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Sana Rizwan Farid - Dawn - publié le Lundi 10 Décembre à 08:26

Ce que les Indonésiens peuvent nous apprendre




Sana Rizwan Farid (Dawn) - La débâcle de Lal Masjid il y a quelques mois a projeté sur le devant de la scène le problème de la réforme des écoles confessionnelles musulmanes, ou madrasas. En Occident, opinion publique et médias confondus, on semble croire que les madrasas sont porteuses d’intolérance et d’extrémisme et qu’elles sont des pépinières de terroristes.



Le rapport de la commission américaine chargée de faire la lumière sur les événements du 11 septembre 2005 voit même, dans l’enseignement dispensé par les madrasas, une des sources du problème. Tout en reconnaissant que seule une petite minorité de madrasas encourage l’extrémisme et le radicalisme, la question demeure: comment le gouvernement pakistanais peut-il contribuer à changer le système tout en conservant les avantages qu’apportent ces écoles religieuses?

Dans le système actuel, les madrasas dispensent un enseignement largement axé sur la religion. De nombreuses familles pauvres, surtout en milieu rural, envoient leurs enfants à la madrasa, où ils reçoivent gratuitement l’hébergement, l’instruction (intégralement religieuse) et deux solides repas par jour. De plus, les familles pensent majoritairement que l’instruction religieuse doit flanquer toute formation laïque. Il leur arrive donc parfois de retirer leur enfant de l’école laïque pour qu’il fréquente l’école confessionnelle pendant quelque temps avant de lui faire reprendre le cours normal de ses études.

Pour éviter les inconvénients de l’enseignement de la madrasa (intolérance et conception très étriquée de la religion) tout en maintenant ses avantages sociaux, les responsables pakistanais feraient bien de voir ce qui se passe en Indonésie dans les écoles confessionnelles appelées pesantrans, connues pour leur enseignement d’un islam modéré.

La pesantran que j’ai pu voir se trouvait à Bogor, à peu de distance de Djakarta. Il s’agit d’une école secondaire musulmane qui dépend du ministère de l’instruction publique et du ministère de la religion. Après m’y être rendue, je me suis dit que toutes les écoles confessionnelles devraient suivre le même modèle.

L’établissement est mixte et dispense un enseignement laïque et religieux à des garçons et des filles réunis dans la même classe. Les enfants des deux sexes se côtoient. Les écolières et les enseignantes portent le hijab sans que cela nuise en rien à leur liberté d’interaction. Les élèves font la prière ensemble, ce qui ne les empêche pas, pendant les récréations, de gratter la guitare et de chanter les derniers tubes du cru. C’est délibérément que l’école introduit l’aspect religieux tout en maintenant des éléments de la culture indonésienne. Garçons et filles fréquentent aussi les scouts, qui leur apprennent à être autonomes. L’établissement propose un régime d’internat ou d’externat.

Pendant les six mois que j’ai passés à Djakarta, j’ai pu constater que cette école n’a rien d’exceptionnel: elle fait simplement partie du système d’enseignement confessionnel de l’Indonésie. Dans tout Djakarta et dans les campagnes aussi, on reconnaît ces élèves vêtus de longues jupes blanches pour les filles et d’uniformes blancs pour les garçons. L’Indonésie compte plus de 14.000 pesantrans qui proposent exactement les mêmes avantages que les madrasas du Pakistan. Elles offrent une éducation en internat là où même l’administration publique n’a pu ouvrir d’écoles.

A mon avis, ce panachage du religieux et du séculier permet aux jeunes indonésiens d’être plus tolérants, non seulement des autres religions mais aussi de ceux qui sont différents au sein même de notre religion. De plus, la mixité et l’interaction entre filles et garçons engendrent un certain niveau de respect et de tolérance entre les sexes. Le Pakistan aurait fort intérêt à s’en inspirer.

Le gouvernement du Pakistan devrait consacrer quelques ressources pour chercher à comprendre pourquoi les pesantrans fonctionnent si bien en Indonésie, pourquoi près de 20 pour cent de la population scolaire de ce pays est formée par ces établissements primaires et secondaires et pourquoi l’Indonésie parvient à maintenir sa réputation de modération parmi les pays musulmans, même avec ce dense réseau de madrasas.

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* Sana Rizwan Farid est politologue à l’université de Georgetown de Washington. On peut l’atteindre sur sanafarid@gmail.com.
Dawn
www.dawn.com


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