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CGNews - Emarrakech - publié le Samedi 14 Février à 09:23

« Accros » à l’opium afghan




Jonathan Power - Londres – L’administration Obama se prépare, à juste titre, à faire pression sur les Européens pour l’envoi d’un plus grand nombre de soldats en Afghanistan.



Les Européens, eux, refusent, à juste titre, de s’enliser dans une guerre d’usure dans ce pays – comme ce fut le cas des Russes dans les années 1980 ou des Américains au Vietnam, une dizaine d’année auparavant. Il n’y a rien de pire que d’être obligé de battre en retraite, la queue entre les jambes, et de devoir ensuite répondre de la mort, inutile, de milliers de braves jeunes gens face aux électeurs.

La solution à ce paradoxe est la suivante : les Européens devraient utiliser leur bon sens aussi bien que leurs soldats et faire front au problème de la culture du pavot afghan, qui fournit 90% de l’héroïne vendue en Europe et finance plus de 80% des activités des Taliban.

Cela m’amène à un entretien mémorable que j’ai eu avec le président général Pervez Moucharraf, il y a deux ans à Islamabad, (entretien publié dans le Prospect Magazine de mars 2007). Celui-ci avait suggéré alors que l’Occident introduisît une politique agricole commune par rapport à ce problème – autrement dit, faire ce que l’Union européenne et les Etats-Unis font pour certaines denrées agricoles – et acheter les récoltes de pavots afghans avec l’argent de l’Etat.

« Acheter la production de pavots est une idée à explorer » m’avait-il dit en réponse à une question que je craignais être provocatrice. « Le Pakistan n’a pas les fonds nécessaires. Nous aurions besoin de l’aide des Etats-Unis ou de l’ONU. Nous pourrions acheter toute la production et la détruire. De cette façon les cultivateurs, pauvres, n’auraient pas à en pâtir. »

C’est l’International Council on Security and Development qui avait eu d’abord l’idée d’acheter les récoltes de pavots en Afghanistan. En adoptant cette option, on ferait d’une pierre deux coups en résolvant deux problèmes à la fois. D’une part, on empêcherait les cultivateurs de pavots à opium de se retrouver, malgré eux, à la merci des Taliban en tant que protecteurs mais aussi en tant que clients, narco-trafiquants prêts à acheter leurs denrées. D’autre part, la production du pavot afghan pourrait servir de roue de secours notamment aux les plus pauvres d’Asie et d’Afrique, qui souffrent de fréquentes pénuries de médicaments opiacés.

Des millions de personnes meurent chaque année en souffrant terriblement, par manque de médicaments pour soulager leurs douleurs. Mourir ce n’est pas très drôle, mais mourir en passant par une longue et terrible agonie, c’est ce que l’être humain peut connaître de plus effroyable. L’Inde, l’Australie et la Turquie (encouragée par les Américains dans cette voie depuis 1974) sont les seuls pays autorisés à cultiver le pavot sous la supervision de l’Organisation mondiale de la santé. Ce sont les pays occidentaux qui achètent la majeure partie leur production.

Inutile de dire que l’idée pose de nombreux problèmes du point de vue pratique en Afghanistan. Si les prix fixés sont trop élevés, cela risquerait d’augmenter le nombre de paysans cultivant le pavot. Par ailleurs, selon des économistes de l’ONU, spécialistes dans le domaine de l’agriculture, même dans le cas où le prix fixé par le gouvernement serait élevé, les trafiquants feraient tout simplement une contre-offre plus intéressante, ayant l’assurance que la majorité de ceux à qui la drogue est destinée – les toxicomanes – paieront la note. Dans le cas où le prix n’était pas assez élevé, les paysans continueraient à vendre en tout cas une partie de leur récolte au marché noir. Même s’il fallait payer un supplément, pour l’Europe, le coût en serait toujours moins cher que celui engendré par l’envoi de nouvelles troupes et l’escalade de la guerre.

Mais dans ce qui vient d’être dit, on n’a pas pris en compte la nature humaine et ce, particulièrement dans le contexte d’une nation profondément musulmane où tout le monde sait que les préceptes de l’islam condamnent fermement la drogue – y compris les Taliban qui à une époque faisaient de même. Seul le désespoir a conduit la plupart des paysans à cultiver le pavot. Réflexion faite, ils préféreraient vendre toute leur production à l’Etat, disons au prix du jour, d’autant plus, sachant que leur produit va aider des gens qui souffrent.

Sartaj Aziz, expert de renom dans le domaine de l’agriculture et ancien ministre de l’agriculture et des finances du Pakistan a écrit à Prospect Magazine pour dire qu’il aimait l’idée d’achat des récoltes et que celle-ci devrait être mise en œuvre à titre d’expérience dans une des régions d’Afghanistan regorgeant de champs de pavots .

Je me suis entretenu longuement sur ces questions avec le président Moucharraf et sa réponse a été la suivante : « Ecoutez, analysons la possibilité, évaluons les coûts qu’elle implique et voyons si c’est faisable ».

Selon un article de Bernd Debusmann paru dans le New York Times la semaine dernière, James Nathan, ancien fonctionnaire du Département d’Etat estimerait, dans un document sur le point d’être publié, le coût total d’une telle opération à presque 2,5 milliards de dollars par an – pas tant que cela finalement en comparaison aux 200 milliards de dollars déjà dépensés par les Etats-Unis dans l’effort de guerre (ce chiffre ne tenant pas compte de la participation de l’OTAN).

Ainsi, cette éventuelle stratégie serait bien plus efficace dans la lutte contre les Taliban et Al Qaeda que l’envoi d’un nombre quelconque de nouvelles troupes au combat. Mais il en faudrait quand même quelques-unes pour encadrer l’achat en bloc des récoltes, garantir qu’il n’y ait pas de détournements clandestins et maintenir l’ordre dans les districts en règle. Le président Barack Obama a lancé un appel pour de nouvelles solutions face à certains problèmes dans le monde qui semblent insolubles.

Eh bien, en voilà une.


Tagué : accros, afghan, opium

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