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par Parvez Ahmed - CGNEWS - publié le Mardi 16 Février à 20:48

Aux Américains musulmans de prévenir l’extrémisme






Aux Américains musulmans de prévenir l’extrémisme
Jacksonville (Floride) – Dans un rapport publié dernièrement par l’Université de Duke et l’Université de Caroline du Nord, des chercheurs révèlent que le nombre d’Américains musulmans susceptibles de radicalisation est faible, mais pas négligeable. Depuis les événements de septembre 2001, ce sont 139 Américains musulmans au total qui ont été arrêtés pour faits de terrorisme, certains ont été condamnés, d’autres sont en attente de leur verdict. Si ce chiffre est bien modeste, au regard des quelque 7 millions de musulmans qui ont fait des Etats-Unis leur patrie, il n’en reste pas moins consternant: un seul terroriste est toujours un terroriste de trop.

Tout en rappelant le danger que constitue la radicalisation de la jeunesse musulmane, le rapport des deux universités félicite la communauté islamo-américaine des mesures qu’elle a prises pour endiguer la radicalisation, y compris la dénonciation du terrorisme. Mais on pourrait faire plus.

L’engagement dans le processus politique – exercice du droit de vote, exercice du droit de se présenter à une fonction élue et autres - serait une démarche utile pour étouffer dans l’oeuf la radicalisation de la vie publique. L’engagement politique, nous apprend le rapport, démontre aux musulmans du monde entier que « les griefs peuvent être résolus par des moyens pacifiques et démocratiques ». Autre évidence: au lieu de ramener leurs griefs à des problèmes islamocentriques, les musulmans auraient intérêt à les exprimer objectivement. Ainsi, plutôt que de se plaindre de la discrimination, ils devraient militer en faveur de la diversité sur les lieux de travail, afin que les entités politiques et les entreprises reflètent plus fidèlement la composition de la société. Des coalitions pourraient ainsi se construire sans distinction d’origine ethnique ou religieuse, ce qui permettrait de faire reculer les attitudes cyniques qui caractérisent trop souvent la société.

Par ailleurs, la communauté musulmano-américaine a déployé des efforts pour améliorer ses relations avec les forces de l’ordre. Elle doit continuer de le faire, en ajoutant à cette démarche l’organisation de réunions régulières avec les représentants de l’ordre, auxquelles les jeunes seraient incités à participer. Car la communauté islamo-américaine s’inquiète, à juste titre, de l’utilisation faite par la police d’indicateurs et d’agent provocateurs. Mais cette inquiétude ne doit pas prendre le pas sur le choix de la participation.

Troisième piste: les chercheurs l’affirment, les Américains de confession musulmane qui ont bénéficié d’une éducation religieuse stricte et traditionnelle courent beaucoup moins le risque de verser dans le radicalisme. Mais le discours religieux qui a cours dans les centres islamiques américains est souvent trop ésotérique pour des jeunes.

Il devrait plutôt insister sur les vrais problèmes que pose la vie aux Etats-Unis, par exemple comment exploiter à plein sa liberté d’expression pour contrer les attaques rhétoriques contre l’islam. Les jeunes comprendraient ainsi que les remèdes à l’islamophobie ne passent pas forcément par une répression des libertés, à savoir l’adoption de lois anti-blasphème incohérentes, mais bien plutôt par la défense du droit d’offense, assorti, bien sûr, du droit de défense.

"Building Bridges to Strengthen America", publication du Muslim Public Affairs Council, organisation de service public qui se consacre à la défense des droits civiques des Américains musulmans, affirme que le premier pas vers la radicalisation est le mécontentement économique et social qui risque de précipiter une crise personnelle. Cette crise d’identité pousse les gens à chercher des réponses – pour certains dans la religion. Si celui qui cherche des réponses se trouve, intentionnellement ou par hasard, en rapport avec les membres d’un mouvement extrémiste, quel qu’il soit, les risques de radicalisation en augmentent d’autant.

Le recrutement réussit parce que les jeunes concernés sont ignorants ou n’ont pas accès à une connaissance exacte de la religion. Pour entretenir cet état d’esprit, il faut aussi les isoler de la société musulmane ordinaire.

Pourtant, les signes annonciateurs sont visibles bien avant que ne se produise un acte de violence. La radicalisation ne sort pas du vide. Les parents, les membres de la communauté peuvent être vigilants, à condition de savoir ce qu’il faut chercher.

Une étude réalisée par le Clingendael Centre for Strategic Studies aux Pays-Bas soutient que l’intégration sociale est un antidote à ces comportements inquiétants. Ils citent toute une série d’indicateurs témoignant d’un tropisme vers l’intégration plutôt que vers la radicalisation: se sentir accepté ou bienvenu dans la société; la satisfaction de pouvoir exercer ses droits citoyens; un sentiment de justice dans la sphère professionnelle; l’expression d’un sentiment de patriotisme; la fierté de l’identité nationale; l’attitude à l’égard des libertés et des droits de la personne.

Tous ces éléments, comme par exemple la structuration d’attitudes positives à l’égard de valeurs sociales comme les droits de la personne, sont tout à fait à portée des communautés et des familles. D’autres, comme la garantie que les Américains musulmans bénéficient d’un traitement juste et équitable dans l’emploi, sont des responsabilités qui doivent être partagées par la société au sens large du terme.

Communiquer à la jeunesse musulmane un sentiment de fierté citoyenne et de responsabilité sociale, tel est le message qui doit se propager depuis la chaire du prédicateur à la mosquée jusqu’à la table familiale.

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* Parvez Ahmed, Ph.D. (drparvezahmed.blogspot.com), Fulbright Scholar, Professeur associé de Finance à Université de Floride du Nord, est auteur de commentaires sur l’islam et l’expérience islamique aux Etats-Unis.


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