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Zineb El Kadri - publié le Samedi 24 Mai à 22:52

Analyse de l'incipit du seigneur vous le rendra de Mahi Binebine




Le roman de Mahi Binebine : le Seigneur vous le rendra est publié simultanément aux éditions Fayard(France) et aux éditions le Fennec pour le Maroc, 2013.



Analyse de l'incipit du seigneur vous le rendra de Mahi Binebine

Le génie de la mendicité

Le seigneur vous le rendra est un roman où s’entremêlent ironie et cruauté à travers une écriture pleine de poésie et de sensibilité tout en soulignant les carences, les apories et les abus de la société marocaine.

Avec ce roman, le talentueux Mahi Binebine nous plonge étourdiment et d’une manière incisive et poignante ,avec plein d’humour et de dérision au sein du monde d’un petit garçon privé d’éducation et de liberté.

Peintre et écrivain, Mahi Binebine est né à Marrakech et s’y installé définitivement en 2002, après avoir longtemps vécu et travaillé à Paris, New York et Madrid. Le parcours de cet artiste est atypique : professeur de mathématiques à Paris, il quitte l’enseignement à la fin des années 80 pour se consacrer à l’écriture et à la peinture et, depuis peu, à la sculpture.

Mahi Binebine a publié plusieurs romans, qui ont été traduits en une dizaine de langues et l’ont confirmé comme l’un des écrivains les plus talentueux.

Malgré des entraves physiques et sociales incroyablement lourdes « Ptit Pain » le bébé qui ne ressemble guère à un bébé ordinaire, restera libre dans sa tête et réussira à sa manière, et contre vents et marées, à devenir grand.

Mahi Binebine peint un tableau sombre, noir et ironique d’une société prisonnière à l’instar de ce bébé-héros du Seigneur vous le rendra.
L’incipit de ce roman annonce solennellement et légitime amèrement un métier nouveau spécifique des bidonvilles marocaines, et que la pratique demeure restreinte aux génies aux surdoués d’un art qui ne ressemble pas aux arts ordinnaires: « Exercer le métier de « bébé » n’est pas donné à tout le monde. Il ne suffit pas d’être un tube digestif amorphe ou braillard pour être crédible ; un réel talent est nécessaire, surtout lorsque vous le faites comme moi pendant longtemps. »

On annonce d’ores et déjà que l’incipit a plusieurs fonctions et celle de Binebine est encore plus fluide et transparente et surtout celle du seigneur vous le rendra qui met en exergue un phénomène international dont les prérogatives et les manières se distinguent selon les pays c’est : la mendicité.

La première fonction a une valeur d’annonce et programme la suite du texte : ici, dans le seigneur vous le rendra de Mahi Binebine , on sait qu’il va s’agir d’un bébé exerçant un métier si spéciale, avec beaucoup de talent, crédible, « Nourrisson » a donc été mon premier emploi »
On repère les thèmes subséquents tel que la mendicité, l’argent, les enchères, le commerce, la concurrence, l’enfance séquestrée.

Chaque être humain est né avec la prédisposition spécifique, ce nourrisson –héros de Binebine est né avec le génie de l’art de la mendicité.
D'ailleurs, c’est un sujet très important dans la culture Marocaine et surtout dans la strate sociale la plus précaire du pays, la mendicité reste une source vitale de survie.

C’est un bébé surnaturel dont la grâce lui a touché et béni en-haut, même les anges n’ont pas échappé à sa face qui reflète compassion et reconnaissance.

Même la sage-femme a refusé ses honoraires grâce à son « sourire angélique » , elle lui a fait glisser un billet sous son couffin.

En effet, l’incipit définit le genre du roman, on sait que c’est un roman réaliste, on le déduit bien à travers un lexique choisi pertinemment tels que : bébé, correctement, crédible, réel talent qui rejoignent le culte de la laideur comme le dit Courbet, une complaisance pour le sordide, le pathologique et le mesquin.



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