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MAP - Ali Refouh - publié le Vendredi 10 Janvier à 13:38

Authentification d'actes de mariage : Réparer le passé, pour mieux appréhender l'avenir




Essaouira - Dans les couloirs du siège de la Caïdat des Chiadma nord, sis à la localité de Tafetachte (à 60 km d'Essaouira), Rkia, une veuve octogénaire vivant dans la commune de Mramer, a défié distance et vieillesse pour accomplir la procédure d'authentification de son acte de mariage et franchir ainsi un pas décisif même s'il intervient après 60 ans d'une vie conjugale scellée par le seul acte symbolique de la Fatiha.



Accroupie contre un mur, au milieu d'une foule inhabituelle venue ce jeudi saisir l'ultime opportunité des audiences mobiles tenues par le tribunal de Première instance d'Essaouira dans le cadre d'une campagne d'authentification d'actes de mariage organisée du 9 au 30 janvier au niveau de la province, Rkia, le corps courbé par le temps et le visage envahi de rides, affirme dans des propos fermes et sur un ton solennel qu'elle a décidé de faire une demande de reconnaissance de mariages pour assurer un avenir meilleur pour ses enfants.

C'est là un point commun entre la majorité des demandeurs, qui se sont déplacés des communes relevant des Caïdats des Chiadma nord, El-Henchane, Chiadma sud, Ounagha et Meskala, concernées, à côté de la Caïdat des Regraga (dont les audiences ont été tenues le jour-même à Talmest), par cette première journée de la campagne, qui intervient à près d'un mois de l'expiration de la période transitoire de réception des demandes de reconnaissance de mariage, fixée à la première semaine de février 2014.

En effet, le code de la famille, dont l'article 16 stipule que "le document portant acte de mariage constitue le moyen de preuve dudit mariage", avait prévu un délai de cinq ans à partir du 5 février 2004 pour que les citoyens n'ayant pas accompli cette procédure puissent s'adresser au tribunal afin d'obtenir des jugements de confirmation de leur mariage. Cette période, qui devait prendre fin en février 2009, a dû être prorogée de cinq nouvelles années en raison du nombre important de demandes déposées.

Conscients de cette deuxième chance qui leur est offerte par le législateur, les demandeurs -couples, veufs, veuves ou enfants venus authentifier l'acte de mariage de leurs parents défunts- se disent animés par des motivations tournant autour des besoins les plus élémentaires de leurs enfants, dont l'accès à différents services vitaux comme la scolarité, les vaccins, les soins médicaux ou l'emploi, semble hypothéqué par des traditions de mariage caduques qui ne répondent pas aux exigences de la vie moderne.

Des besoins que Rkia, appuyée sur le bras de son gendre, résume dans un seul document qui, il est vrai, constitue le justificatif de base de toute procédure administrative, à savoir la carte d'identité nationale. "Je veux obtenir l'authentification de mon acte de mariage pour permettre à mes enfants d'avoir la Carte", martèle-t-elle derrière ses lunettes épaisses, masquant des yeux usés.

Pour réaliser ce voeu, les personnes concernées ont eu toutes les facilités possibles, à commencer par un staff de neuf magistrats et autant de secrétaires greffiers, qui s'est déplacé spécialement pour cette campagne et à terminer par une procédure simplifiée, notamment en ce qui concerne le nombre de témoins, réduit à deux seulement, en passant par la collaboration active des autorités locales, notamment au niveau de la contribution à l'organisation des audiences et l'obtention des documents administratifs requis pour constituer les dossiers.

Pour assurer les bonnes conditions à cette campagne, rien n'a été laissé au hasard. En prélude à cette opération, une campagne de sensibilisation et d'information a été organisée au niveau de la Province, afin de sensibiliser les citoyens à l'importance de l'authentification des actes de mariage et les inciter à entreprendre cette démarche indispensable pour régulariser leur situation et celle de leur enfant.

De même, des rencontres de communication ont été tenues avec les autorités et les acteurs concernés et en contact direct avec les citoyens, afin de les impliquer dans la préparation de cette campagne, à travers la distribution de formulaires de demande de reconnaissance de mariage adaptés aux différents cas et la collecte et la concentration des demandes au niveau des Cercles, afin de faciliter leur traitement.

Et alors que les couloirs de la Caïdat des Chiadma nord fourmillaient de demandeurs, de témoins ou d'accompagnateurs, attendant leur rôle, les yeux perdus quelque part ou tuant le temps en discutant de la pluie et du beau temps, les magistrats s'activaient à l'intérieur des locaux dédiés aux audiences pour traiter dans les meilleurs délais les dossiers qui leur sont soumis. Une célérité nécessaire au vu du nombre important de dossiers à traiter en une journée, mais cela ne les empêche pas de faire preuve de minutie, voire de vigilance devant des cas parfois complexes (cas de décès d'un ou des deux conjoints), des témoins âgés souffrant d'une audition affectée ou de trous de mémoire, un analphabétisme qui brouille la communication ou des demandeurs animés par la mauvaise foi.

Un effort colossal de communication, de confrontation des déclarations, de comparaison des données et de précision des faits par lequel les magistrats, usant de leur aura et de leur habilité, cherchent à rassembler les pièces du puzzle et établir avec certitude le lien conjugal objet de la demande d'authentification, avant de trancher dans la demande.

Des efforts qui ont donné leur fruit : Un total de 200 dossiers ont été traités lors de cette journée, de quoi apporter de l'eau au moulin de cette initiative, en prévision des prochaines étapes prévues à Akermoud, le 23 janvier et à Smimou, le 30 du même mois. Mais, au-delà des chiffres, la vraie récompense du travail accompli est le bonheur qui saute des yeux de ceux qui ont pu régulariser leur situation. Sortant des salles d'audience, soulagés et souriant, comme s'ils se sont débarrassés d'un fardeau, ils savent qu'ils viennent de réparer le passé, pour mieux appréhender le futur.



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