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Omar Mahmoud Bendjelloun - publié le Vendredi 16 Décembre à 00:00

Appel : Nous sommes tous des socialistes

Appel pour l’Union de la Gauche




Omar Mahmoud Bendjelloun - Le socialisme, c’est l’histoire d’une injustice. Des hommes qui vivaient libres et se partageaient la récolte et par instinct s’organisaient dans l’égalité. Une minorité s’est accaparé les outils de production et s’est permis l’exploitation d’autrui.



Une société et un sentiment d’injustice sont nés par l’organisation de l’humanité en classes juxtaposées et la religion a vu le jour dans un essai permanent de revenir au modèle social originel. L’Homme pensera à son évolution et nous enseignera des schémas scientifiques de ses réalités économiques, sociales, culturelles, morales et politiques. Il nous proposera des modèles à partir de rationalités différentes qui ont pour vocation d’intégrer l’humanité dans le bonheur et il ira jusqu’à prétendre la fin de l’histoire. Le déterminisme historique est donc issu d’un contexte égalitaire qui a évolué vers un modèle d’exploitation dans lequel les tentatives de transformation, à travers la religion et l’idéologie, ont sombré dans l’excès sinon représentaient le continuum de cette fatalité sociale. Les classes supérieures accentuaient donc l’irrationalité pour maintenir les privilèges et faire résigner les populations. Or, les civilisations ont fait naître la science qui a permis la libération de l’esprit, le développement de soi, l’adoucissement des mœurs, la structuration des sociétés sur des valeurs… des composantes fondamentales qui tendent vers le modèle originel et qui renforcent les thèses de l’évolution actuelle de l’homme vers l’égalité. C’est peut être pour cela que nous sommes socialistes.
C’est aussi une fatalité que de prétendre être socialiste en affirmant que l’évolution naturelle de l’homme tend vers l’égalité sans lutter continuellement contre l’injustice. Une lutte qui vient en amont de la clarification philosophique de ce que nous voulons pour l’Humanité. Un combat contre la déviance sociétale perpétuant un rapport de domination de plus en plus complexe dans lequel le féodalisme, la bourgeoise et la classe laborieuse sont en perpétuel antagonisme malgré les transformations conjoncturelles que connaît notre réalité actuelle.
Etre socialiste, c’est être conscient de cette réalité en employant les mécanismes universels pour y remédier et tendre vers l’égalité qui n’est que la genèse de notre organisation première en tant qu’humains. Le passage du concept de lutte des classes à celui de rapport de domination n’est qu’une adaptation sémantique qui maintient les caractéristiques primaires de l’antagonisme de l’Homme en se mettant au diapason de l’évolution temporelle. Car la féodalité, la bourgeoisie et la classe laborieuse, triptyque de l’organisation sociale, gardent les mêmes définitions et les mêmes rapports. La féodalité est un monopole économique et politique qui se maintient par le glaive et le clergé. La bourgeoisie est un microcosme composé de propriétaires (foncier, industrie, service), d’intellectuels (professions libérales, académiciens, théologiens réformés) et de gérants, qui prônent un fructus réglementé par des codes sociaux définis et impersonnels. La classe laborieuse est une masse humaine dont le seul capital est le travail. Ce triptyque est historiquement en belligérance sur la base du sentiment d’injustice. La féodalité, convaincue par sa supériorité divine et raciale, est bousculée par la bourgeoisie à vocation rationnelle qui est dénoncée par le prolétariat. Le positivisme a donc contribué à la clarification sociologique du déterminisme historique dans lequel l’idéologie a essayé de conduire l’humanité vers des transformations ou des conservatismes par le biais de différentes méthodes légitimées au cours de l’apport civilisationnel universel, à savoir l’ordre, la révolution et la démocratie. La réflexion nous apporte un choix bi-caractériel de société qui consiste en l’humanisation d’un antagonisme de classe ou la transformation du rapport de domination vers le modèle originel égalitaire. C’est ce qui est au centre de l’opposition entre le libéralisme et le socialisme. La tendance naturelle des sociétés est de remédier à l’injustice primaire, celle qui dénonce une minorité détentrice des richesses.
La bourgeoisie combattra la féodalité avec la complicité du prolétariat et ce dernier s’opposera à la bourgeoisie pour imposer sa loi.
Par exemple, l’expérience française a rendu hommage à la bourgeoisie qui a pu déverrouiller le système féodal en humanisant la condition du travail, et la tentative russe a imposé la loi du prolétariat qui a véhiculé une illusion communiste de presque un siècle. L’une arrivera à apaiser l’expansion bourgeoise en arrachant des acquis sociaux sans pour autant agir sur le déterminisme historique dans son évolution normale vers l’égalité et donc le socialisme, et l’autre bousculera l’évolution naturelle en imposant le modèle organisationnel final de l’humanité au prélude de la rupture avec le féodalisme. Les deux expériences se caractérisent par une déviance, à savoir la compromission avec le libéralisme qui retarde l’aboutissement et la précipitation méthodique qui avorte l’évolution. C’est donc la conviction des socialistes de la finalité égalitaire qui permet d’orienter les sociétés vers le chemin droit du socialisme. L’histoire démontre qu’au sein de cette conviction, les révolutions contre l’ordre et la rupture civile avec les mécanismes de l’antagonisme de classe qui se veulent méthodes d’aboutissement au socialisme, sont reléguées aux calendes grecques. L’universalisme nous donne les moyens de notre objectif à travers le mécanisme démocratique, ce qui nous rassemble autour de ce qu’appelle Marx dans ses débuts le Socialisme Démocratique. La démocratie est donc un ensemble de valeurs, un mécanisme de régulation et une institution partagée par tous les acteurs du conflit d’intérêt même si son interprétation demeure sujette de disparité idéologique. En s’intégrant dans l’ordre nouveau, la démocratie est un acquis pour le socialisme qui nous permettra d’assumer nos responsabilités temporelles pour l’orientation de la société.
Le Maroc est une terre qui connaît ce déterminisme historique, cet antagonisme de classe, ces idéaux égalitaires, ces compromissions avec le libéralisme, ces précipitations révolutionnaires, ce clergé et ce glaive, cette bourgeoisie nationaliste, ce prolétariat et cette nouvelle classe laborieuse en col blanc. En tant que socialistes nous avons les mêmes idéaux, nous sommes conscients de notre réalité, nous avons divergé quant à nos différentes méthodes de concrétisation du socialisme mais ce qui est certain, c’est qu’ensemble, les socialistes ont permis au processus démocratique d’être irréversible dans notre pays. La noblesse de l’histoire commune des socialistes dans l’adversité contre le féodalisme a pris toute son ampleur lorsqu’elle s’est faite dans la réalisation. Les divisions ne sont que la conséquence de la résistance des socialistes au sentiment d’injustice.
Qu’attendent de nous l’Histoire et l’Humanité ? La conduction vers l’évolution naturelle à l’égalité. Le paradigme matérialiste caractérisera notre objectif d’utopique et d’irréaliste mais c’est aussi une résistance contre l’idéologie conservatrice surtout que tout en étant réalistes nous continuerons à demander l’impossible, paraphrasant Guevara. C’est à travers la détermination des socialistes de notre pays que l’hommage doit être rendu aux hommes et aux femmes qui ont su élaborer les bases de l’interaction entre la rigueur scientifique, la position idéologique et notre environnement politique qui est le résultat d’une construction historique fondée sur un socle à la fois millénaire et contemporain. Un pont entre l’académique et l’empirique qui représente la noblesse de l’action en faveur de l’émancipation populaire.
Depuis trente ans, la gauche marocaine a pu assumer son référentiel idéologique, le socialisme, adopter une stratégie à caractère démocratique en abandonnant les approches révolutionnaires radicales et instantanées et l’élaboration d’une organisation fonctionnelle au service de la fin et du moyen. Une stratégie de lutte démocratique qui ne confondait pas électoralisme et encadrement des masses, qui n’excluait pas les mécanismes institutionnels présentés par le pouvoir mais en revanche ne cautionnait pas leur tendance naturelle et irréversible à la démocratisation du pays sans les garanties conjoncturelles nécessaires. Cela fait donc trente ans que la gauche a pu fonder une centrale ouvrière démocratique qui s’érige en alternative au bureaucratisme syndical classique sclérosé dans le court terme matérialiste. Cela fait trente années aussi que les jeunesses socialistes se sont structurées pour répondre à l’obscurantisme religieux et à la répression de l’Etat en se positionnant en icône de la fidélité et de l’espoir, en symbole de la compétence et des valeurs. Cela fait trente ans que les intellectuels progressistes ont insufflé une méthode de réflexion au niveau idéologique et sectoriel, que les acteurs politiques ont pu immuniser le mouvement progressiste de «l’arrêt cardiaque» suite au harcèlement de l’Etat, de la montée cancérigène suite à l’infiltration opportuniste, et ont pu relever le défi de la transition monarchique. Une monarchie qui évolue du féodalisme à la rationalité démocratique, qui réoriente ses mécanismes conservateurs au service d’un programme de développement à caractère égalitaire, qui conçoit l’importance de la souveraineté populaire, ce qui est en soi, malgré le poids du conservatisme et de la réaction à caractère polycentrique, un acquis social-démocrate. Les forces progressistes ont imposé la démocratie dans l’évolution du Maroc et renforcé le sens de la «Nation» par une tendance de plus en plus pressante à l’institutionnalisation de l’Etat et la construction de la mémoire collective. Nos objectifs et la détermination de générations de militants ont fait de la démocratie un chemin irréversible, du socialisme un idéal réaliste tout en assumant ce sentiment d’inachevé, reprenant Rosanvallon, tout en gardant la conviction que la science est l’expression ultime du réalisme. Ce réalisme qui nous incite à nous engager en politique en associant utopie et pragmatisme, en assumant, encore une fois, la conviction révolutionnaire de Mahomet, la doctrine de Marx, le modèle économique temporel de Keynes, et la stratégie de Jaurès qui consistait en l’unification des forces de gauche.
Une monarchie qui évolue du féodalisme à la rationalité démocratique, une bourgeoisie qui s’organise en tant qu’avant-garde nationaliste et un prolétariat sociologiquement existant malgré l’atténuation de sa conscience de classe, sont des éléments favorables à la renaissance de la gauche malgré les sécrétions engendrées par l’ancien régime. Un monopole qui a instauré durant 40 ans un système de privilèges au lieu d’un modèle concurrentiel à arbitrage étatique, une mouvance islamiste qui souille le sens même de notre identité arabo-musulmane en limitant notre civilisation aux rituels coutumiers et surfe sur des piques de moralisation à connotation fataliste pendant que l’Islam se veut un mode socialiste de l’émancipation de l’Homme. Notre société, fondamentalement musulmane malgré la récalcitrante échelle des valeurs, se doit de faire le choix d’un mode de gouvernance démocratique par lequel sera véhiculée une politique social-démocrate qui orientera notre société dans le respect du déterminisme historique qui relève de l’égalité, qui n’est qu’une interprétation juste du message religieux. Sinon notre société continuera à sombrer dans la facilité d’un système figé par un mécanisme sécuritaire performant qui maintient les rapports d’exploitation au service d’un modèle économique élitiste.
Face à cela, que valent les divisions des socialistes ? Un traumatisme sécuritaire qui s’est érigé en méthode politique au sein d’une bulle déconnectée de l’attente populaire et de l’évolution de l’Histoire.
Saisissons notre chance pour accompagner la société vers l’égalité car cela se fera sans nous malgré un demi-siècle de socialisme au Maroc. Nos objectifs, nos méthodes, nos moyens, notre histoire et notre sensibilité nous rassemblent. Nos complexes, nos phobies, nos intérêts particularistes, notre soif existentielle nous divisent. Le camp de la priorité est vraisemblablement sans appel. Socialistes révolutionnaires, syndicaux, intellectuels, démocrates, réformistes, militants issus de l’école ittihadie, des structures marxistes, pensez à l’union, c’est l’étape de la transformation tant attendue pour contribuer à celle qui nous amène vers l’égalité.


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