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Mariam Karouny et Paul Taylor - Reuters - publié le Mardi 17 Juin à 18:31

Al Qaïda et Zaouahri seront-ils dépassés par Baghdadi?




Beyrouth/Londres - La fulgurante progression des djihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant braque les projecteurs sur son chef, Abou Bakr al Baghdadi, qui éclipse simultanément Ayman al Zaouahri, le numéro un d'Al Qaïda, dont l'EIIL est une émanation.



Avec une étonnante rapidité, l'EIIL a pris le contrôle de vastes régions du nord-ouest et du centre de l'Irak, dont la deuxième ville du pays, Mossoul, pillant au passage les banques et s'emparant de grandes quantités d'un armement américain moderne abandonné derrière elle par une armée irakienne en pleine débandade.

Tout a commencé voici plus d'un an, quand Abou Bakr al Baghdadi, qui dirigeait alors l'Etat islamique en Irak, groupe d'insurgés sunnites en lutte contre le gouvernement irakien, a décidé d'intervenir aussi en Syrie.

En avril 2013, il a proclamé la fusion de son organisation avec le Front al Nosra, alors principale émanation d'Al Qaïda en lutte contre le régime de Bachar al Assad en Syrie.

Cette fusion, Al Baghdadi l'a décidée sans demander leur avis au chef du Front al Nosra, Abou Mohammed al Golani, et à Ayman al Zaouahri.

C'est Baghdadi lui-même qui avait dépêché son lieutenant d'alors, Golani, en Syrie en 2011 pour y renforcer la présence d'Al Qaïda en tirant parti du soulèvement contre Assad pour jeter les bases du Front al Nosra.

Zaouahri, qui vit dans la clandestinité, avait demandé aux deux organisations de coopérer au sein d'une sorte de "coentreprise", mais Baghdadi ne l'a pas entendu de cette oreille et ses hommes ont imposé leur suprématie par les armes face au Front Al Nosra.

Au mois de mai, le porte-parole de l'EIIL, Mouhammad al Adnani, a posté sur Twitter une déclaration audio rejetant l'appel de Zaouahri à se retirer de Syrie pour se concentrer sur l'Irak. "Vous vous êtes ridiculisés, vous et votre Al Qaïda, en devenant un jouet entre les mains du traître arrogant (Golani), qui a rompu sa promesse d'allégeance(...)", a affirmé Adnani.

DEBATS SUR LA TOILE ISLAMIQUE

Malgré l'ultimatum lancé par Golani à l'EIIL pour qu'il se retire de Syrie, les hommes de Baghdadi se sont montrés plus impitoyables encore. Ils ont exécuté des prisonniers d'Al Nosra, diffusant des vidéos de décapitations pour effrayer leurs ennemis.

Aujourd'hui, l'EIIL contrôle la ville syrienne de Rakka, seule grand centre urbain intégralement aux mains des insurgés, et tiennent un territoire allant de la frontière turque aux déserts de l'Est syrien, riches en pétrole.

Nombre de combattants arabes et étrangers ont déserté les rangs d'Al Nosra pour passer dans le camp de l'EIIL, mais les combats entre insurgés ont permis parallèlement à l'armée d'Assad de regagner du terrain et ont alarmé ceux qui, en Occident, en Turquie et dans les pays du Golfe, soutiennent l'opposition syrienne.

"L'EIIL éclipse rapidement Al Qaïda dans le rôle de bête noire de la communauté internationale", explique Charlie Cooper, de la Fondation Quilliam, un club de réflexion londonien qui étudie les moyens de contrer le djihadisme.

"Pendant qu'Al Zaouahri reste à ne rien faire, cloîtré en lieu sûr, Abou Bakr al Baghdadi prend le contrôle de près d'un tiers de l'Irak et d'une partie non négligeable de la Syrie, amasse un trésor de guerre qui rivalise avec l'économie de certains petits Etats et met la main sur un armement américain qui vaut des millions de dollars", ajoute-t-il.

Et il cite les services de renseignement irakiens d'après lesquels l'EIIL, qui disposerait de près de 10.000 hommes, a amassé pour deux milliards de dollars d'avoirs, en partie en vendant au régime Assad du pétrole de l'est de la Syrie.

FAIRE ALLEGEANCE A BAGHDADI...

Non seulement l'EIIL a mis sur la touche le Front al Nosra, mais il défie l'autorité même du numéro un d'Al Qaïda.

L'EIIL a déjà nombre d'attributs d'un Etat - un territoire, des combattants, des armes, du pétrole et des fonds -, mais il est allé plus vite que ne le préconisait Al Zaouahri pour créer un califat à cheval sur la Syrie et l'Irak, au risque de concentrer ses forces dans des secteurs où elles pourraient être vulnérables à une intervention occidentale.

Car si d'un côté, les Etats-Unis rechignent à prendre des mesures susceptibles de renforcer Assad en Syrie, d'un autre côté ils sont pressés de frapper les forces de l'EIIL en Irak pour les empêcher de déstabiliser le gouvernement du Premier ministre irakien, le chiite Nouri al Maliki, allié de Washington.

Baghdadi est-il allé plus vite que la musique? C'est ce que pensent ses détracteurs, pour qui il s'est aliéné nombre d'insurgés syriens, lesquels voient en lui un homme cruel plus enclin à imposer un islam extrême qu'à faire tomber le régime Assad.

En concrétisant la vision qu'avait Oussama ben Laden d'un Etat sunnite pur et dur, Baghdadi, qui a 43 ans, éclipse le chef en titre d'Al Qaïda, Ayman al Zaouahri, Egyptien de 62 ans qui n'apparaît pas sur le terrain. "Il a pratiquement pris sa place", estimait un djihadiste interrogé par Reuters ces dernières semaines en Syrie. "On peut dire que maintenant, c'est lui le chef."

La brouille entre Zaouahri et Baghdadi provoque de houleux débats sur les forums de discussion djihadistes, selon l'organisation américaine SITE, qui surveille les sites islamistes. Certains djihadistes demandent ainsi à Zaouahri de céder la place à son numéro deux, Nasser al Wouhaïchi. D'autres vont plus loin, en estimant que la création de l'EIIL par Baghdadi rend superflu Zaouahri et Al Qaïda.

"Le groupe Al Qaïda n'existe plus. Il a été formé comme une base pour l'Etat islamique et maintenant que nous l'avons, Zaouahri devrait faire allégeance au cheikh Baghdadi", résume un combattant de l'EIIL.


Tagué : Al Qaïda, EIIL, Zaouahri

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