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par Lara Alameh - publié le Vendredi 5 Juin à 06:00

C’est dans la réforme, pas dans les urnes






Washington - Depuis l’assassinat de l’ex Premier Ministre Rafiq Hariri en 2005, la politique américaine à l’égard du Liban s’est musclée et son mantra – un Liban souverain et indépendant – est désormais la pierre d’angle de la relation entre les deux pays.

Cette politique, qui s’exprime par un soutien effectif, à divers niveaux, aux institutions de l’Etat libanais, peut fonder une démocratie évoluée. Tous les efforts sont déployés par le gouvernement Obama pour assurer les Libanais que leur indépendance ne fera pas partie d’on ne sait quel grand marché avec le régime syrien sur l’ensemble des objectifs politiques américains au Moyen-Orient.

Voilà qui constitue un heureux changement par rapport au passé, lorsque les objectifs des Etats-Unis au Liban étaient déterminés par leurs relations dans la région. Mais ce serait simplifier que de prétendre que les Libanais ont gagné la bataille. Car une question demeure: quels efforts les responsables libanais sont-ils disposés à faire pour assurer la pérennité de ces institutions, et pour qu’elles ne souffrent pas des changements et des ingérences politiques, de manière à garantir, sur le long terme, l’indépendance et la sécurité du peuple libanais?

Pour soutenir la souveraineté et l’indépendance du Liban, une approche pluridimensionnelle est indispensable. Il ne s’agit pas seulement de prévenir l’intervention de la Syrie et d’autres pouvoir étrangers. Les Libanais doivent aussi être conduits à assumer certaines responsabilités en matière de politique intérieure.

En tout premier lieu, une réforme de la loi électorale s’impose. Pour remplacer le système majoritaire actuel par les mesures suivantes: système de représentation proportionnelle, avec un bulletin imprimé universel au lieu des bulletins manuscrits aujourd’hui distribués par les activistes des partis, qui compromettent le secret et l’intégrité du scrutin; le droit de vote pour la diaspora; et une réduction de l’âge de la majorité électorale de 21 à 18 ans.

Ensuite, l’élaboration d’une loi sur les partis politiques visant à dépasser les divisions sectaires, qui seule pourra rehausser la qualité du dialogue national relatifs aux choix stratégiques et aux objectifs de développement. Cette loi constituerait le fondement d’un nouveau régime qui viendrait remplacer le système post-féodal actuel et la personnalisation de la vie politique qui prévalent aujourd’hui. Troisièmement, des réformes en matière de primauté du droit et de décentralisation étendrait l’autorité de l’Etat dans le pays tout entier tout en garantissant la participation politique et la sécurité des citoyens.

Les chefs politiques se méfient de ces réformes, qui risquent de réduire leur pouvoir et d’ouvrir le système à de nouvelles élites qui pourraient les concurrencer. Mais il y des signes d’espoir. Par exemple la position du président Michel Suleyman concernant l’élection d’un Parlement bicaméral, élément important et pourtant jusqu’à présent ignoré des accords de Taïf (sur lesquels s’est conclue, en 1990, une guerre civile de quinze ans). Ou encore la création, par M. Ziyad Baroud, ministre de l’intérieur, d’une commission électorale indépendante, sans parler de l’implication de la société civile dans le futur processus électoral.

Les prochaines élections du 7 juin ont souvent été présentées comme un affrontement entre l’Alliance du 14 mars (pro-occidentale) et l’Alliance du 8 mars (pro-syrienne et pro-iranienne) de l’opposition. De telles simplifications ne tiennent pas compte de l’influence de forces et de responsables réformistes et indépendants, à l’intérieur même de leurs formations respectives et au-delà. Leur rôle sera d’autant plus important que la plupart des observateurs excluent la possibilité d’un raz-de-marée électoral.

Le résultat des élections aura sans doute une incidence sur les modalités de gouvernement de ce pays. Mais il ne devrait en principe pas modifier radicalement la gouvernance actuelle. Dans la mesure où le système politique confère un droit de veto à chacune des communautés, tout changement en profondeur est impossible, et l’impasse politique probable chaque fois qu’une des communautés principales n’est pas dûment représentée dans une formation de gouvernement.

A l’inverse de l’Autorité palestinienne, le parlement libanais joue un rôle important. Aucun parti ne peut donner au pays une orientation sans contre-pouvoir, ainsi que l’ont démontré les quatre années écoulées. Par conséquent, les Etats-Unis et la communauté internationale n’ont aucune raison de croire qu’une solution sur le mode de Gaza puisse être viable.

En d’autres termes, le scrutin du 7 juin ne constitue pas la dernière bataille pour l’avenir du pays. En fait, il marquera le tournant que prendra éventuellement le pays dans la voie de la réforme et l’institutionnalisation des réformes déjà effectuées. La communauté internationale doit travailler avec des dirigeants réformistes et assurer le développement d’un processus démocratique privilégiant les institutions plutôt que les personnalités. Ce n’est qu’alors que le Liban sera en possession des éléments d’une souveraineté et d’une indépendance authentiques.

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* Lara Alameh dirige aujourd’hui la Safadi Foundation USA, après avoir exercé des fonctions professionnelles à la commission des affaires étrangères de la Chambre des Représentants, présidée alors par Henry J. Hyde. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews)


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