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APS - Fodhil BELLOUL - publié le Mercredi 15 Mai à 10:39

"Acewwiq": menaces sur un chant profond de la Kabylie




Alger - Chants profonds et nostalgiques exécutés sur un rythme libre, poésie religieuse ou profane improvisée majoritairement par des femmes dans diverses circonstances, "acewwiq", un des genres les plus représentatifs de la culture musicale traditionnelle Kabyle, disparaît peu à peu.



"Acewwiq": menaces sur un chant profond de la Kabylie
Il constitue aujourd’hui un vaste chantier de recherche pour sa préservation et son classement au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco.

Popularisés sous le nom d"Acewwiq" ou "Achouiq", ces chants regroupent un vaste répertoire musical et poétique, encore mal défini. Cela va des chants accompagnant le travail domestique jusqu’à une forme de poésie amoureuse exclusivement féminine, en passant par des pièces d’inspiration religieuse exécutées par les mystiques des confréries soufies.

Chanté sous forme de mélopée solitaire pour exprimer la tritesse de la perte d’un être cher ou pour extérioser ses tourments, en groupe lors des fêtes familiales et de funérailles ou pour accompagner des travaux dans les champs, l’ "Acewwiq" est encore pratiqué dans certaines régions de Kabylie par les femmes les plus âgées.

En témoignent des enregistrements datés de 2012 et réalisés par les étudiants de Mme Ait Kadi Dahbia, enseignante de littératures populaires à l’Université de Mouloud Mammeri, dans la région de Mâatka (Tizi-Ouzou) lors de la cueillette des olives.

Mais les bouleversements sociaux et techniques, la rupture de transmission entre les générations constatée par les chercheurs, menacent cette pratique de disparition. A cette réalité, s’ajoute le nombre restreint de recherches menées sur ce genre musical et poétique, à commencer par sa transcription.

La réticence des personnes pratiquant encore ces chants à être enregistrées ou filmées, constituent une autre entrave à la recherche, explique Ait Kadi Dahbia dont les propos sont corroborés par l’ethnomusicologue, M. Mhenna Maffoufi, dans son ouvrage de référence "Chants de femmes en Kabylie".

Se confondant avec "Asvoughar", désignant les chants de circoncision et de naissance, avec "Adhekker" (du vocable soufi "Dhikr" signifiant se remémorer le nom de Dieu) propre au chants religieux ou encore "Ahiha", une sorte de poésie amoureuse et érotique féminine, le terme "Acewwiq" lui même reste équivoque pour les chercheurs, toujours partagés sur une défintion commune.

"Acewwiq désigne un mot d’origine arabe utilisé par les Kabyles dans deux sens distincts: partir ou voyager, pour le premier, et chanter pour le second qui devient synonyme de +Agheni+, désignant le chant profane", explique l’ethnomusicologue.

Un patrimoine musical à classer

De son acception religieuse, attestée par des "poèmes mystiques de la confrérie Rahmanya en Kabylie", poursuit M. Mahfoufi, le mot "Acewwiq" devient, à partir des années 1940, synonyme d’une forme de "poésie profane" en raison du contenu même des émissions radiophoniques et gâce aux chorales féminines de cette époque, à l’origine de sa popularité.

"Sous l’impulsion de Boudali Safir, missionné par l’administration coloniale à la fin des années 1940, la section kabyle de +Radio Algérie+ s’est vue dotée d’une chorale féminine +Nouba l’khalat+(...) à laquelle se son jointes au début des année 1950 Ourida, Djamila, Cherifa et Hnifa (chanteuses populaires kabyles) et auxquelles nous devons beaucoup..." dans la préservation de "Acewwiq", rappelle M. Mahfoufi.

Pour respecter les codes régissant la société kabyle d’alors "qui aimait la musique mais n’aimait pas avoir de musiciens au sein des familles", poursuit-il, "le mot +Acewwiq+, utilisé pour désigner le chant profane va remplacer celui d+Aghenni+, connoté "péjorativement", explique-t-il.

"Jusqu’à la fin des années 1980, sur les ondes de la chaîne II, le mot "Acewwiq" prendra le sens de "Mestekhber" qui désigne les +timbres+ au rythme non mesuré sur lesquels on chantait les sept modes caractéristiques de la musique traditionnelle kabyle...", dira-t-il.

Ce sont toutes ces différences dans la définition de "Acewwiq" qui montrent l’étendue du travail qui reste à mener avant d’en soumettre la candidature au classement de l’Unesco au titre de patrimoine immatériel de l’humanité.

Un travail qui nécessite d’abord un état des lieux sur tous les travaux qui ont été menés sur le genre" et "d’inscrire Acewwiq au patrimoine culturel national", préalable au classement de "Acewwiq" explique M. Hachi, directeur du Centre national des recherches préhistoriques anthropologiques et historiques (Cnrpah).


Tagué : Acewwiq, femmes, Kabylie

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