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AbdelAziz Mouride - www.blog.ma/mouride/ - publié le Mardi 5 Juin à 10:08

Artistes à 996dh par mois




AbdelAziz Mouride - 996 Dh, retenez ce chiffre. C'est le salaire mensuel d'un professeur à l'Ecole des Beaux-Arts au Maroc. Oui, oui, vous avez bien lu, c'est bien le revenu que les professeurs des Beaux-Arts, des artistes, perçoivent chaque mois.



Ces salaires existent non seulement aux Beaux-Arts mais également aux Conservatoires de musique. Tout autre commentaire serait superflu. D'ailleurs, je suis tellement estomaqué que le vide s'installe dans ma tête. Que peut-on dire de plus ? Mépris de la culture et des arts de la part des pouvoirs publics ? Débilité de la politique de formation et d'éducation dans notre pays ? Négligence ? Manque de budget ? Toutes les raisons du monde ne sont pas de bonnes raisons pour qu'un professeur d'une école des Beaux-Arts soit condamné, contrairement à un professeur de math ou d'arabe, à vivre avec 996Dh par mois, soit moins que le salaire d'un éboueur ou d'un ouvrier de la commune.

D'ailleurs, s'agissant de l'école des Beaux-Arts de Casablanca, c'est la commune qui en a la charge. C'est la commune qui paie les salaires des professeurs de cette prestigieuse école qui a donné, depuis sa création sous le protectorat, des centaines d'artistes de renommée mondiale.

« Lors de sa visite à Casablanca, le Maire de Paris, Delanoé, nous a dit qu'on ne fait pas mieux à Paris » me confie Hafid. Hafid ? Artiste connu et reconnu en Pologne où il a fait des grandes études d'arts, aujourd'hui professeur à l'Ecole des Beaux-Arts de Casablanca. « Je suis arrivé à l'âge de la retraite et je ne bénéficie même pas d'une mutuelle ni d'une retraite. J'ai toujours le statut de vacataire ». Il n'est pas le seul, ni les profs des Beaux-Arts non plus. Les professeurs de musique, également sous tutelle de la commune, sont dans cette situation. De quoi s'arracher les cheveux. De rage. De dépit. Du peu de cas que les responsables communaux, dignes représentants des citoyens de la ville, font de la culture et des arts.

Oui ! oui, les responsables actuels ont hérité d'une situation antérieure, ils ne l'ont pas inventé. Oui ! oui, il y a un problème de budget de la ville, il y a tellement de priorités, de tords à redresser que la situation des profs d'arts paraît banale. Mais tout de même, ces gens là ont la lourde responsabilité de former les générations d'artistes de demain ; l'art, la musique, la culture en général, sont considérés dans le monde d'aujourd'hui, comme l'une des ressources de richesse des nations et un levier de développement des ressources humaines. Il y a certains groupes de musique de part le monde qui drainent des richesses en devise pour le pays plus que ne le fait l'industrie classique ou le tourisme.

On dit que les Spice Girls apportaient à la Suède, leur pays, plus d'argent que la firme Opel. J'ai évoqué le tourisme, parlons-en : comment prétendre développer ce secteur sans développer la culture, les arts et la musique ? Les développer, c'est former les jeunes en mettant à contribution des professeurs émérites qui ont la passion de leur métier et qui en sont fiers. La fierté. Peut-on être fier quand on a un salaire de 996 Dh par mois ? Peut-on nourrir de la passion et l'entretenir pour un métier qui vous condamne à la misère ?

Il y a là une injustice, une flagrante injustice dont il est urgent de réparer.


Tagué : artistes, maroc, salaires

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