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Stephen Kinzer - CGNews - publié le Mercredi 29 Octobre à 11:33

Afghanistan : des renforts ne donneront pas la victoire




Stephen Kinzer : Malgré leurs divergences de vues concernant la gestion de la guerre américaine en Irak, les sénateurs John McCain et Barack Obama s’entendent tous les deux pour envoyer des renforts de troupes en Afghanistan. Ils ont tort tous les deux. L’histoire s’égosille à le leur dire, mais ils font la sourde oreille.



Ils feraient bien tous les deux d’aller jeter un coup d’oeil à un tableau de l’artiste britannique Elizabeth Butler intitulé “Les restes d’une armée”. Il dépeint le seul survivant d’une colonne britannique forte de quinze mille hommes qui avait tenté une traversée de 150 Km en territoire afghan hostile, en 1842. Sa silhouette, émaciée, vaincue, est un rappel hors du temps de ce qui arrive aux armées étrangères qui prétendent soumettre l’Afghanistan.

Comme une bonne partie de la politique des Etats-Unis à l’égard du Moyen-Orient, la démarche McCain-Obama relève plus de l’émotion que du réalisme. C’est l’émotion qui conduit de nombreux Etats-Uniens à vouloir punir les auteurs des explosions du 11 septembre 2001. Pour eux, c’est en faisant la guerre aux talibans qu’ils y parviendront.

Quand on leur dit que toute victoire sur les talibans est impensable et que la seule chance qu’ont les Etats-Unis de conclure une paix en Afghanistan passe par un compromis avec les dirigeants talibans, c’est presque de la trahison.

Cette réaction réflexe fait fi du modèle de loyautés changeantes qui a caractérisé la société tribale afghane au cours des siècles. Les alliances se déplacent selon des intérêts mouvants. Les chefs de guerre qui soutiennent les talibans ne sont pas forcément les ennemis des Etats-Unis.

Et s’ils l’étaient aujourd’hui, ils ne le seraient pas forcément demain.

Ces dernières semaines, cette vérité élémentaire a commencé à s’infiltrer dans le débat sur la politique occidentale à l’égard de l’Afghanistan. Des chefs de guerre d’allégeances opposées se sont réunis discrètement en Arabie Saoudite. Le ministre afghan de la défense a évoqué la possibilité d’un “règlement politique avec les talibans”. Sans aller aussi loin, Robert Gates, le secrétaire à la défense, s’est déclaré ouvert, s’il le fallait, à ce que “la réconciliation fasse partie du processus politique”.

Mais Gates, prenant une fois de plus ses désirs pour la réalité, a récité allègrement le mantra McCain-Obama : l’envoi de renforts peut pacifier l’Afghanistan. Parlant quelques jours après qu’une évaluation des services du renseignement eut conclu que les Etats-Unis sont pris dans une “spirale descendante”, Gates affirme qu’”il n’y a pas de raison d’être défaitiste ni de sous-estimer la possibilité de réussir sur le long terme”.

En réalité, ce qu’on définit comme une réussite pérenne en Afghanistan, c’est-à-dire un niveau de violence acceptable et l’assurance que le territoire afghan ne sera pas utilisé comme base de lancement d’agressions contre d’autres pays, ne sera possible que si les effectifs de terrain, bien loin d’être renforcés, sont allégés.

Une série sans répit d’attaques américaines en Afghanistan a causé des “dommages collatéraux” sous forme de centaines de civils tués, ce qui aliène précisément les populations dont les alliés auraient besoin.

Tant que la campagne se poursuit, de nouvelles recrues afflueront dans les rangs des talibans. Ce n’est pas par hasard que les talibans ont prospéré depuis le début de la campagne de bombardements actuelle. Elle permet aux talibans de se draper dans le manteau de la résistance à l’occupant étranger. Mission sacrée s’il en fut en Afghanistan.

La guerre américaine en Afghanistan sert aussi d’agent recruteur à Al Qaïda. Elle attire un nouveau flux de combattants étrangers dans la région. Il y a quelques années, ces militants allaient en Irak pour y combattre le “grand Satan”. Aujourd’hui, voyant les Etats-Unis monter en puissance dans leur guerre contre l’Afghanistan et les régions voisines du Pakistan, c’est là qu’ils essaiment.

Même si les Etats-Unis entreprennent une désescalade, le pays ne connaîtra jamais la stabilité tant que le commerce de l’opium fournira d’énormes sommes d’argent au militantisme violent. Eradiquer la culture du pavot reviendrait à éradiquer les talibans : bonne idée, mais peu réaliste.

L’éternelle rengaine des bombardements et de la terre brûlée, insupportable pour les Afghans ordinaires, doit faire place à une politique de protection des cultures, avec, à la clef, le rachat de toute la production de pavot par les Etats-Unis. Une partie de la récolte pourrait être transformée en morphine médicinale, le reste détruit. La récolte du pavot afghan est estimée à quatre milliards de dollars par an. Cet argent, il vaudrait mieux qu’il se retrouve dans la poche des cultivateurs afghans plutôt que balancé sous forme de missiles sur leurs villages.

Bien loin d’apaiser ce conflit explosif, l’envoi de renforts américains ne ferait que l’attiser. Certes, tout compromis avec Al Qaïda serait à la fois inimaginable et moralement insupportable. Mais les talibans sont un autre mouvement. Une habile négociation avec les chefs de clans, fondée sur une authentique volonté de compromis, serait seule porteuse d’espoir pour l’Afghanistan. C’est une démarché inspirée, non par l’émotion, mais par les réalités.




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