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Ahmed Addou - publié le Mercredi 11 Décembre à 11:24

Al Adl Wal Ihsane représente-t-il un réel danger pour la Monarchie marocaine ?






En premier lieu, je tiens à préciser que je n’appartiens à aucun parti politique ni à aucun mouvement religieux.

A travers cet article, je ne cherche ni à défendre les intérêts du Makhzen, ni à courtiser l’Institution Royale, ni encore moins à en être le porte-voix ou le porte-parole.

Autrement dit, toute lecture faite dans ce sens serait totalement erronée et toute accusation de ce genre serait tout à fait gratuite et infondée.

En vérité, je ne suis qu’un simple citoyen marocain qui essaie tant bien que mal d’être un bon musulman, un musulman modéré et tolérant, un musulman qui essaie d’être en bons termes avec Dieu et avec ses semblables.

Un simple citoyen marocain qui aime son pays, qui en est fier et dont la seule ambition est d’œuvrer pour le bien-être, la grandeur et la stabilité du Maroc.

Dieu m’est témoin qu’en écrivant et en publiant cet article, je ne brigue ni honneurs, ni prestige, ni récompense.

Dieu m’est aussi témoin que je ne cherche nullement à faire l’apologie de la monarchie, ni encore moins à dénigrer la Jamaâ de Cheikh Yassine et à la discréditer aux yeux des marocains.

Mon seul et principal objectif est de prémunir notre pays bien-aimé contre la FITNA (la sédition), car j’estime que l’intérêt suprême de la nation est en jeu.

Je vais essayer tout au long de cet article d’être autant que possible objectif et impartial. Mon approche s’articulera essentiellement autour de trois axes :
1-Quelle définition peut-on donner de la Jamaâ de Cheikh Yassine et quels sont ses objectifs ?
2-Que reprochent exactement les détracteurs au mouvement « AL ADL WAL IHSANE » ?
3- Quel avenir pour la Jamaâ de Cheikh Yassine ?

Un an après le décès de son chef spirituel, celle-ci va-t-elle opter pour l’escalade avec l’Etat ou bien va-t-elle changer de stratégie, évoluer, revoir à la baisse ses revendications et intégrer le champ politique marocain ?

A la fin de l’article, je compte adresser une lettre ouverte au nouveau leader de la Jamaâ dans laquelle je fais quelques suggestions en vue d’éviter l’irréparable.

Que faut-il savoir sur la Jamaâ de Cheikh Yassine ?

Al Adl Wal Ihsane est un mouvement islamiste radical nettement positionné contre le régime politique marocain. Fondé au début des années 80 par Abdeslam Yassine, Al Adl Wal Ihsane est un mouvement politico-spirituel qui prêche un renouveau de l’Islam et prône comme alternative un Etat reposant sur la « Charia », sans usage de la violence. La Jamaâ de Cheikh Yassine ne reconnaît pas la légitimité de la monarchie marocaine, dénie au Roi le titre de Commandeur des croyants (Amir Al Mouminine) et plaide pour l’établissement d’un Califat.

Al ADL WAL IHSANE qu’on peut traduire par « JUSTICE ET BIENFAISANCE » ou « JUSTICE ET SPIRITUALITÉ » est sans contexte le mouvement islamique le plus important du Maroc.

Cheikh Yassine, qui avait fait de ses « visions » un mode d’action politique, avait annoncé en 2006 « la Qaouma », terme qui signifie « levée en masse », « Soulèvement populaire ».

Cheikh Yassine assurait recevoir régulièrement la visite du Prophète Mohammed (que la prière et le salut soient sur lui) et de l’Ange Gabriel. Ses adeptes accordent un inépuisable crédit à ses visions. Pour eux, ce sont des messages de Dieu lui-même.

Après le décès du Roi Hassan II en 1999 et l’accession au trône de son fils Mohammed VI, on pensait que le discours d’Al Adl wal Ihsane allait évoluer.

Treize ans après, on constate que l’essence et les objectifs du discours de la Jamaâ n’ont subi aucun changement. En effet, le mouvement de Cheikh Yassine refuse catégoriquement la réconciliation avec le régime monarchique, comme il refuse la participation à partir des institutions constitutionnelles.

Le mouvement croit en ses confessions et s’y attache beaucoup. Il a même développé une haine à l’égard du régime monarchique qui s’exprime à travers leur intention de faire tomber la monarchie et d’instaurer un régime alternatif, à savoir celui du Califat.

Cheikh Yassine se voulait ainsi le Mahdi, le guide, celui que les foules opprimées attendent pour les sauver de leurs princes oppresseurs, et qui, en missionnaire divin, remplirait la terre de justice.

A noter que le nombre des adeptes de cheikh Yassine est estimé à environ 200000 entre militants et sympathisants.

Que pensent et que disent les adversaires de ce mouvement ? Quels arguments opposent-ils à la doctrine et au projet de la Jamaâ ?
1- La Jamaâ, comme tout mouvement religieux ou secte religieuse se caractérise par le culte de la personnalité du Cheikh qui devient un objet d’adoration. « Nous avons vu des gens embrasser les pieds du Cheikh, le sacraliser ». D’où la position tranchée des salafistes pour qui cette doctrine est tout simplement une hérésie, dans la mesure où elle intègre l’élément d’intermédiation qu’est le Cheikh. Or, il n’y a guère d’intermédiation entre Dieu et son serviteur en Islam. En outre, le Taâdim (la magnificence) dont faisait l’objet le Cheikh est illicite (Haram) dans la mesure où il s’agit d’un attribut de Dieu. Al Adhîm n’est autre qu’Allah. Même le Prophète de l’Islam (que la prière et le salut soient sur lui) n’exigeait pas de la part de ses compagnons et de ses disciples des marques de vénération. Et pourtant, s’il y a un être sur terre qui mérite la vénération, c’est bien le Prophète Sidna Mohammed.
La Jamaâ devrait cesser d’idolâtrer son guide spirituel. Ses membres devraient se comporter en citoyens libres et lucides et non en adeptes hypnotisés et serviles.

2- Al Adl wal Ihsane critique la cérémonie d’allégeance célébrée chaque année à l’occasion de la fête du trône et la juge humiliante, alors que la Jamaâ elle-même est dirigée selon une discipline martiale basée sur l’allégeance absolue à son guide. En effet, dans la Jamaâ de Yassine, l’allégeance au guide est primordiale pour se rapprocher de Dieu.

3- « la Jamaâ est la conscience du peuple marocain », a déclaré Nadia Yassine, la fille du guide spirituel de la Jamaâ. En fait, le mouvement d’Al Adl wal Ihsane ne représente que lui-même et non l’ensemble du peuple marocain. Personne ne vous a donné le droit de parler au nom du peuple marocain. Ce dernier est mature et n’a besoin d’aucune tutelle.
Il est tout à fait certain que le peuple marocain sait à quoi s’en tenir et qu’il fera le cas échéant le bon choix. Ce n’est pas Al Adl wal Ihsane qui décidera de l’avenir du Maroc, c’est le peuple lui-même.
Personne ne fera du peuple marocain un peuple soumis à la dictature de ceux qui se croient plus musulmans que les musulmans ou qui croient qu’eux seuls sont de vrais musulmans et que tous les autres dont des impies, des pervers, des corrompus…
Bref, la Jamaâ ne peut prétendre être plus musulmane que le reste des marocains.

4- Nadia Yassine, la fille du guide spirituel de la Jamaâ a déclaré :
« La monarchie au Maroc n’est pas une fatalité », « Les marocains ne sont pas faits pour vivre sous une monarchie ; il leur faut une république », « La monarchie ne convient pas au Maroc. La fin du régime est imminente ».
De leur côté, certains membres influents de la Jamaâ ont affirmé à plusieurs reprises que le régime monarchique au Maroc est corrompu, qu’il est impossible de le réformer et qu’il s’avère donc indispensable de l’abolir.
Les membres de la Jamaâ savent pertinemment qu’à eux seuls, ils ne peuvent provoquer le changement tant souhaité et qu’ils doivent donc gagner à leur cause une grande partie du peuple marocain. Mais jusqu’à présent, ils ont échoué sur toute la ligne car toutes les composantes de la nation, toutes tendances confondues, sont toutes convaincues de l’importance de la monarchie, son ancrage dans la conscience populaire marocaine et le rôle historique que les Rois du Maroc ont toujours joué en tant que garants de l’unité et de la stabilité du pays. Pour mieux dire, la très grande majorité du peuple marocain croit dur comme fer que sans la monarchie, le Maroc cesserait d’exister.
En outre, la Jamaâ rejette la monarchie sous- prétexte que c’est un système politique imposé alors que la Jamaâ elle-même s’impose au peuple marocain.
Depuis douze siècles, il y a eu un consensus de la part du peuple marocain concernant la monarchie. Et voilà notre cher Cheikh Yassine avec sa fille Nadia et sa Jamaâ, qui, d’un revers de la main et à la suite d’un rêve prémonitoire, veulent effacer 12 siècles d’Histoire et imposer aux marocains une autre vision des choses, un autre modèle politique.
Pendant 12 siècles, nos glorieux ancêtres ont fait acte d’allégeance aux sultans qui se sont succédé sur le trône.
Certes, il y a eu dans l’Histoire du Maroc des hauts et des bas, quelques erreurs de parcours, comme dans n’importe quel pays qui a une longue Histoire. Mais à aucun moment, le peuple marocain n’a pensé remettre en cause la monarchie et a toujours montré son attachement et son loyalisme à son Roi.
D’un côté, nous avons un Roi qui depuis son accession au trône, ne cesse de donner la preuve de son sérieux, de sa bonne foi et de l’amour qu’il porte à son pays et à son peuple. De l’autre, une Jamaâ irrationnelle et irresponsable qui risque de plonger le Maroc dans un cauchemar et dans un bain de sang juste pour donner raison aux « Rêves fantaisistes et prémonitoires» de son Cheikh.
Nadia Yassine a prédit la chute de la monarchie, mais elle a omis de prédire la guerre civile qui en résultera, à Dieu ne plaise, si la Jamaâ réussit à s’emparer du pouvoir.

En effet, ce qui est grave dans toute cette affaire, c’est que la Jamaâ ne met pas en danger la monarchie seulement, mais l’avenir du Maroc, voire son existence en tant qu’Etat et en tant que Nation. Les membres de la Jamaâ doivent savoir que le Maroc n’est pas l’Iran, et que le Roi Mohammed VI n’est pas le Shah tout comme le Rite sunnite Malékite en vigueur au Maroc n’a rien à voir avec le chiisme.
En cherchant à s’emparer du pouvoir, la Jamaâ risque de plonger la nation marocaine dans la division sur fond religieux et de mettre le Royaume à feu et à sang. C’est cela la FITNA (la sédition).

« En attaquant la monarchie dont elle a jugé la fin proche, la fille du Cheikh Yassine a foulé du pied le sentiment national de l’ensemble des marocains qui sont attachés au symbole de leur unité qu’est la Royauté. Cette institution, en tant que fondement de la nation, n’est pas sujet à débat, encore moins à contestation. A partir de là, les propos ou les actes visant à en saper la légitimité et la force ne peuvent être que répréhensibles car attentatoires à ce qui rassemble la communauté de ce pays depuis plusieurs siècles » (Dixit Abdellah Chankou).
Au Maroc, nous avons trois choses sacrées dont personne n’a le droit de se jouer : notre religion l’Islam, notre intégrité territoriale et notre institution monarchique.
En aucun cas, le peuple marocain n’acceptera de remplacer une monarchie constitutionnelle par une dictature religieuse.
Si demain, un référendum venait à être organisé au Maroc avec deux options : la monarchie ou la république, on peut être certain que la très grande majorité des marocains opterait pour le maintien de la monarchie car celle-ci constitue le seul et le meilleur rempart contre les extrémismes de l’intérieur et l’extérieur. C’est pourquoi l’Etat à son plus haut sommet et le peuple marocain doivent vite réagir et agir parce que le fait de se taire et de ne rien faire est une faiblesse, pour ne pas dire une bassesse et une trahison.
Il ne faut pas laisser aux Adlistes le chemin libre, les laisser prendre place. Il faut les dénoncer, dévoiler leur vrai visage, les contrecarrer avant qu’ils ne nous inoculent à petites doses comme du sérum ou de la drogue leurs idéologies empoisonnées.
Le peuple marocain doit clamer haut et fort son attachement à l’Islam Sunnite Malékite et à la monarchie.
Ce n’est pas une poignée d’opposants au régime qui va dicter sa loi à plus de 30 millions de marocains. On doit tout faire pour les empêcher de nuire et de plonger le Maroc dans le chaos.
Le peuple marocain ne veut pas que le pays devienne à l’image de l’Algérie des années 90.
Al Adl wal Ihsane « se tient en embuscade » et tel un prédateur, n’attend que le moment opportun pour sortir de sa tanière, bondir sur sa proie, la mettre à mort et la dévorer.
Selon le politologue Said Lakhal, « Le danger d’Al Adl wal Ihsane n’est pas encore pour demain. Ce mouvement ne va réellement agir que lorsqu’il verra ses rangs fortement consolidés. Les membres de la Jamaâ attendent le jour où ils deviendront une grande force difficile à maîtriser par l’Etat et l’armée. Selon l’idéologie de ce mouvement, Al Adl wal Ihsane n’atteindra ses objectifs qu’après avoir franchi trois étapes : l’éducation, l’organisation et la conquête, c'est-à-dire le soulèvement contre le pouvoir à travers la désobéissance civile à l’image de la révolution d’Al Khomeiny en Iran.» (Aujourd’hui le Maroc/ 08-08-2010).
Si l’Etat a été jusqu’à présent très complaisant vis-à-vis de la Jamaâ, c’est certainement pour l’inciter à intégrer le champ politique… Mais si cette dernière s’entête, la loi est là pour calmer les ardeurs et remettre de l’ordre quand il le faut. Il est impératif que l’Etat marocain soit plus vigilant et suive à la trace tous les mouvements de la Jamaâ de Cheikh Yassine, qui vise progressivement à mettre en place un Etat dans l’Etat.
Le peuple marocain, toutes obédiences, âges et tranches confondus ne pardonnera jamais à la Jamaâ d’ouvrir un autre front en vue de déstabiliser le Maroc comme il ne pardonnera jamais aux membres du Polisario d’avoir pactisé avec l’Algérie, ennemi juré de notre pays.

5- La Jamaâ est une secte qui sombre dans l’irrationnel et dont le chef voit le prophète pendant le jour.
On peut se demander où se situe l’esprit cartésien de la Jamaâ qui compte parmi ses membres influents des professeurs universitaires, des médecins, des pharmaciens, des ingénieurs, des avocats, des chefs d’entreprise…
Même Nadia Yassine la cartésienne a déclaré que la Jamaâ ne saurait mettre en doute les paroles (sacrées) de son père.
Quand le Cheikh de la Jamaâ se prend pour le dernier Prophète et commence à délirer avec ses visions, on se demande ce que peut être ce groupe à part une secte au sens le plus péjoratif du terme.
« Nul ne peut contester le caractère à la limite du blasphème des visions des membres de la Jamaâ et de son leader Cheikh Yassine.
Selon des sources informées, les éclaircissements pertinents des Oulémas ont poussé plusieurs personnes à quitter la barque d’Al Adl wal Ihsane et à mener aujourd’hui un travail de salubrité publique en sensibilisant aux graves dérives d’Al Adl wal Ihsane, surtout en ce qui concerne la place accordée à Abdeslam Yassine, élevé par les siens au rang des Prophètes et des Apôtres »( Dixit Mohammed Boudarham).
S’il y a une chose qui mérite d’être jetée à la décharge de l’Histoire, ce n’est pas la constitution marocaine ni l’institution royale comme le souhaite la Jamaâ de cheikh Yassine, mais c’est la Jamaâ elle-même, avec ses visions, ses rêves et ses ambitions…
Le jour où la Jamaâ sera prête à sortir du joug des rêves délirants de son chef spirituel, à prendre du recul et à faire son autocritique, à ce moment-là, elle pourra espérer conquérir les cœurs et les esprits d’une partie des marocains.

6- Les Adlistes ne se considèrent pas comme des Sujets du Roi. Autrement dit, ils sont Hors-Sujets.
Contrairement à ce que pense la Jamaâ de Cheikh Yassine, rien n’empêche d’être en même temps Sujet du Roi et citoyen à part entière.
Etre Sujet du Roi n’a rien de péjoratif, ni de dévalorisant, ni d’humiliant. Etre Sujet du Roi ne signifie pas vivre sous le joug et devenir esclave.
Etre Sujet du Roi signifie en fait vivre sous la responsabilité et sous la protection du Roi.
Etre au service de sa patrie et de son Roi ne signifie aucunement être servile. Les marocains d’aujourd’hui, à l’instar de leurs glorieux ancêtres, ont toujours été au service de leur patrie et de leur Roi tout comme les Sultans qui se sont succédé au fil des siècles, se sont toujours considérés comme les premiers serviteurs du Royaume et du peuple marocain.

7- La Jamaâ est contre tout et contre tous, à l’exception de son guide Abdeslam Yassine. La Jamaâ ne reconnaît pas les opinions contraires aux siennes. Tous ceux qui ne soutiennent pas Cheikh Yassine et n’acceptent pas d’adhérer ou de sympathiser avec la Jamaâ sont déclarés ennemis d’Al Adl wal Ihsane et considérés comme des valets du Makhzen, des « Baltagias de Sidna » et des suppôts de Satan.
Tous ceux qui osent critiquer la Jamaâ sont taxés d’agents des services secrets marocains ou de personnes à la solde du Makhzen. Ce qui est inconcevable, c’est que les membres de la Jamaâ se croient au-dessus de tout reproche et de tout soupçon.
La folie n’est pas toujours synonyme de démence et de déraison. La folie est aussi et surtout le fait de croire dur comme fer qu’on a toujours raison et qu’on est les seuls à avoir raison.
Si on veut vivre comme une nation civilisée, on doit respecter nos différences et on ne doit exclure personne. Au Maroc, il ne doit pas y avoir de place pour ceux qui prônent l’intolérance et l’exclusion.
Les membres de la Jamaâ, à l’instar de tous les marocains sont des citoyens à part entière. Le Maroc a besoin de tous ses hommes et de toutes ses femmes.
Al Adl wal Ihsane n’a pas le droit de s’exclure de la société marocaine ni d’exclure quiconque de la communauté islamique. La Jamaâ devrait mettre un terme à son auto-exclusion du champ politique national et prôner une politique basée sur le débat avec les pouvoirs publics.
Qui dit Jamaâ dit communauté.
Qui dit communauté dit vie en commun et en communion avec les autres.
Or, la Jamaâ de cheikh Yassine a choisi de se retirer de la communauté marocaine et de vivre en marge de la société. La Jamaâ, c’est ce qui rassemble et non ce qui divise. La Jamaâ doit être l’expression de l’unité, de la solidarité et de la fraternité et non de la désunion, de la discorde et de l’instabilité.

8- Les responsables de la Jamaâ affirment que les gens ont peur de rejoindre leurs rangs. Il est vrai que les gens ont peur, mais ils n’ont pas peur du Makhzen, ils ont peur de la Jamaâ elle-même et de ce qu’elle représente. Même les élites modernistes du pays voient en la Jamaâ un ennemi à éradiquer et une menace pour l’émergence d’une véritable démocratie au Maroc.
En effet, la Jamaâ fait peur aux élites marocaines pour lesquelles elle est synonyme d’extrémisme et de promotion d’un agenda caché visant l’instauration à terme d’une « république islamique » à l’Iranienne.
« La Jamaâ de Cheikh Yassine est un mouvement en déphasage avec les préoccupations réelles du pays en quête de modernité, de démocratie et de progrès. Un mouvement inscrit en porte-à-faux avec l’Histoire d’un pays qui a cultivé au fil des siècles, l’image de creuset de tolérance, de fraternité et de stabilité » (Dixit : M’hamed Hamrouch).
Ainsi, une grande partie des marocains a peur de la Jamaâ d’AL Adl wal Ihsane, comme cela apparaît à travers les commentaires publiés sur certains sites et sur certains forums.
Pourquoi ce mouvement fait-il peur aux marocains ? C’est à la Jamaâ elle-même de se poser la question et d’y répondre. C’est à elle de faire son autocritique.

9- Al Adl wal Ihsane est-il un mouvement pacifiste ou une menace terroriste ?
Même si la Jamaâ de Cheikh Yassine prétend être pacifiste et dit bannir la violence, tout le monde sait que le rejet de la violence politique n’est que de façade.
Au-delà de l’image d’une organisation pacifiste affichée par cette Jamaâ et au-delà des discours conciliateurs de certains de ses membres, la réalité de son activisme sur le terrain nourrit de véritables suspicions sur les soubassements réels de ses objectifs. C’est justement la dualité de son langage qui laisse présager le pire.
Un leader de la Jamaâ de Cheikh Yassine n’a-t-il pas déclaré en réaction à l’idée d’organiser une campagne de propreté lancée par des jeunes du mouvement du 20 Février. : « Si nos rues devaient être nettoyées, ce serait bien du sang qui y coulerait. » ?
Ce qui est certain, c’est que la Jamaâ de Cheikh Yassine, tout comme le FIS en Algérie, signera son arrêt de mort le jour où elle optera pour l’action violente.
Tous les observateurs s’accordent à dire que Cheikh Yassine a transformé ses disciples en outils de rébellion contre le pouvoir. Le leader de la Jamaâ est accusé d’avoir « ouvert la voie à la FITNA » en appelant à la désobéissance tout en s’appuyant sur des visions, hallucinations et fausses inspirations, induisant en erreur des milliers de fidèles naïfs, ne sachant rien de ses véritables intentions et qui se sont transformés en soldats de Yassine.
Comme le dit si bien Abdelatif Mansour dans son article intitulé : « Cheikh Yassine est-il un chef terroriste ? » (Maroc Hebdo/ 21-11-2008)
« Avec Al Adl wal Ihsane dans nos murs depuis quelques décennies, sommes-nous face à un Islamisme politique pacifiste ou en présence d’une pépinière d’extrémistes en herbe, d’une bombe à retardement qui a de plus en plus mal à retarder son échéance fatidique ?
Pour Lakhdar Ferrat, journaliste algérien installé à Bruxelles et auteur d’un livre-enquête intitulé « Al Adl wal Ihsane, de la désobéissance civile à la terreur » (Edition Amazigh, Bruxelles, 2006) ; point de doute : « Le discours d’Al Adl wal Ihsane prépare ses militants au Djihad » analyse-t-il dans un entretien à Maroc Hebdo.
« J’ai peur que le mouvement d’Al Adl wal Ihsane n’éclate en groupes autonomes incontrôlables après la mort de Cheikh Yassine. C’est le grand danger. Car il y aura sûrement des groupuscules qui décideront de prendre les armes », s’inquiète Lakhdar Ferrat.
Après Yassine, le déluge ?
La meilleure façon de faire face à la montée de l’intégrisme et de lutter contre les mouvements radicaux, est d’accélérer le processus de démocratisation du pays et de procéder à plus de réformes au niveau politique, économique, social et culturel.
En effet, pour lutter contre le danger que représente la Jamaâ de Cheikh Yassine, la solution réside en des réformes qui soient à même de répondre aux attentes et aux revendications de toutes les couches sociales.
Avec plus de démocratie, de liberté et de dignité, les marocains seront moins réceptifs au discours du mouvement de Cheikh Yassine.
Le moyen le plus sûr et le plus prometteur pour bâtir un Maroc démocratique et développé est de travailler dans le cadre de la monarchie. Al Adl wal Ihsane, s’il veut entrer dans la scène politique, doit respecter les fondamentaux de la nation marocaine et accepter la monarchie et l’alternance des gouvernements inhérente à une démocratie plurielle. Pour mieux dire, le mouvement d’Al Adl wal Ihsane devrait travailler à visage découvert et pénétrer par les portes et non par les fenêtres.
L’instant historique que vit le Maroc recèle des dangers et l’heure est à l’unité pour aller de l’avant sur le chemin des réformes.
Tout un chacun est en mesure de voir que le Maroc de Mohammed VI n’est pas celui de Hassan II. Le Maroc ne vit plus la même conjoncture politique. Il n’y a plus le même environnement qu’à l’époque. Cependant, la Jamaâ de Cheikh Yassine suit son chemin sans tenir compte des évolutions que connaît le Maroc.
N’en déplaise aux ennemis et adversaires du Maroc aussi bien ceux de l’intérieur que de l’extérieur qui formulaient des vœux pour que notre pays connaisse en 2011 le même scénario que celui vécu par la Tunisie, le Yémen, l’Egypte, la Libye et la Syrie. Mais Dieu Le Tout-Puissant en a décidé autrement.
Malgré quelques brises matinales dominicales, « Le vent de la colère et de la révolte n’a pas soufflé sur le Royaume de la tolérance et de la sagesse ».
« Aucun pays n’est à l’abri des changements et des mutations. Au Maroc, nous disons oui au changement, mais pas à n’importe quel prix ! Oui à un changement positif progressif, rationnel et méthodique et non à un changement négatif, radical, aveugle et désordonné ! Le peuple marocain aspire à un changement dans la continuité et non dans la rupture.
60 ans après la révolution du Roi Mohammed V et du peuple marocain, nous voulons une autre révolution du Roi et du peuple sous l’égide du souverain Mohammed VI. Au Maroc, nous voulons une révolution du Roi et du peuple contre la pauvreté, le sous-développement, l’analphabétisme, la corruption, les détournements de fonds, la discrimination, le chômage, les abus de pouvoirs, la marginalisation… » (Dixit Ahmed Addou/ Actu-Maroc/ 18 Février 2011)
Le peuple marocain avec à sa tête le Roi Mohammed VI a réussi à créer un modèle démocratique endogène, sans violence, dans la paix civile et dans le respect des institutions.

10- A la question du journal « Le Monde » (2000) :«Quel est votre projet maintenant ? », Cheikh Yassine avait répondu : « Primo : l’éducation ; Secundo : l’éducation ; Tertio : l’éducation ».
Au lieu de jouer un rôle dans l’éducation et la mobilisation du citoyen de manière à le rendre utile à la société, et au lieu de concentrer son action sur l’aspect purement éducatif (j’entends par là prosélyte et spirituel), la démarche entreprise par la Jamaâ s’avère être en fait un vecteur incitatif à la subversion contre l’Etat et la société.
En ce qui nous concerne, nous disons oui à l’éducation à condition qu’elle ne soit pas synonyme de lavage de cerveau, d’intoxication, d’endoctrinement, de matraquage systématique, de démagogie et de propagande. Oui à une éducation qui vise la conscientisation, l’épanouissement et la promotion de l’être humain, une éducation qui vise le respect de l’autre, le partage, une éducation qui rime avec ouverture, avec responsabilisation, avec engagement, avec tolérance, avec coexistence, avec droit à la différence et avec Foi en Dieu. Une Foi qui se conjugue avec Amour du prochain, avec paix, avec cohabitation, avec tolérance, avec sagesse, avec entraide et non avec confrontation, avec intolérance, avec dogmatisme, avec charlatanisme et avec extrémisme.
Une Foi qui rime avec unicité, union et solidarité et non une Foi qui rime avec obscurantisme, fanatisme, désunion et déstabilisation. Une foi qui purifie les cœurs, fortifie les âmes et mobilise toutes les énergies et non une Foi inhibitrice, destructrice et déstabilisatrice.
Une Foi qui invite au partage, à la solidarité et à la communion et non une Foi qui appelle à la discorde, aux dissensions et à la division.

En guise de conclusion, je voudrais m’adresser au nouveau chef de la Jamaâ, M. Mohamed Abbadi. D’abord, à l’homme sage qui mérite tout le respect dû à son âge. Ensuite, au musulman et au croyant dont personne ne met en doute la foi. Puis au marocain dont personne ne remet en cause le patriotisme, et enfin à l’enseignant qui mérite toute notre considération et toute notre gratitude.

Très estimé M.Abbadi, tout ce que je vous demande, c’est de tourner la page et d’ouvrir un dialogue serein avec les hauts responsables marocains. Le Roi Mohammed VI n’est pas le défunt Roi Hassan II. Le Maroc de 2012 est tout à fait différent de celui des années 80, tant sur le plan politique, économique que social.
Certes, il reste beaucoup à faire et c’est là que vous pouvez intervenir avec tous les membres de la Jamaâ pour participer à l’essor du Maroc, pays qui aime tous ses enfants et qui a besoin de toutes les forces vives de la nation.
Tous les observateurs s’accordent à dire que la Jamaâ d’Al Adl wal Ihsane se trouve actuellement à la croisée des chemins. Soit elle évolue, soit elle est condamnée à disparaître.
La Jamaâ devra rompre avec son rêve d’une république islamique et entreprendre une mue vers des positions plus démocratiques.
La Jamaâ ne pourra pas continuer éternellement à exister en marge de la loi et en dehors de la reconnaissance de l’Etat.
Pourquoi la Jamaâ a-t-elle choisi d’être le fer de lance de la politique du pire ? Pourquoi a-t-elle opté pour la rupture, l’affrontement et la confrontation avec l’Etat ? Pourquoi la Jamaâ veut-elle à tout prix une révolution au lieu de contribuer à l’évolution du pays ?
L’ordre du jour de la Jamaâ ne devrait plus être l’abolition de la monarchie, mais la réforme de la monarchie.
Pourquoi ne pas opter pour la normalisation à travers le dialogue ? Pourquoi ne pas vous confiner dans votre rôle initial, celui d’un mouvement spirituel et social et celui d’une association caritative ? Pourquoi la Jamaâ ne tranche-t-elle pas une fois pour toutes en optant de façon claire et sans équivoque soit pour le religieux et l’associatif, soit pour le politique ?
Pourquoi ne laissez-vous pas la politique aux politiciens et axer votre action sur l’éducatif, le spirituel et le social ?
Pourquoi ne pas prendre exemple sur Jamaât Attabligh, qui reste attachée à la monarchie et dont le seul objectif est l’appel à la voie de Dieu ?
Une Jamaâ qui prône la pratique de la prédication, avec une orientation strictement apolitique qui s’appuie sur six principes : la croyance en un Dieu unique, la prière avec dévotion, la connaissance et le rappel perpétuel de Dieu, l’amour et la générosité envers tous les musulmans, l’intention sincère, la prédication et les sorties pour répandre la parole de Dieu.
Autrement dit, le rôle de la Jamaâ devrait se limiter à contribuer à édifier l’avenir du Maroc par l’appel au renouveau dans la compréhension de la religion et des préceptes du Coran et de la Sunna dans le cadre de l’unanimité de la nation autour de ses valeurs. .
Pour mieux dire, le champ d’action de la Jamaâ doit se situer au niveau spirituel et s’éloigner sensiblement de l’action politique.
Mais au cas où la Jamaâ déciderait d’adhérer à l’action politique, elle pourrait prendre sa place dans le paysage politique marocain à condition qu’elle accepte de reconnaître la légitimité de la monarchie et le rôle central joué par le Roi Mohammed VI en tant que commandeur des croyants (Amir Al Mouminine).
En outre, Al Adl wal Ihsane doit accepter le pluralisme politique sans forcément se positionner comme étant détendeur de la vérité, de la seule vérité et sans chercher à imposer sa logique et son hégémonie.
Je sais qu’au sein de la Jamaâ , il existe un groupe radicaliste qui s’oppose à tout dialogue avec l’Etat et des groupes modérés qui sont disposés à négocier une porte de sortie honorable avec le pouvoir.
Si vous vous obstinez, si vous refusez de changer de feuille de route et si vous restez attachés à «votre rêve », celui de déstabiliser la monarchie et de la remplacer par une république islamique, soyez assurés que vous ne réussirez qu’à provoquer la FITNA dans votre propre pays et vous aurez comme adversaires plus de trente millions de marocains qui maudiront votre nom et celui de votre Jamaâ jusqu’au jour du jugement dernier.
Si par contre, vous optez pour la normalisation et la réconciliation, vous éteindrez les braises de la FITNA et le nom ainsi de votre Jamaâ brillera de mille feux et restera gravé dans le cœur et la mémoire de tous les marocains.

Puisse Dieu le Clément, le Miséricordieux, fortifier notre Foi et nous guider sur la bonne voie !
Puisse-t-il aussi éclairer notre Roi et inspirer tous les marocains à parler d’une seule voix !


AHMED ADDOU
Enseignant à Oujda


Tagué : Ahmed Addou

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