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Mohammed Morchid - publié le Vendredi 30 Août à 22:41

Bribes d’un journal intime d’un mouton

Folio 1: Hawli ou bikhir






Mohammed Morchid
Mohammed Morchid
Je suis un de ces moutons, race de Panurge, amoncelés, depuis la nuit des temps, dans la cale d’une arche (non pas la célébrissime arche de Noé mais celle de Rabelais) qui, assurément, ne fait pas le voyage vers « le pays des lanternes » mais vers « le pays des ténèbres », lentement mais sûrement. Le grand timonier (je ne parle pas de Mao Tsé-Toung, loin de là), apparemment gauche, et qui, en plus, n’a rien d’un vieux loup de mer, n’arrête pas de gauchir son itinéraire (et nous les moutons avec). Il n’y a pas que les moutons, même si nous formons la masse la plus considérable en nombre dans notre royaume (nous aussi, nous avons un royaume). Il y a un lion. Des chiens de garde (du temple). Des hyènes. Des charognards. Des mammouths avec des œillères. Des renards et des loups, avec des laisses. Des caméléons et des sangsues. Des singes de la sagesse, des boucs émissaires, des chevaux tocards, des chiens de berger, des mulets dociles, des ânes bâtés, des dindons de la farce, des canards boiteux, des autruches politiciennes, des aras parleurs, des pies bavardes, des poules mouillées, des maquereaux terrestres, et des brebis galeuses évidemment (vous pouvez en ajouter d’autres). Les uns en haut, sur le pont. Les autres en bas, au sous-sol. Et tout un chacun a une mission spéciale taillée sur mesure sur ce navire. D’aucuns parlent d’indéfinissables crocodiles et djinns qu’on a jamais vus d’ailleurs et sur lesquels ce capitaine maboul tire à boulets rouges quand il voit rouge et quand la crise clignote au rouge (mais je délire, la crise est constamment au rouge). Sans équivoque, un de ses nombreux coups d’épée dans l’eau. De toute façon, en ces temps, il est sur le pont tenant la barre du gouvernail (quand il fait son temps, il descendra dans la cale, ça c’est sûr), mais, croyez-moi, il n’est jamais sur le pont.

Le voilier va droit dans le mur (de glace, bien sûr, nous sommes sur mer, non !), et qui, certes, n’a pas encore heurté l’iceberg, mais il est en train de prendre de l’eau de tout part. Pour escamoter toutes ces brèches fort ouvertes, et qui ne cessent de s’élargir crescendo au fil des temps, ce timonier, qui ne sait comment les colmater, nous envoie ses mousses nous fouler aux pieds en nous astreignant, bon gré mal gré, à nous compter nous-mêmes (vous avez déjà compté les moutons, vous ?) pour continuer à nous assoupir et à nous abêtir (abêtir des bêtes, étrange, non! A quoi bon ? Nous sommes des bêtes-nées, quand même !) et perpétuellement nous mener en bateau. Nous qui nous foulons la rate pour seulement bien satisfaire ses lubies et ses fantaisies, celle de ses seigneurs, de tout son Etat major, son ploutocratie et sa cour.

De toute éternité, on se laisse, avec satisfecit, tondre la laine sur nos dos. Mais, s’i l nous arrive d’ouvrir nos gueules pour simplement une toute petite complainte, on nous envoie paître comme des bêtes à manger du foin. La devise de notre beau royaume est: « Moins tu parles, plus c’est bien. Plus c’est bien, moins tu auras envie d’ouvrir ta gueule ! ». Les Gouverneurs ont même placardé une affiche sur la porte d’entrée de la cale de l’arche, adressée probablement à nos leaderships: « ne vous sacrifiez pas bêtement pour des moutons qui vous verraient égorger en riant ! »

Parfois, le cœur au ventre (j’exagère un peu), pas vraiment au ventre mais disons presque au ventre, nous bêlons, mais pas trop (nous ne le pouvons pas, c’est la faute aux français, ne dit-on pas doux comme un agneau), nous nous rebellons pour uniquement secouer un peu ce statu quo immuable. Réponse imminente du berger à la bergère. L’équipage, tout l’équipage décide de nous faire la fête (n’ayez pas peur, ce n’est pas la fête du Sacrifice, on n’aiguise pas les couteaux mais on fait chauffer « les zerouatas ». Vaut mieux des « artichauts » sur la tête que la tête avec des artichauts sur un brasero) avec ce qu’il y a de plus tranchant et expéditif. Bien entendu, les intentions de ces marins de l’ordre sont comme toujours indubitablement louables surtout quand il s’agit de nous rappeler à l’ordre et remettre de l’ordre dans la boutique (je ne vais pas vous faire tout un dessin là-dessus). Et comme à l’accoutumée, ce sont les béliers et les brebis avec (Eh, les ouailles ! je ne suis pas misogyne, je vous aime) qui commencent les hostilités, ouvrent le bal en harcelant ces mousses et foncent têtes baissées les premiers. Après le retour de l’accalmie, le porte-parole, l’officier chargé de l’information (la communication chez eux, mais où est-elle cette putain de communication ?) qui n’est point informé, geint en comptant les dégâts et les casses parmi les apprentis matelots qui ont été tabassés et molestés sauvagement par ces bêtes déchaînées. La version makhzénienne, quoi ! Ce béni oui-oui ment comme un arracheur de dents. Pour ne pas en prendre pour son grade, le pauvre ! On ne badine pas avec le Makhzen !

Que des mensonges ! Des contre-vérités inqualifiables dans une ère nouvelle « dite » de transparence. Sauf à admettre que ce principe de transparence est lui aussi un mensonge.

En vérité, nos chefs suprêmes nous veulent tout le bien du monde. Ils nous sermonnent gentiment en nous reprochant d’émettre sans cesse des jugements malveillants sur leur système d’administration infaillible et « démocrate », d’en faire tout un fromage, chicaner éternellement sur les moindres choses et les grossir à l’extrême, de ne pas louer Dieu pour ce que nous avons de biens et d’agréments en pieds (nous n’avons pas de mains comme les humains), de se lamenter en tout temps, de toute décision prise par nos « sages tuteurs » pour notre bien-être. En un mot, on nous reproche de ne pas être totalement « moutonniers » jusqu’à la moelle.

Toutefois, quand les choses s’enveniment et quand les associations internationales des droits des Ovins mettent leur grain de sel, les commandants en chef essaient de tirer leur épingle du jeu en calmant les esprits en forte ébullition. Alors commencent les traditionnels speechs falots et futiles, les logorrhées édulcorées, crétines et cocasses. Et pour tenter une énième fois de faire encore et toujours de l’effet sur mes frères-sujets (mais de plus en plus avertis, Dieu soit loué), ils inventent de toutes pièces et exhibent, trompettes et tambours battants, des termes et des concepts nouveaux et charmeurs qui en apparence font l’effet de pouvoir changer au mieux notre existence, d’avoir la possibilité d’apporter le remède « magique » à nos malheurs: la bonne gouvernance, l'Etat des droits et des institutions, le développement durable, l’élimination de la corruption et du despotisme, l'autonomie de la justice, la consolidation des libertés et des droits et tutti quanti. Mon œil ! On nous pompe l’air avec leurs multiples discours sur la new-gouvernance. En fait de discours, nous sommes bien servis mais mal, très mal. Médiocrité à gogo !

Bien sûr, notre Oligarchie à nous se la joue fine toujours. Mais, en fin de compte, d’aucuns savent que ce n’est que du rouge aux lèvres sur la morve, que cette poudre saupoudrée aux yeux n’est que du toc, que les problèmes n'ont pas bougé d'un iota. A vrai dire, un tout petit chouïa de perspicacité et de sagacité suffisent amplement à débroussailler la situation et découvrir la vérité, celle de la mystification dans tous ses états et en toutes circonstances.

D’ailleurs, les occupants du Quartier général ont de plus en plus mal, beaucoup de mal à expliquer ces bévues et ces bavures qui se répètent et se succèdent. Les fameuses sorties bouffonnes et clownesques du dit capitaine de bord ne prennent plus. Ils viennent même consolider l’idée d’un engagement mensonger là où il y a une estrade à grimper et une dérobade de lâche face au solide.

La question qui se pose et s’impose aujourd’hui d'elle-même: qui est-ce qui est la pierre d'achoppement ? Ce n'est plus un secret pour personne, la politique, s’il y en a vraiment une, dans tous les secteurs vitaux est fondée seulement sur des a priori et de faux-fuyants. De là, le bilan est plus que nul sur toutes les longueurs, laisse à désirer et ne vaut même pas un radis. Et le résultat est là, clair comme l’eau de roche: grognes, protestations, grèves et sit-in dans tous les secteurs: politique, social, culturel, économique, etc. Ce nonobstant, " l'Etat profond " continue son zèle sans se soucier des problèmes cruciaux que peuvent provoquer ses intimidations et ses arrêtés défaillants. A bon entendeur salut !

A ceux qui nous gouvernent: nous sommes victimes de votre mauvaise gouvernance, de votre corruption et de votre nullité. La supercherie n’a que trop duré. Vous avez failli à vos devoirs de défendre nos droits et nos intérêts. Dorénavant, nous n’avons plus confiance en vous. Nous avons la ferme conviction que vous nous avez toujours pris pour passerelle et échelle pour réaliser vos vieux rêves de toujours d’accéder au summum de la hiérarchie étatique, pour vous nantir. Vous y êtes arrivés à notre grand dam, au détriment de nos sueurs, de nos labeurs et de nos malheurs. Nous ne vous le pardonnerons jamais ni dans ce monde des vivants ni dans l’au-delà devant l’Eternel.

Pour finir ce bêlement en beauté, chers béliers et brebis, et pour vous rafraîchir la mémoire, je vous balance en plein sur la gueule une de ces fameuses citations du compagnon du prophète, qu'Allah le bénisse et lui accorde la paix, Omar Ben Alkhattab: « Comme vous êtes, on vous gouverne ».

N.B : Vous avez remarqué, peut-être, que nous n’avons pas sauté par-dessus le bateau. Notre chef de file (je parle d’un des nôtres, d’un bélier) n’a pas encore été précipité dans la mer. Jusqu’à ces moments, nous restons muets comme des carpes en buvant le calice jusqu’à la lie. Mais jusqu’à quand ? Quand la poule aura des dents ? That is the question !



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