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Nadia Madani - publié le Vendredi 4 Mars à 10:35

Au croisement de trois chemins...




Histoire imaginaire de trois amies aux destins différents. Le récit n'est nullement autobiographique.



Au croisement de trois chemins...
Elles étaient trois amies voisines- Nadia, Nezha et Latifa- à partager des après-midis d’été entières sur les terrasses de leurs maisons, dans ce joli quartier résidentiel de Meknès nommé « Belle Vue ». Leurs terrasses surplombaient un beau paysage d’oliviers qui s’étendait sur la vallée des Fekharrines (appelée ainsi à cause des ateliers de poterie qui y existaient) et qui était parsemé de petites maisons modestes semblables à des dés. Au loin, se dressait la muraille séculaire de Moulay Ismaïl et la grande porte de Bab Berdain comme deux géants prêts à défendre la ville.
Nadia était la fille unique de deux instituteurs socialistes qui avaient voué leur vie aux combats politiques de l’époque ; Latifa- fille d’un riche commerçant-et Nezha, la petite fille d’un Alem (savant religieux).

Elles avaient fait l’école primaire ensemble, mais juste après le passage de l’année terminale, Latifa quitta l’école pour apprendre les métiers de l’aiguille comme sa mère. Elle était de grande taille et faisait plus que son âge, et déjà à douze ans elle ne pensait qu’au mariage, Nezha continua ses études, tout comme Nadia, sauf qu’en parallèle, elle apprit le Coran par cœur et mit le voile à l’âge de puberté ; elle aussi rêvait de se marier à un homme pieux, mais elle voulait d’abord parfaire ses connaissances en matière de religion en étudiant la Charia à la faculté. Nadia, quant à elle, était destinée à faire des études de droit selon le vœu de ses parents.

Les trois amies s’étaient accoudées au parapet et contemplaient le paysage. Bientôt, elles devraient se séparer ; Nadia déménagerait avec ses parents à Rabat ; Nezha ferait ses études islamiques à la faculté de Meknès et Latifa allait se marier après trois mois à un jeune homme que ses parents lui avaient choisi. Elles essayèrent de penser à autre chose qu’à cette séparation imminente pour rendre leur dernière rencontre agréable mais toutes les trois ne faisaient que tromper leur tristesse. Elles finirent par éclater en sanglots chacune essuyant les larmes de l’autre et essayant de la consoler.

Dans son nouveau monde, Nadia découvrit la vie universitaire avec tous ses tumultes, ses courants idéologiques, son libertinage, ses souffrances et ses plaisirs.
Ses parents moururent dans un accident de voiture et se trouva seule au monde avec une petite fortune en héritage. C’était dans ces circonstances de douleur qu’elle rencontra Yasser, un jeune doctorant en droit public, aux penchants gauchistes. Il était très beau: des cheveux lisses noirs qui tombaient sur un front large, signe d’intelligence ; une taille moyenne et svelte ; un petit nez aquilin et l’allure fière et désinvolte. Avec tout cela, une éloquence incroyable et de l’humour ; mais, les mœurs légères ; son plus grand défaut était sa sensibilité exagérée à l’égard des belles femmes.

Après leur mariage, Nadia était toujours en proie à des sentiments de jalousie ce qui la rendit aigre et amère. Elle interrompit ses études après la naissance de son premier fils puis après celle du second. Du coup, elle n’avait jamais pu terminer son doctorat malgré les encouragements de son mari et toute l’aide qu’il lui proposait. Ce dernier était un adepte fervent de la liberté de la femme. Seulement, Nadia ne percevait plus les choses comme avant. Ce féminisme qui prétendait vouloir le bien de la femme lui nuisait plus que tout. N’était ce pas même- au nom de cette liberté et de ce féminisme- que son mari la trompait ? N’était-ce pas même au nom de ces prétendus droits de la femme qu’elle continuait à travailler par-ci par-là, pour contribuer à l’entretien de la famille, bien qu’au fond, elle ne désirait qu’une chose : être à côté de ses fils et recevoir son mari chaque soir dans la tendresse et la bienveillance ?

C’était la fin de mars 1999, elle avait prit l’habitude d’envoyer une lettre à ses anciennes amies chaque fin du mois. Mais cette fois, elle désirait les voir après tant d’années de séparation. Elle savait que Nezha occupait désormais- ainsi que son mari- un poste élevé dans un parti politique marocain islamiste et consacrait sa vie aux actions sociales et aux intérêts du parti. Quant à Latifa, elle menait une vie tranquille avec ses quatre fils et aidait son conjoint de temps à autre dans la gestion de ses affaires ; elle était le bras droit de son mari et la maîtresse absolue de sa vie.

Nadia parla à Yasser du voyage qu’elle voulait faire pour voir ses anciennes amies ; il promit de s’occuper des enfants.

Le lendemain elle appela Latifa au téléphone pour lui annoncer sa volonté de venir la voir et passer quelques jours chez elle. Latifa en fut très ravie et voulait voir les enfants ; mais Nadia expliqua que cette première visite avait une importance particulière pour elle ; elle voulait retrouver son enfance, ses souvenirs, elle voulait pleurer ses parents et tout le passé et c’était pour cela qu’elle venait seule. Latifa ne s’opposa pas : « viens chez toi ma chérie, tu seras toujours la bienvenue.» se contenta t- elle de dire.

Les retrouvailles furent particulièrement chaleureuses ; on avait parlé de tout et de rien et quand on a eu l’impression d’avoir terminé, un autre sujet réapparaissait. A la fin de la soirée, Nadia demanda à Latifa de la serrer dans ses bras et elle pleura longuement sur la poitrine de son amie.

Le lendemain, c’était Nezha qui arriva en compagnie de sa fille. Elle était superbe dans son voile et épanouie comme on ne pouvait pas le croire. Elle demanda à Nadia d’intégrer la vie politique, l’invita à faire la prière avec elle et lui expliqua que le voile n’était pas un enfermement, mais au contraire, une libération. Elle lui dit combien la religion était apaisante, qu’elle oublierait tous ses soucis rien qu’en faisant la prière. Nadia l’écoutait sans rien dire et Latifa s’opposa en disant qu’elle fallait la laisser tranquille.

Les deux jours passés en compagnie de ces deux amies qui étaient devenues sa seule famille- hormis ses fils et son mari-lui avaient apporté beaucoup de bien. De retour chez elle, elle serra fort ses enfants puis son mari et leur dit combien elle les aimait…


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