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Jawad Kerdoudi - publié le Mardi 12 Février à 13:08

Assassinat du tunisien Chokri Belaid : La vague islamiste menace le Printemps arabe




Le 6 Février 2013 a été assassiné à Tunis par balles le tunisien Chokri Belaid. Cet Avocat et leader de l’opposition laïque était chef du parti des Patriotes démocrates. Il avait milité pour la démocratie, les libertés, et les droits de l’homme avant le Printemps arabe. En effet, il a été emprisonné pour ses idées aussi bien par les Présidents Bourguiba et Benali. Il avait notamment défendu de nombreux accusés pour délits d’opinion.



Jawad Kerdoudi Président de l’IMRI*
Jawad Kerdoudi Président de l’IMRI*
Après la révolution du 14 Janvier 2011, il a rejoint avec sa formation une coalition de gauche « Le Front populaire » créé en Octobre 2011, qui se pose en alternative au pouvoir des islamistes. Il était en faveur d’une Tunisie laïque et voulait séculariser la religion et l’éloigner du champ politique. Très présent dans les médias tunisiens, il n’a eu de cesse de s’élever contre la mainmise des islamistes sur les structures de l’Etat, tout en dénonçant les disfonctionnements et les dérives de la justice et en alertant l’opinion sur les dangers de la violence politique. Il avait en outre accusé les milices du parti Ennahda, Ligue de protection de la révolution (LPR) d’être à l’origine de plusieurs agressions contre les rassemblements organisés par les partis d’opposition. C’est ainsi qu’il a attisé la haine des islamistes radicaux et a reçu plusieurs menaces de mort par internet et sur facebook.

L’assassinat du regretté Chokri Belaid est un coup dur pour la révolution tunisienne. Cette dernière qui a été déclenchée le 17 Décembre 2010 par l’immolation du jeune Mohamed Bouazzizi avait par but le départ du dictateur Benali, l’institution de la démocratie, la réduction des inégalités sociales et régionales, et de nouvelles conditions de vie dans la dignité et le travail. Malheureusement, les élections du 23 Octobre 2011 ont permis la victoire du parti islamiste Ennahda qui domine l’Assemblée constituante. N’ayant pas la majorité absolue, le parti Ennahda s’est allié à deux autres partis non islamistes, et a permis l’élection le 13 Décembre 2011 du leader du parti du Congrès pour la République Moncef Marzouki. Mais la réalité du pouvoir en Tunisie est détenue par les islamistes : Rachid Ghannouchi Chef du parti Ennahda et Hamadi Jebali Premier Ministre.

La gestion du pays par les islamistes est catastrophique tant sur le plan politique qu’économique. La violence est érigée en stratégie politique par le parti Ennahda, qui n’hésite pas à donner des signaux pour perpétuer des actes de violence contre les opposants, ce qui est absolument contraire au jeu démocratique. En fait, le parti Ennahda est rongé par des luttes intestines entre les radicaux qui sont jusqu’au-boutistes, et les modérés qui acceptent une certaine dose de démocratie.

La preuve en est que le Premier Ministre Hamadi Jebali, suite à l’assassinat de Chokri Belaid, a annoncé la dissolution du gouvernement et la formation d’un Cabinet d’union nationale, et ce sans l’assentiment de son parti Ennahda. Sur le plan économique, l’instabilité politique, les grèves répétées, le manque de compétence du gouvernement islamiste, ont aggravé le marché de l’emploi. En effet, le tourisme est au plus bas, l’industrie travaille au ralenti, et les investissements étrangers sont quasiment absents.

Au delà de la Tunisie, les espoirs nés du Printemps arabe se sont  évanouis. En Egypte, une situation comparable à celle de la Tunisie persiste depuis la démission le 11 Février 2011 de Housni Moubarak. Les élections législatives et présidentielles qui ont suivi ont vu la victoire du Parti de la liberté et de la justice, bras politique des Frères musulmans. Après le passage en force d’une nouvelle Constitution qui ne fait pas l’unanimité, l’opposition laïque et de gauche est soumisse à la répression, allant jusqu’à l’émission de « fatwas » par des religieux poussant au meurtre des opposants.

En Libye, la situation est confuse et instable du fait des milices armées qui sèment le trouble dans certaines régions notamment à Benghazi. La situation est encore plus dramatique en Syrie où une véritable guerre civile oppose le régime sanguinaire de Bachar Al Assad à une opposition désunie et insuffisamment armée. On compte après deux ans d’un conflit dévastateur plus de 60.000 morts, et l’ONU prévoit un million de réfugiés d’ici Juin 2013 si la guerre civile ne s’arrête pas. Au Bahreïn, la monarchie minoritaire sunnite n’a été sauvée que par l’intervention militaire des pays du Golfe le 14 Mars 2011. Au Yémen, après une forte répression des manifestations, une solution est imposée par le départ le 27 Février 2012 de Ali Abdallah Salah et son remplacement par son Vice-Président Abd Rab Mansour Hadi.

En conclusion, les pays qui ont subi le plus d’effets du Printemps arabe sont la Tunisie, l’Egypte, la Libye, la Syrie, Bahreïn et le Yémen. Tous ces pays étaient régis par des régimes autoritaires, où n’étaient pas respectées les libertés individuels et collectives, ainsi que les droits de l’homme. Ces pays étaient marqués également par l’accaparement des richesses par les dirigeants et leurs proches, laissant la majorité de la population vivre dans la pauvreté et la misère. Ces pays étaient caractérisés par un taux de chômage élevé notamment celui des jeunes.

La révolution dans ces pays qui avait à l’origine des objectifs nobles de démocratie, de liberté, et d’égalité, a été récupérée par les islamistes qui étaient à l’affût depuis des décennies. En effet ces derniers, par une politique de proximité avec les plus démunis, ont réussi à constituer un capital de confiance qui s’est répercuté en leur faveur lors des dernières élections qui étaient plus transparentes que le passé, donnant aux islamistes la victoire. Il appartient maintenant aux partis modernistes de lutter contre la domination du champ politique par les islamistes. Pour cela, ils doivent unir leurs efforts, et se réapproprier l’électorat populaire par un travail sérieux et approfondi. L’espoir est qu’à moyen terme et par le jeu de l’alternance démocratique ils puissent revenir au pouvoir.

* Président de l’Institut Marocain des Relations Internationales (IMRI)
Source : Syndication Marance.info (La Chronique de l'IMRI )



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