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James H.Roth - CGNEWS - publié le Mardi 5 Février à 14:41

Au-delà de l’alphabétisation dans le monde arabe




James H.Roth : Les nouvelles concernant l’éducation dans le monde arabe sont à la fois bonnes et mauvaises. D’une part, l’alphabétisation continue à progresser dans cette région du monde, certains pays progressant plus vite que d’autres. D’autre part, les pays arabes restent à la traîne par rapport au reste du monde, ce qui fait que leurs ressortissants sont mal préparés pour participer au marché mondial dont l’évolution est rapide. Par conséquent, le chômage structurel y est un véritable problème, et la réforme de l’éducation d’une grande urgence.



Le secteur des études supérieures est en progression dans la plupart des 22 pays arabes. Cette expansion semble découler de l'effet conjugué d'initiatives privées et étatiques axées sur l'éducation des jeunes dont le nombre est grandissant dans chacun des pays. Cependant, à l'exception de quelques cas isolés, la vaste majorité des établissements d'études supérieures ne jouissent pas de la qualité d'instruction nécessaire, d'une direction indépendante et d'un programme des cours moderne qui formerait les étudiants en fonction des besoins d'employeurs potentiels.
 
Seule une université arabe figure dans le classement des 3000 meilleures universités du monde effectué par l'International Ranking Experts Group et l'Institute for Higher Education Policy à Washington, et encore il s'agit de la dernière place. Ce n'est pas difficile d'en venir à la conclusion que les universités arabes ne répondent pas aux normes internationales.

De plus en plus, les étudiants diplômés des universités arabes se trouvent dans une situation de désavantage en entrant sur le marché du travail dans leurs pays respectifs, où leurs qualifications ne correspondent souvent pas aux besoins du marché.

En Arabie saoudite, par exemple, environ 5,5 millions d'étrangers occupent des postes importants dans l'économie du pays – spécialement dans le tertiaire et dans le secteur du pétrole. Malgré la politique agressive du gouvernement à encourager l'embauche de citoyens saoudiens, le taux officiel (et persistant) du chômage des hommes saoudiens est toujours de 13%, - de nombreux experts indépendants pensent même que ce taux pourrait être de 25 % . L'investissement considérable et à long terme du gouvernement saoudien n'a pas eu de rendements satisfaisants. Les résultats saoudiens sont semblables à ceux des riches pays du Golfe. Selon les statistiques, les universitaires y sont peu nombreux à intégrer avec succès les économies nationales. Les dirigeants doivent remettre en question l'adéquation des systèmes éducationnels actuels.

L'amélioration des études supérieures dans le monde arabe reposera sur la réforme du programme des cours et sur une plus grande exigence des professeurs par rapport aux étudiants, pas seulement au niveau universitaire, mais aussi au niveau des écoles primaires et secondaires. Ainsi que le démontrent de nombreuses épreuves internationales communes, les élèves des écoles primaires et secondaires des pays arabes continuent à obtenir le 20ème percentile le plus bas dans les épreuves de mathématiques et de sciences.
 
Les résultats de l'école primaire publique sont de loin les pires. La probabilité qu'un élève de l'école publique du Caire, de Damas ou de Karthoum devienne un jour chef d'entreprise ou médecin spécialiste est extrêmement faible. Etant donné les montants considérables que de nombreux gouvernements dépensent déjà pour l'éducation, ces résultats et indices médiocres sont simplement alarmants et requièrent une action immédiate.

Non seulement le programme scolaire devra être réajusté en faveur des maths et des sciences, mais en plus, il faut que les enseignants soient responsabilisés par rapport à la performance de leurs élèves.

Une des explications pour le mauvais niveau des étudiants arabes dans les domaines des maths et des sciences est que les exigences des enseignants sont trop basses. Dans la poursuite de leur quête de solutions pour améliorer le système éducatif, il est primordial que les dirigeants arabes remettent en question la qualité des enseignants. Les enseignants, dans leur vaste majorité, sont-ils vraiment qualifiés pour tenir entre leurs mains l'éducation des générations futures ?
 
Il est probable que non. Le recrutement et la formation d'une nouvelle volée d'enseignants de premier ordre, bien rémunérés, demande une sérieuse réflexion.

Au cours de ces dernières années, les pays arabes ont vu apparaître un grand nombre d'universités privées. La Jordanie ,par exemple, en compte au moins 12. Ces nouveaux établissements permettront aux pays à revenu moyen de compter davantage sur des financements privés pour les dépenses relatives à l'éducation supérieure. Cependant, la privatisation ne résout pas à elle seule le problème.

 Tout comme les établissements publics, ces entités privées devront être responsabilisées et former des étudiants qui répondent aux besoins nationaux. Il faudra peut-être que les gouvernements établissent des normes de performance communes, qui permettront aux institutions – publiques ou privées - de respecter un niveau de qualité minimum.

Eradiquer l'analphabétisme était l'une des missions importantes du monde arabe post-colonial. Les Arabes ont fait une grande percée sur ce front-là. Si 70 millions d'Arabes sont encore analphabètes –ce nombre est néanmoins en train de baisser rapidement. Il y a cependant une différence entre alphabétiser et offrir une formation de haut niveau. Dans l'ensemble, le monde arabe n'a pas encore fait le nécessaire pour changer son système éducatif et passer de la priorité absolue (l'alphabétisation) à celle qui consiste à avoir les institutions nécessaires qui permettent aux jeunes d'intégrer le marché du travail dans leur propre pays et de propulser celui-ci dans l'arène de la compétition mondiale.
 
Tout en s'employant à élaborer des plans de développement pour le futur, les dirigeants arabes devront donner la priorité à la réforme et à l'amélioration des institutions d'éducation. S'ils ne le font pas, cela va sans aucun doute accroître la masse des de millions de personnes qui se trouvent dans l'impasse du chômage et mettre en danger la stabilité de la région. La réforme de l'éducation doit être désormais une priorité.

* James H. Roth, vice-président pour la santé et l'éducation au sein du groupe Huron Consulting à Chicago, est consultant auprès des institutions d'enseignement aux Etats-Unis, au Moyen-Orient et en Asie.


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