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Samir Khirani - publié le Lundi 17 Octobre à 19:36

Boko Haram passera-t-il 2016 ?






Donné cent fois pour mort, le groupe djihadiste Boko Haram a systématiquement surpris par sa résilience dans le conflit qui accable la région du Lac Tchad depuis 2009. Cependant, les divisions croissantes de leadership et les dernières offensives de la Force mixte multinationale menée par le président tchadien Idriss Déby Itno, ont porté un coup très dur à l’organisation terroriste. Il est dès lors permis de se demander si la récente remise en liberté de 21 lycéennes nigérianes n'est pas le signe d'un affaiblissement de Boko Haram.
L’armée nigérienne a rendu public le bilan estival de son action contre le groupe islamiste insurgé Boko Haram. Si la saison avait commencé avec un revers cinglant – une attaque particulièrement meurtrière du groupe terroriste début juin au cours de laquelle trente-deux soldats ont été tués – de vastes opérations de représailles ont été lancées dans la région de Diffa (sud-est du Niger). Les offensives militaires conjointes du Tchad et du Niger ont fait 123 morts, depuis juillet, dans les rangs des islamistes de Boko Haram, et ont également permis de mettre la main sur un important stock d’armes et de munitions. Des succès qui s’inscrivent dans la stratégie du président tchadien, Idriss Déby Itno, visant à priver le groupe de ses moyens de frappes et fabriques d’explosifs. Cette campagne a également permis de reprendre quatre villes aux djihadistes, notamment les localités stratégiques nigérianes de Damasack, Abadan et Gachagar.

« Déclin visible »

La nouvelle Force mixte multinationale, basée à N’Djamena et sous le leadership du Tchad, a réussi à mettre un terme au conflit armé direct avec le groupe, dont la capacité à mener des raids d’envergure est probablement très réduite. Idriss Déby Itno – qui a pris personnellement la tête de cette campagne – a confirmé sa réputation de fin stratège et de chef de guerre pugnace. Les quelque 9 000 soldats venus du Tchad, du Nigéria, du Niger, du Cameroun et du Bénin participant à ce contingent ont multiplié les victoires sur le terrain, si bien que la secte ne contrôle plus aucune des grandes villes de l’État de Borno (nord-est du Nigéria), son fief historique. Aujourd’hui, le cauchemar d’un « califat » pratiquant un islam médiéval en plein milieu de la région a été écartée, mais l’action de Boko Haram s’est orientée vers une guérilla sanglante, où les premières victimes sont plus que jamais les civils.

Si on en croit ce rapport, il s’agit d’une victoire « cruciale » contre le groupe terroriste, qui marque un signal fort de sa déroute. Pourtant, devant ces affirmations, impossible de ne pas avoir une impression de redite. Les « coups durs » au groupe se sont multipliés, et pourtant les nouvelles de ses exactions sont encore trop fréquentes. Depuis le début du conflit, en 2009, Boko Haram a causé plus de 20 000 morts, et continue de tuer et déporter la population civile entre le Nigéria, le Cameroun, le Niger et le Tchad – on estime le nombre de déplacés à 2,4 millions environ. De plus, Abubakar Shekau, la figure de proue de l’organisation djihadiste, a une nouvelle fois fait taire les rumeurs le disant mort le 22 septembre dernier, en apparaissant dans un vidéo. A propos des négociations entreprises pour libérer les lycéennes de Chibok, il affirmait que « nous ne ramènerons pas vos filles. Si vous voulez que l'on vous rende vos filles, rendez-nous nos frères ». Résultats des courses : 21 d'entre elles viennent d'être libérées, comme le souhaitait le président nigérian Muhammadu Buhari - en échange, il est vrai, de quatre membres de la secte islamiste.

S’il faut applaudir les victoires menées par la coalition régionale sous le leadership d’Idriss Déby Itno, il est délicat de savoir dans quelle mesure ce nouveau coup d’éclat impactera le conflit à long terme. Pour autant, la plupart des analystes semblent s’accorder sur le fait que cette campagne pourrait bien marquer le début de la fin pour Boko Haram. Nathaniel Allen, chercheur pour le Nigeria Social Violence Research Project issu de la Johns Hopkins School, confirme en effet le « déclin visible » de l'insurrection, qui en est à un point crucial de son existence : la perte du soutien de la population. Plus Boko Haram est mis en échec, plus ses ripostes deviennent gratuitement meurtrières, et donc moins elles sont défendables.

« La lutte contre Boko Haram passe aussi par le développement »

En outre, l'Etat islamique (EI), à qui Boko Haram a prêté allégeance en mars 2015, prend ses distances avec les djihadistes africains. En cause, notamment : la désorganisation du groupe depuis le début du mois d’août 2016 et la nomination d’un nouveau chef, Abou Mosab Al Barnaoui. A cette époque, les rumeurs disant Shekau mort battaient leur plein, et ce dernier – très certainement blessé – a dû publier plusieurs enregistrements vocaux pour réaffirmer son leadership – et consacrer le schisme entre sa vision et celle de l’EI. La bataille interne pour contrôler le mouvement djihadiste a depuis dépassé la simple propagande et a mené à des affrontements directs, comme à Monguno (Etat du Borno) début septembre, où plusieurs combattants de la faction de Shekau ont été tués par leurs rivaux.

Connu pour sa barbarie sans limites, celui-ci pourrait commencer à se comporter comme une bête blessée et multiplier les massacres aveugles pour attirer une plus grande attention sur lui et compenser les pertes sur le terrain ainsi que ses soutiens financiers. Mais il apparait clairement que le groupe est en train de se scinder. Le Tchad a d’ores et déjà envisagé un programme d’aide sociale afin de venir en aide à une région touchée par une extrême pauvreté – porte d’entrée de tous les fondamentalismes. Déby avait en effet à plusieurs reprises appelé à « chercher les causes profondes » pour dépasser cette crise multiforme et construire un avenir où le vivre ensemble est une option. Une initiative soutenue par l’ancien secrétaire général adjoint du ministère des Affaires étrangères, Rémy Rioux, aujourd’hui directeur général de l’Agence française de développement (AFD), qui avait déclaré que « la lutte contre Boko Haram passe aussi par le développement ».

L’affirmation du président Déby selon laquelle « Boko Haram va disparaître » – prononcée à l’été 2015 – semble dès lors plus proche que jamais de se réaliser. Cette période de flottement constitue un moment opportun pour porter un coup de grâce aux djihadistes, plus isolés que jamais. Afin de prendre pleinement avantage de cet instant, il est crucial que l’effort de solidarité international se renforce. L’Union européenne a promis, le 1er août dernier, de verser 50 millions d’euros pour aider dans la lutte contre le groupe terroriste ; cette somme permettra de « renforcer la coordination régionale de la riposte » contre l’ennemi terroriste, notamment en fournissant « des moyens de transport et de communication au siège de la force ». Aussi tardif que bienvenu, ce soutien logistique constitue un avantage décisif et reflète les besoins réels sur le terrain, où les technologies de pointe des Occidentaux manquent cruellement dans une guerre contre un ennemi fantôme, qui frappe où il veut, par surprise, et préfère désormais poser des bombes dans des lieux hautement fréquentés à une confrontation armée directe.



Source : http://www.blog.ma/Boko-Haram-passera-t-il-2016_a1...



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