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Pr. Mourad Alami - publié le Vendredi 29 Novembre à 12:37

Abdellah Laroui, UNESCO, NATIONS UNIES c’est moi!






Afin de comprendre de quoi il s’agit, je vais décrire en quelques lignes le rôle inestimable que joue l’Unesco, Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture, dans le domaine de la connaissance, étant donné que son objectif majeur est d’apporter une contribution substantielle à la paix, l’éducation, la culture, la science et le respect des droits de l’homme, qui implique d’une manière idoine « les droits linguistiques », la justice et les libertés fondamentales, tout en s’abstenant de procéder à une exclusion, marginalisation de l’autre du point de vue sexe, race, langue ou religion.

L’Unesco qui compte aujourd’hui 195 pays membres, y compris le Maroc, a fait sien la « Déclaration universelle sur la diversité culturelle et linguistique » en 2001 afin de mettre en valeur tous les projets de vie, les langues et cultures d’un pays ; et sans l’impulsion décisive de cette organisation mondiale, la « liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité » n’aurait jamais vu le jour, début 1972. Et c’est juste l’Unesco qui a milité en 2011 pour la reconnaissance de la Palestine comme état membre, tout en se mettant à dos les Etats-Unis et Israël qui ont procédés à des coupes budgétaires considérables. Rien que les Etats-Unis, leurs représailles se sont soldées par un retrait de plus de 22% du budget de l’Unesco ; exprimé en chiffres, au lieu de 653 millions de dollars, pas plus de 507 millions.

Ce que tous les panarabistes, conservateurs islamisants ou non, toute couleur confondue, n’ont pas réussi, l’Unesco a su l’imposer, tout en reconnaissant ainsi l’état de la Palestine. Mais Essi Eebdella attaque d’une manière délibérée l’Unesco, ou bien par négligence et certainement par ignorance ; ce qui est en fin de compte un but qu’il vient de marquer contre son propre camp, autogoal. Sans que le grand timonier de l’arabité s’en rende vraiment compte. L’âge peut-être ? Etant donné qu’il avait de temps à autres des trous de mémoire sérieux et qu’il affichait quelques hésitations, désorientations spatio-temporelles et difficultés de concentration récurrentes, bien qu’il a fourni des efforts considérables et s’est mieux préparé cette fois-ci que lors de son interview avec un quotidien arabophone.

Il faut rappeler à Laroui que sans l’Unesco la médina de Fès n’aurait jamais eu la possibilité de renaître de ses cendres ; perle de notre culture et langue plurielles, amazigho-arabe en particulier. Si l’ancien Président de l’Unesco Amadou Mahtar M’Bow n’avait pas tiré la sonnette d’alarme en avril 1980, et si l’Unesco n’avait pas diligenté une étude poussée et une expertise exhaustive en la matière, déclarant un an plus tard la ville comme « patrimoine mondial de l’humanité », la médina de Fès ne serait aujourd’hui qu’un mont de décombres et de cendres. C’est également le cas pour la ville de Marrakech, déclarée « patrimoine mondial de l’humanité » en 1985 ; la place de Jamee Lefna connaîtra le même sort en 2001. Le grand historien et « timonier des documents dinosauriques »  devrait maîtriser mieux son domaine avant de vouloir nous éclairer sur la langue et la linguistique ; une discipline qui lui échappe.

A ma grande surprise, Laroui affirme à présent, jusqu’à même dénigrer cette institution crédible, et surtout digne de confiance, que l’Unesco n’a rien à voir avec la langue, la culture, la science et l’éducation. Règlement de comptes d’une âme tourmentée ?  Désolé, c’est de l’arrogance pédantesque et une bravade puérile. Il va jusqu’à décrier les libertés fondamentales et la suprématie des obligations internationales en matière des « droits de l’homme » auxquels le Maroc a adhéré, tout en recevant des aides inestimables, aussi bien de l’Union Européenne, plus de 500 milliards de centimes, que des Etats-Unis. On ne peut pas instaurer des institutions internationales, comme l’Unesco, les Nations Unies etc., la culture des « droits de l’homme » tout en se basant sur des propos fantaisistes, vides de sens, sans preuves formelles ni référence plausible en l’occurrence.

Essi Eebdella veut à tout prix vilipender l’Unesco parce que l’article 9 de la « Déclaration Universelle des droits linguistiques » de l’UNESCO est claire et contre toute sorte d’hégémonie linguistique ; je cite :
 
« Toute communauté a le droit de codifier, de standardiser, de préserver, de développer et de promouvoir son système linguistique, sans interférences induites ou forcées. »

C’est pour cela qu’il est absolument nécessaire de commencer dans le futur proche avec la codification et standardisation de la langue marocaine qui doit être une langue médiane entre la langue populaire, la darija, et l’arabe, le marocain, tameghrabit, tout court. Je n’ai pas besoin de parcourir des milliers de kilomètres pour m’approvisionner en matière de langues, langue que la quasi-totalité des MarocainEs ne comprennent pas et qui existe que dans les livres somnambulesques et les flashs éphémères des « news ».

Je veux voler de mes propres ailes, me concentrer uniquement sur moi-même, sur ma riche langue et culture millénaires, sur le local, « le Maroc est mon parti », comme l’a recommandé Sa Majesté, sans toutefois exclure l’arabe qui doit préserver sa place en tant que langue de littérature, de liturgie et des allocutions officielles, toutefois notre langue d’enseignement de toutes les matières, surtout scientifiques, du primaire jusqu’au doctorat, doit être la langue marocaine. Etant donné qu’on explique déjà ces matières en marocain, dans toutes les écoles primaires, les lycées, même à l’université. Où est alors le problème? Autrement le français pour les nantis, l’arabe pour les pauvres.

Et là, Laroui a au moins cédé hier, 27/11/2013, la place au discours de la raison, au lieu de celui de l’humeur ; unique idée positive qui reflétait, correspondait à la réalité, autrement son discours, son château de cartes a été fondé sur des erreurs graves de raisonnement ; tout en parlant à maintes reprises de « la langue populaire », « la langue marocaine » comme s’il s’agissait « d’un dialecte », bien qu’on sait en tant que linguiste et spécialiste des langues que « la langue marocaine » n’est pas « un dialecte », mais « une langue populaire », « une langue vernaculaire », tout en disposant de multiples « dialectes et socio-dialectes », différentes variantes langagières, telles le « bidhawi », « merrakchi », « jebli », « titwani », « sefriwi », « gadiri », « roudani ».

Essi Eebdella fait constamment l’amalgame entre « le dialecte » qui est un parler local, restreint à une ville, une région et « la langue populaire », « la darija », qui est parlée dans tout le pays. Nord, sud, est, ouest, autrement on n’aurait jamais eu la possibilité de communiquer entre nous, et il fallait créer une nouvelle langue. La « langue marocaine » est notre logiciel commun.

Le problème de Laroui et consorts est qu’ils n’ont toujours pas compris que toutes les langues ont été des « langues populaires », des « dawarij », au début : l’arabe, le français, l’anglais, l’allemand, le chinois, le japonais, le danois, le néerlandais, l’espagnol, le portugais, l’italien etc. Qu’ils s’informent avant d’interférer dans des domaines qui leurs sont étrangers. Toutefois, Essi Eebdella s’obstine à vouloir nous enfermer à tout prix dans un panarabisme passéiste qui nous a mené droit à l’impasse. Le constat est là, l’échec de l’arabisation à outrance ! Songe d'une nuit d'été.

L'arabe n'a qu'une chance de s'établir de manière pérenne au Royaume: renaître dans la langue marocaine, autrement aucun avenir. Autre impudence qui dérange, pour Eebdella il n'y a que l'arabe qui a droit à respirer, vivre sous cette air marocaine, toutes les autres langues : marocain, amazighe, ce ne sont que du « folklore », ses propos. Un complexe d'infériorité maladif qui perdure, sans date limite de consommation. Laroui est l'incarnation de la pensée panarabiste, passéiste, tout en n’oubliant pas de feuilleter hier devant le public le plus large possible son livret vieillot, décati de 1930. Fièvre nostalgique ? Sûrement.

Impossible de traiter toutes les étourderies irresponsables du discours de Laroui. Pour lui la langue turque est un échec, bien que cet idiome est la langue du progrès, de l’essor économique et de la création de la richesse. PIB : 774 milliards de dollars américains, revenu par habitant : 14.517 dollars, « Groupe des vingt »; production intellectuelle : 20.000 titres, tous les états arabes et de l’Afrique du Nord : 14.000 titres, 76 millions d’habitants contre 300 millions d’habitants, états arabes et de l’Afrique du Nord. Traduction : 1500 titres par an contre 350. Je voudrais bien avoir les problèmes de la Turquie ; ce « dragon économique » du Bosphore. Pour Essi Eebdella, ce n’est rien que des « bulles d’air ».

Il ne manque pas une occasion de faire savoir que tout le monde connaît des problèmes d’enseignement, tout en tentant de relativiser même les chiffres qui ne connaissent pas la triche, le mensonge. De 100 élèves, 6 seulement obtiennent leur licence. En 2005 250.000 élèves ont abandonné l’école, 2012 ils seront 370.000. Pour lui ce n’est rien, des bagatelles. Il veut absolument notre ruine. Il parle de « la langue marocaine », comme si cela n’était que du tapage médiatique, de la fanfaronnade, des propos sans fondement : « une fois on quitte le Royaume, qui parle le marocain »? Ses propos. Si les Français partent pour l’Allemagne, pays voisin, personne ne les comprendra là-bas, cela vaut aussi pour la Pologne, les Pays-Bas, l’Estonie etc. Soyons sérieux Essi Eebdella, c’est du pur abrutissement.

Sa vision simpliste et totalitaire du monde est : « une langue », « une nation», de préférence « arabe », du Golfe Persique jusqu’à l’Atlantique ; et cela pour plus de 300 millions d’habitants qu’ils soient Arabes, Amazighs ou Kurdes, peu importe la diversité linguistique, et même si cela va à l’encontre et bafoue d’une manière irresponsable les obligations internationales des «droits de l’homme ». Il a parlé du maltais, langue de travail de l’union européenne, mais il ne nous a pas donné d’autres modèles réussis comme celui du norvégien, pays qui compte à son actif 3 prix Nobel de littérature, langue de 5 millions d’habitants, alors que les 300 millions d’Arabes, d’après ses propos bulldozeristes, dénigrant toute sorte de diversité linguistique, n’ont que Najib Mahfoudh ; et cela est étroitement lié à la langue d’enseignement, administrée dans un langage qui n’est pas vivant comme le norvégien. Faut-il encore une fois crier au complot ? Il n’y a pas un seul appareil, un seul logiciel qu’on a pu créer à l’aide de la langue arabe. Soyons raisonnables !

Conclusion : la langue marocaine, langue médiane entre « la langue populaire », « la darija », et « l’arabe » est la langue de l’avenir, de la prospérité et de la création de richesse. Tout projet de langue non praticable, toute autre langue qui n’est pas vivante, viable, prête à se développer de façon permanente, comme l’esperanto par exemple, connaîtra un de ces jours, tôt ou tard, une attaque apoplectique ou le sort de « la Belle au bois dormant », sans que quelqu’un vienne à son réveil.

Pr. Mourad Alami
Universitaire, écrivain et traducteur


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