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Samira Houari - publié le Lundi 15 Février à 15:29

Binationaux algériens contre la réforme de l'article 51






Le texte de la réforme de la constitution  validé par le Parlement algérien. Cependant, la révision de l’article 51 stipulant :  « La nationalité algérienne exclusive est requise pour l’accès aux hautes responsabilités de l’Etat et aux fonctions publiques » continue de semer le trouble chez les binationaux. un acte vécu  par les  franco-algériens comme un ostracisme qui suscite conjectures et questionnements. Quatre Franco-Algériens s'expriment  sur cet amendement exclusif.

Yasmine Ghénai, élue de la République française.

Il faut « défranco-algériennaliser » cette réforme constitutionnelle, les derniers présidents que l’on a connu en France ont ouvert l’espace économique, je ne pense pas que ce soit une problématique franco-algérienne. Que les hautes fonctions de l’Etat puissent être accessibles exclusivement aux Algériens qui ont résidé au moins dix ans, c’est presque défendable. La raison pour laquelle je suis contre cet article, c’est le principe de réciprocité. Il faudrait se poser la question si les Algériens qui sont en France, en Allemagne, au Canada ou aux Etats- Unis… peuvent accéder aux hautes fonctions dans leur pays d’accueil ? Ne serait-ce pas plus intéressant de rajouter un alinéa à cette réforme : pour les pays où il y a convergence, les mêmes moyens doivent être ajoutés. Je suis franco-algérienne, née en Algérie. L’Algérie est ma mère patrie, mais en même temps, je me sens totalement française. Je suis une élue de la République française, et je n’ai pas à laisser une nationalité au détriment de l’autre. Ce que propose cette amendement, c’est de choisir entre son père et sa mère. Je trouve cela blessant. Si l’on considère au travers de la fameuse théorie des cerveaux, la plupart des personnes binationales feront le choix de partir vers l’occident plutôt que de faire carrière en Algérie, et l’on perdra des génies. Il est dommage de victimiser ces personnes-là.

Farid Abdelkrim, écrivain.

Des questions plutôt que des réponses : Que s’est-il passé en Algérie pour qu’il y ait cette volonté d’aller vers cette optique ? Mon premier sentiment ? Le gouvernement Algérien craint-il de voir des individus, porteurs d’une double nationalité, nuire à l’Etat algérien ? Derrière une loi, il y a toujours une intention de cette loi. Est-ce une façon de prévenir, certaines vocations qui souhaiteraient prétendre à des hautes fonctions dans le pays ? Il y a eu, déjà, des ministres binationaux au sein du gouvernement algérien. Dans quelle mesure cette réforme impactera-t-elle, les étudiants Algériens, installés à l’étranger, qui auraient pour ambition de rentrer au pays et d’intégrer la fonction publique ? Je ne sais vraiment pas ce qui se trame, mais ce n’est pas probablement pas la présence des Asiatiques qui inquiète !

Omar Meftah, humoriste.

Cette réforme ne me semble pas concerner directement les binationaux Français. Pour synthétiser, la 1re masse de l’immigration en France est une immigration de main-d’œuvre. Les générations actuelles n’ont de place en France. Trop peu sont à des postes importants, victimes de discriminations à l’embauche... Notre communauté est fragile et en souffrance psychique. Ni véritablement française ni trop algérienne, ou alors, dans une idéalisation de l’idée de l’Algérie. La plupart connaissent l’Algérie de l’été, et, non celle du froid de l’hiver, de la douleur, et très peu la jeunesse algérienne. Malgré tout, cela me fait mal, profondément. Le sentiment, encore une fois, que tu cherches ta place et à chaque fois que tu penses la trouver, on te rappelle que non ! On dénombre des millions de binationaux Algériens dans le monde. J’ai le désir de faire des choses en Algérie, dans le cadre du spectacle, de l’audiovisuel, j’adorerais créer une école de théâtre sur place. Pour moi, c’est naturel, logique et cela ne devrait pas être sous conditions ! Je ne veux pas être seulement en transit en Algérie, cette réforme est une discrimination inversée.

Mounir Belhamiti, ingénieur.

Il est important de rappeler qu’au regard de l’intégralité de la réforme, il y a des avancés démocratiques, comme le fait de limiter le nombre de mandats présidentiels, de favoriser la représentativité politique, la reconnaissance officielle du Tamazight, les allusions à la justice sociale, à la lutte contre les inégalités… Malheureusement, ce projet crée deux catégories de citoyens Algériens, l’une exclusive de pleins droits, et l’autre de droits minorés. Je trouve que nous assistons à une dérive inégalitaire. La 1re mouture de l’article prônait le principe d’indivisibilité de l’égalité pour tous les citoyens Algériens. En adoptant cet article, on se sabre de cette richesse. Il est souvent fait appel à la souveraineté du peuple, quid de cette réforme passée par voie parlementaire et non par référendum ? C’est un renoncement à une certaine idée de l’Algérie démocratique telle qu’elle a été constituée dès 1962.



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