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Hassan Oumada - publié le Jeudi 21 Février à 21:12

Cachez-moi ce Maroc inutile que je ne saurais voir !




On dirait que la mort nous porte une affection et un amour très particuliers. Nous le peuple du Maroc d’en bas. Là où le soleil ne s’aventure jamais, et nos responsables -irresponsables- non plus. Ce Maroc lointain qu’un certain maréchal Lyautey avait qualifié, non sans raison, du Maroc inutile. Ce même maréchal qui était venu nous apporter « les lumières de la France », et au passage s’acheter la fidélité de quelques familles que tout le monde connait.



Cachez-moi ce Maroc inutile que je ne saurais voir !
J’écris ces mots avec la même amertume et le même dégoût qui m’ont toujours habité, avec des idées et des images qui se bousculent dans mon esprit tel une tempête. J’ai envie de crier ma rage sur le visage de ce monde qui nous a tant maltraités et cette vie qui ne s’est jamais privée de nous plonger dans l’abime de la souffrance et de la douleur.

L’hiver s’est installé dans nos montagnes, comme à ses habitudes. Fidel a son rituel, il se fait le plaisir de récolter quelques âmes d’enfants et de femmes ici et là dans l’indifférence général. Comme une chose des plus naturelles au monde. Un cruel clin d’œil du destin, comme à chaque fois, pour nous dire que nos responsables politiques ont beau essayé de nous oublier, la mort elle nous « honore » par ses visites hivernales, et même au-delà.

A ne plus savoir quoi faire, pensant au fait que chaque fois que je quitte ces montagnes, je parts avec la certitude qu’il y a bien des visages que je ne verrais jamais. Me dire que la mort se préoccupe bien de notre sort en l’absence du minimum vitale et sanitaire pour que les gens puissent survivre à la traversée de l’hiver.

Cette mort qui nous porte une affection particulière, «compensant» le vide affectif que nos responsables ont laissé dans le quotidien du peuple de ce Maroc profond. Celui qu’on sollicite juste pour voter «Oui» pour une constitution dont il ne connait ni le contenu ni l’intérêt. Qu’on mobilisera volontiers pour une autre éventuelle marche verte ; et aussi celui qui n’hésitera pas à envoyer ses enfants comme chair à canon pour aller défendre des causes qui ne le concerne pas ni de près ni de loin.

C’est ce Maroc-là qui voit mourir quotidiennement, comme une chose des plus normales au monde, des femmes et des enfants de froid et de faim dans les entrailles de ces montagnes encerclées par la neige et épuisées par le froid et l’indifférence. C’est vrai que ce même Maroc est habitué à la douleur et la souffrance, à se poser des fois la question s’il a encore la capacité de pleurer et de s’attrister sur ses drames. J’en doute fort, malheureusement.

Quand on est habitué à vivre dans l’ombre, on finit par oublier que nous avons droit d’aspirer à la lumière. Mais, c’est vrai qu’on nous a toujours collé l’étiquette, de ce peuple de sud qui est d’une sympathie et d’une discrétion sans égale, la preuve -s’il en faut une- c’est qu’on a fini par méconnaître son existence même. Une gentillesse qui a trop côtoyé la naïveté.

Nous, ces décores condamnés à marcher dans l’ombre de la mort et à qui on a appris que le vrai patriotisme se traduit par l’acceptation de l’humiliation pour faire briller l’image de notre pays aux yeux du monde qui nous regarde. Crier haut et fort que nous sommes LE PEUPLE le plus heureux et le plus chanceux sur cette terre. Dieu sait que nous sommes arrivés à un stade où on se demandait si l’enfer n’est pas plus clément que la lourdeur de cet abime que nous consommons au quotidien.

Je suis à court de mots, et comme ce qui est de coutume chez moi, je vais finir mon histoire en poésie, raconter cette tragédie avec le peu de souffle qui me reste :

Au milieu de cet hiver majestueux…
La neige couvrant le sol, tel un drap cachant des visages endormis…
Quelques plantes le repoussant désespérément….
Les autres se sont rendues à l’évidence….
L’hiver est bien là, ne comptant pas partir de sitôt….
Etrange silence qui nous entoure…silence eternel que nous sommes…
Des arbres reniant leurs feuilles devenues orphelines…..
Des rochers figés, telles les cicatrices d’un survivant…
Le soleil qui s’est enfuit, tel un piètre déserteur sans honneur…
Des lèvres bleuâtres et des regards perdus….l’hivers ne fait que commencer….
Ah !! C’était charmant le printemps que nous avons délaissé…
Puis, maintenant les souhaits et le froid qui accompagne nos nuits….
Etrange sentiment de reproche…
…au milieu de ces âmes assiégées…
….loin de ces lointains rêves confisqués…
Joyeuses pensées faisant intrusion de temps à autre…
Un semblant de chaleur….
Malheur !!!....l’hiver est toujours là…..!!
A la surface du lac, aucun reflet de mon visage…
La gelée l’a forcé à ne plus dessiner…
Points de baisers…Point de danse…Point de sourire à l’insouciance….
Un regard amer sur ce tableau maudit….
Quand l’arc-en-ciel reviendra lui redonner des couleurs ?....
Maintenant que je vois ce tableau tapissant mes pas….
Je me dis à le voir que le monde sommeille tristement….
Des corps absents, des yeux s’accrochant au sommeil péniblement…
--------
Non loin de là, des orphelins éveillés….
Attendant dans une innocence affligeante….
Une mère que l’hiver leur a arrachée….
Un père errant loin, dont ne reste qu’un souvenir fissuré…
Entre ces quatre mures les pleurant….
…une bougie refusant de s’éteindre…
…soufflant un peu de chaleur dans leurs corps abimés….
Des yeux fixant la porte condamnée…
Le souffle du vent brisant le silence de ce lieu….
Le froid a eu raison de leur sourire….
Des corps frissonnants…..
Des yeux sommeillant tristement….
Cœur innocent, semblait murmurer quelque chose….
La bougie s’est éteinte, les murs pleurant en silence…
La porte est toujours condamnée, sans visiteur dans l’horizon…
Si ce n’est le vent qui souffle telle une bête acharnée…
Annonçant que pour ces orphelins…
…..L’hiver ne fait que commencer… !!!


Tagué : Hassan Oumada

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