qui a prêté attention à cette montée en puissance de la tension qui déchirait manifestement les deux composantes de son identité, son identité américaine et son identité musulmane?

Faut-il porter notre attention sur d'autres soldats américains musulmans qui pourraient se retrouver dans les mêmes difficultés, sans les traîner dans la boue du fait qu'ils éprouvent un phénomène naturel et ordinaire? Car enfin, nous éprouvons tous un conflit entre les diverses composantes de notre identité – sexe, religion, nationalité, famille, personnalité, etc. – dans une certaine mesure.

Pour comprendre le choix entre les deux loups, on peut par exemple considérer le choix entre contraction et expansion. Lorsque nous sommes blessés, tout naturellement nous nous contractons. En mode de contraction, nous avons le choix entre la fuite et l'attaque, et c'est notre corps qui nous commande instinctivement de fuir ou de nous défendre contre une attaque perçue. Nous retournons à un mode de pensée simpliste et stéréotypé. Nous demandons vengeance, nous cherchons quelqu'un à accuser.

Il ne nous viendrait pas à l'idée de nous ouvrir, dans ces moments-là, de choisir une expansion qui nous permettrait d'apprendre, d'accepter la différence, de célébrer la ressemblance, d'aller vers l'autre dans un mouvement d'ouverture et de solidarité.

Pourtant, en restant contractés, en nous privant de ce que l'instant pourrait nous enseigner, nous nous exposons à reproduire un jour la même situation, avec une virulence accrue, sans doute.

La fusillade de Fort Hood nous donne pourtant l'occasion de faire le bon choix, tout comme les événements de septembre 2001, toutes proportions gardées. Je continue de croire que cet instant fut une occasion d'ouverture qui aurait pu être un tournant dans l'histoire de l'humanité. Imaginez que juste après les attentats, nous ayons appelé à un dialogue mondial de fond entre chrétiens, musulmans et juifs afin de mieux nous comprendre, de construire les ponts qui nous permettraient de partager nos espoirs et nos soucis, de guérir des plaies restées béantes depuis des générations et, ensemble, de tisser la toile d'une coexistence pacifique sur notre planète.

A l'échelle locale, c'est un peu ce qui s'est passé, les mouvements associatifs et les églises allant vers leurs voisins musulmans pour établir des dialogues citoyens et interconfessionnels, alors même que des citoyens musulmans étaient raflés aveuglément et que se préparaient les guerres en Irak et en Afghanistan.

C'est la même chose qui se produit aujourd'hui – contraction et expansion – sauf que nous avons derrière nous huit années d'expérience cumulée, de sentiments et de savoirs encore indistincts, dont certains nourrissent un loup et les autres l'autre.

Le temps nous a appris le pouvoir du dialogue. Nous savons aujourd'hui que le dialogue crée des liens entre les êtres humains et casse les idées toutes faites que nous avons sur l'autre. Nous savons aussi ceci: si le dialogue ne s'accompagne pas de la volonté politique nécessaire pour changer les circonstances qui engendrent le refus de l'autre, il ne dépassera pas le cercle étroit de ceux qui y participent.

Les événements tragiques de Fort Hood sont, ou devraient être, un coup de semonce, qui nous rappelle une fois encore que nous devons tous choisir: ce qui nous divise peut tuer ou guérir. Lequel des deux loups allez-vous nourrir?
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* Louise Diamond, Ph.D., est la présidente de Global Systems Initiatives, où elle applique une démarche fondée sur les systèmes à des problèmes mondiaux complexes. Ecrivain, facilitatrice et consultante, elle a travaillé dans des points chauds et des contextes interculturels un peu partout sur la planète. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).


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