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Daood Hamdani - publié le Mercredi 13 Mars à 10:58

Canada: Les musulmanes en maîtresses de cérémonie






Canada: Les musulmanes en maîtresses de cérémonie
Ottawa - Lorsque les Canadiens musulmans ont célébré le Mawlid An-Nabawi (l'anniversaire de la naissance du prophète Mahomet), le 12 février 2013, quelque chose de remarquablement différent était à relever lors des célébrations organisées à Ottawa, la capitale du Canada. Rompant avec la pratique qui consiste à s'asseoir parmi les spectateurs, parfois derrière les rideaux, et à écouter les intervenants de sexe masculin, les musulmanes ont occupé une place centrale. De maîtresses de cérémonies à oratrice principale, les musulmanes ont captivé la salle entière - composée de législateurs, de diplomates, de responsables communautaires et de Canadiens de toutes les confessions - dans le centre de conférences du gouvernement.

La vague de réactions positives faisant suite à cet événement s'est révélée sans précédent en 30 ans d'histoire de célébrations à Ottawa.

Les célébrations du Mawlid An-Nabawi ont joué un rôle essentiel en aidant la communauté musulmane constituée en grande partie d'immigrés à s'intégrer dans la société canadienne. Auparavant, elles étaient organisées dans des lieux de culte musulmans et elles n'attiraient guère d'individus d'autres confessions. Cependant, en 2002, grâce aux efforts de responsables communautaires et au soutien de quelques membres du Parlement canadien, les musulmans ont pu organiser les célébrations dans l'enceinte du Parlement.

Expliquant la signification de ce changement dans son allocution de bienvenue, Jaffar Hashmi, le président de l'association islamique chiite et le coordinateur de l'événement, a déclaré: ''Le passage [de lieux de culte] à la Colline du Parlement ne constitue pas seulement un changement de lieu mais résulte de notre intention d'incarner et de partager les valeurs universelles de l'islam avec la communauté canadienne dans son ensemble.'' Cette année, l'accent a été mis sur l'égalité des sexes et sur la façon dont elle était appliquée au sein même de la famille du prophète.

La femme et la fille du prophète Mahomet ont joué un rôle-clé dans l'histoire de l'islam et les changements qui sont intervenus. A titre d'exemple, la personne que le prophète a immédiatement consultée après avoir reçu sa première révélation divine fut sa femme Khadija. Fatima, sa fille vénérée, a été la première femme après sa mort, à défier l'Etat, remettant en cause son interprétation du droit successoral aux débuts de l'islam. Sa position en faveur de la justice a permis à d'autres musulmanes de défendre leurs droits. Beaucoup de dirigeants musulmans politiques et sociaux, dont l'ancienne première dame du Pakistan, se sont inspirés de la fille du prophète.

Toutefois, des influences culturelles non pratiquées aux débuts de l'islam ont commencé à s'infiltrer dans les croyances religieuses des communautés musulmanes conservatrices et ont conduit à la notion selon laquelle la dépendance de la femme en tant qu'épouse ne pouvait être satisfaite qu'en supprimant toutes les autres aspirations hors du foyer.

Ces vues patriarcales sont de plus en plus contestées par les musulmans du monde entier. En effet, des universitaires musulmanes comme l'Américaine Lale Bakhtiar et la Canadienne Nevin Reda ont mis en doute certaines interprétations des enseignements de l'islam y compris le rôle des musulmanes dans les institutions religieuses.

Le leadership des musulmanes a également été essentiel dans le changement de comportement des femmes. En particulier, le Conseil canadien des femmes musulmanes et l'Organisation des femmes musulmanes d'Ottawa ont fait de grands progrès pour transformer l'opinion des femmes sur leur rôle dans la société canadienne. Les idées reçues changent lentement mais sûrement.

Les jeunes musulmanes contestent les représentations patriarcales du rôle des femmes dans la société. Le modèle de la famille traditionnelle dans laquelle l'homme est le soutien de famille et la femme est au foyer à plein temps ne correspond plus à la réalité des musulmans canadiens. Selon les données du gouvernement, les mères au foyer avec enfants d'âge préscolaire sont nombreuses à rejoindre la population active qui égale ou dépasse celle des pays européens, dans certains cas d'environ 50%. Certaines de ces femmes sont en effet le principal soutien de la famille.

En dépit des progrès réalisés en matière d'adaptation sociale et culturelle, l'idée d'intégrer les femmes dans les événements et institutions à caractère religieux doit encore progresser en partie parce que beaucoup de chefs religieux sont nés et ont grandi dans des communautés musulmanes conservatrices ou culturellement différentes et qu'ils cherchent comment répondre aux besoins contemporains de leurs congrégations canadiennes.

Toutefois, beaucoup d'autres musulmans au Canada progressent clairement vers une plus grande intégration des femmes. Et il n'y a pas de meilleure occasion pour montrer leur engagement en faveur de l'égalité et de l'équité entre les sexes que l'anniversaire de la naissance du prophète lequel a transformé une société patriarcale rigide et a respecté l'égalité des droits entre hommes et femmes.

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* Daood Hamdani est l'auteur de In the Footsteps of Canadian Muslim Women 1837-2007 (Sur les traces des musulmanes canadiennes 1837-2007) et de The Al-Rashid: Canada’s first mosque 1938(La mosquée Al Rashid: la première du Canada). Article écrit pour Service de Presse de Common Ground (CGNews).


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