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Hassan Oumada - publié le Lundi 28 Octobre à 23:28

Anfgou, ou quand la mort porte un nom !






Hassan Oumada
Hassan Oumada
L’hiver vient encore frapper aux portes de ces maisons qui semblent sortir de la préhistoire. Non, c’est bien en 2013 que cela se passe, un rituel macabre que tout le monde a fini par accepter en se pliant à la volonté du divin…et les autres.

Le village commence à s’endormir comme à son habitude en cette période de l’année. L’été a plié ses bagages amenant avec lui les quelques rayons de soleil qui éclaircissaient cette contré, lui permettant de respirer la vie. Il a déserté avec la même discrétion que son arrivé il y a plusieurs mois de là. Les oiseaux se font de plus en plus rares et leurs chants de plus en plus discrets, marquant le recommencement de cette perpétuelle danse avec la mort. La douleur n’a plus de mots qui puissent la supporter. Ainsi, le village n’a qu’à regarder le silence prendre possession des lieux, préparant les âmes à accueillir cet autre invité qui n’est que le vent portant avec lui les prémices d’un hiver qui ne tardera à venir reconquérir les cœurs et les corps. Renouveler son pacte avec la mort, comme il a toujours fait depuis le premier jour de la création.

Les portes des maisons s’ouvrent de moins en moins. Les enfants qui étaient l’âme du village ont été avalés par la nuit et la froideur des lieux. Le froid commence à caresser le visage de cette montagne marquant ainsi l’extinction de toute aspiration à la vie pour un moment….Seuls les sifflements du vent osent briser ce silence qui emprisonne les âmes. Le ciel s’est vêtu en habille de l’hiver décorant l’horizon avec des nuages grisâtres portant avec eux le poids et la solitude de souvenirs abandonnés sur la route de tant de vies délaissées….

Les rayons du soleil essayent de se faire un chemin vers ces contrées, mais en vain, la nuit les a déjà prises dans ses bras. Les arbres ont vieillie sans avoir réussi à dissuader les cygnes de partir et abandonner leurs nids aux corbeaux venus avec la tempête. La saison des sacrifices ne tardera pas à commencer. L’eau coule dans les ruisseaux creusant des rides sur le visage de cette terre qui saigne dans le silence sans que personne n’y prête attention. Des chemins désertés rappelant le souvenir d’une vie qui s’était installée ici. Les autres attendent le destin tranché sur les vies qui ont à rejoindre la solitude de ce cimetière qui les guettent du haut de cette colline.

Le berger a disparu avec la nuit. On n’entend plus le bruit des bêtes, ni les aboiements des chiens. Les chants de femmes qui remplissaient l’horizon de cette montagne se sont évanouis avec le coucher du soleil. Tout le monde semble faire le deuil de cette été qui a déserté, pour qu’ensuite pleurer ce qui a à pleurer. Ils ne sont pas pressés, ils savent qu’ils ont de longs mois devant eux pour apprécier cette pièce de théâtre écrite par la mort et dont les acteurs sont ces êtres abîmés par la vie. Leurs âmes meurtries, elles, continueront à hanter les obscurités de cette montagne maudite dont personne n’ose même pas prononcer le nom.

Anfgou, cette existence de malentendu. A force que le ciel et les mortels ignorent ton existence, la mort s’est prise de pitié pour toi. Celle-ci ne se prive pas de te rendre visite, te porter secours dans ta douleur en s’occupant de récolter les âmes de tes enfants pour leur épargner l’enfer d’une existence subite dans la violence et le mépris d’un monde qui se satisfait à lui-même. L’hiver frappe encore sur tes portes. Maintenant tu sais à quoi t’attendre, tu as pris l’habitude de ce rituel à ce que je sache. Pour te dire, qu’il ne te sert à rien de pleurer aux yeux du monde. De toute façon personne ne t’écoutera, ni viendra essuyer les larmes de tes enfants. Mais tu peux toujours pleurer tes morts en silence, le cimetière est souvent plus miséricordieux que ceux que tu attends chaque année dans l’espoir qu’ils te prennent en pitié. Tu as oublié que la pitié s’est arrêtée sur la route en venant vers toi. Le chemin était trop long pour elle, et la neige a déjà pris possession des lieux. Seule la mort aura à te tendre encore la main cette année, comme elle a toujours fait. L’étendu de cette montagne saura, elle aussi, à accueillir tous ces corps qui ont envie de se reposer en paix. Le silence est aussi là pour parfaire le décor de cette tragédie qui est la tienne.

Anfgou, toi et tes habitants, tu as encore un long chemin à marcher dans l’ombre de la mort. L’enfer, lui, t’apportera sa clémence en perpétuant la tradition de ton abîme. Il ne te sert à rien de contempler l’horizon dans l’espoir de voir les gens de cette lointaine capitale venir panser tes blessures. Ils ne savent même pas te situer sur la carte. Par contre, on viendra prier sur tes morts, comme à chaque fois, et se dire que c’est la volonté de Dieu tout puissant. Comme toujours, le ciel aura à nous récompenser pour notre patience dans l’au-delà. De toute façon, il n’y a rien à faire ici-bas. Le paradis te sera ouvert. En attendant, tu peux pleurer tes morts sur la rive de cette vie qui tire sa révérence. La nuit, elle, viendra habiter tes entrailles et te forcer à marchander le peu d’espoir qui te reste de voir tes enfants fleurir avec le printemps qui t’a déserté depuis toujours. La mort aura toujours à te tenir compagnie, alléger tes souffrances en récoltant les âmes épuisées par le temps et les vents de l’hiver….

C’est dire que la mort a une conscience…. !

PS: Je tiens à saluer le travail des associations humanitaires qui font de leur mieux pour venir en aide à ces populations (Anfgou et les autres régions dans la même situation). Cependant, le travail de ces gens ne doit pas nous faire oublier que les autorités publiques doivent prendre leurs responsabilités en ayant à mettre en place des projets et des infrastructures pouvant permettre à ces populations de sortir de leur isolement….


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