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Yazid HADDAR - publié le Mardi 21 Octobre à 00:00

Arabophile ou arabisme !




« Ce n’est pas l’occidentalisation qui fait perdre aux Arabes leur culture, mais c’est la culture arabe qui cède la place à une occidentalisation. » Ghalioun...



Il semble que la question linguistique est toujours d’actualité en Algérie. Le problème d’identité n’est pas encore réglé. Dans une tribune publiée dans Echorouk le 24 septembre 2008, le président de l’association pour la défense de la langue arabe en Algérie, Monsieur Othmane Sadi, a réagi violemment à un article et à un édito publiés respectivement le 4/09 et 26/08/08 dans le quotidien El-Watan.

Il me semble que l’auteur confond l’Histoire et le statu quo linguistique algérien et qu’il est déconnecté de la réalité linguistique mondiale. En effet, comment expliquer son acharnement contre la langue française et les francophones algériens ? Pourquoi les traite-il de « renégats » et de « communistes » ? L’auteur de cet article ne s’est pas arrêté au lynchage gratuit sans fondement, mais il est allé jusqu’à nier le rôle joué par les élites (francophones) au cours de la guerre de libération nationale ! Son analyse est superflue et sans argument fiable.

J’ai bien lu les deux articles en question et, sauf erreur de ma part, aucun des deux auteurs n’a qualifié les arabophones de diaboliques, ni les francophones d’angéliques. Bien au contraire, ils dénoncent l’arabisation irréfléchie, menée par les autorités algériennes depuis l’indépendance de l’Algérie et ce, malgré les multiples mises en gardes lancées par les spécialistes en la matière. Car l’utilisation de la langue arabe est politisée et dogmatisée et n’a rien de pédagogique ni de dialectique. Elle a été vidée de sa substance scientifique. Et voyez le résultat : qu’il s’agisse de l’arabe algérien, l’arabe classique, le berbère ou le français, nos jeunes n’en maîtrisent guère les bases fondamentales. Par contre, je vous invite à constater ce qu’il en est en Tunisie : même si le contenu historique du programme scolaire demeure critiquable, l’enseignement de l’arabe est soumis à des règles pédagogiques éloignées d’un sentimentalisme patriotique et de revendications identitaires obscures. Bourguiba avait compris l’importance de la langue et était même avant-gardiste dans ses démarches. Grâce à sa lucidité, le système éducatif tunisien est aujourd’hui le plus performant en Afrique du Nord. Dans les années soixante-dix, les universités algériennes se situaient au même niveau que les universités européennes. Elles accueillaient des étudiants de plusieurs pays, y compris les tunisiens. Allez interroger les jeunes étudiants algériens et demandez-leur quelle est la langue la plus utilisée et celle qu’ils souhaiteraient employer dans le cadre de leurs études et de leurs recherches !...

Le débat entre arabophones et francophones est, à mon avis, obsolète et n’a plus lieu d’être. Car la génération d’après l’indépendance est bilingue, mises à part les personnes qui ont fait le choix de s’exiler et quelques résistants. Même certains francophones les plus radicaux des se sont mis à l’apprentissage de la langue arabe. Il n’en reste pas moins que la nouvelle génération est de majorité arabophone. C’est ainsi que le Ministre de l’Education Nationale cherche désespérément des professeurs de Français. D’ailleurs, la presse nationale nous a rapporté en septembre dernier le fait suivant : un concours a été organisé pour recruter des professeurs de Français. Le nombre de candidats qui se sont présentés au concours est deux fois moindre que le nombre de postes offerts. Nous avons ici la preuve que le nombre de francophones ne cesse de diminuer jusqu’à en devenir une espèce en voie de disparition, ceci pour laisser place nette aux arabophones, au détriment de la relève de la nation. Il ne reste donc que les aveugles pour affirmer que la langue arabe n’est pas présente dans le paysage linguistique algérien !

Ne serait-il pas préférable que Monsieur Sadi expose les lacunes pédagogiques de l’enseignement de la langue arabe et qu’il propose des solutions au niveau national, au niveau maghrébin et enfin, au niveau de l’ensemble des pays arabes ?

Comment trouver un consensus commun entre tous les pays arabophones afin de publier un dictionnaire arabe-arabe annuel qui enregistreraient les néologismes de l’ensemble des pays arabes ? Pourquoi les pays arabes ne parviennent-ils pas à instaurer des instituts de traduction actifs ? Pourquoi les textes en langue arabe n’incitent-ils guère à la lecture ?

Pourquoi la langue arabe n’arrive-t-elle pas à suivre l’évolution des terminologies scientifiques ? Pourquoi n’existe-t-il toujours pas d’institution fédérant la communauté scientifique pour se pencher sur la place de la langue dans l’espace linguistique arabe ? Comment unifier la terminologie arabe ?

Comment parvenir à dissocier la langue arabe de la religion musulmane ? Pourquoi les livres publiés en arabe sont-ils si souvent imprégnés de la pensée religieuse ? Pourquoi ces écrits ne laissent-ils pas d’espace pour la pensée critique ?

Quelle est la place des autres langues dans les pays arabophones, en particulier dans le cas de l’Algérie, la langue amazighe ? Quelle est la place des autres cultures dans les pays arabophones ? Comment dissocier l’identité arabe des identités autochtones en évitant le jugement et le reniement ?

C’est un ensemble de questions sur lesquelles tous les pays arabes devraient se pencher avec lucidité, sans tomber dans le lynchage gratuit, pour se libérer d’un carcan avant tout historique.


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