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par Naif Al-Mutawa - publié le Lundi 16 Novembre à 12:34

A notre époque, va savoir qui pourrait....






Koweït City - On peut être vraiment brillant, jeune et privilégié et en même temps parfaitement stupide. Je m'en suis rendu compte - c'était la première fois - pendant l'été 1989: un couple d'amis américains, vêtus du costume arabe qu'ils m'avaient emprunté et brandissant des carabines à eau, "sema la terreur" sur le campus de l'Université Brown.
Le lendemain de ce faux attentat, un étudiant arabo-américain convoqua une réunion publique pour protester contre le caractère raciste de ce canular. Pourquoi était-il si remonté?

Sur le moment je ne l'avais pas compris. Aujourd'hui je comprends mieux.

Faisant cours, un de ces jours, à l'Université du Koweït, sur les fondements biologiques du comportement, j'ai distribué à mes étudiants en médecine deux articles, l'un paru dans le New York Times et l'autre dans le New Yorker Magazine. Après avoir éliminé tous les indices concernant les personnes et les lieux, j'ai demandé aux étudiants de lire ces articles et d'essayer de deviner où l'incident avait eu lieu.

Le premier article portait sur un groupe de religieux, connus comme “le Parti [de Dieu”, qui réclamait des sanctions sévères à l'encontre de celles et ceux qu'on aurait surpris en train de flirter le jour de la Saint Valentin. Valentin étant un saint chrétien, célébrer ce jour, rappelaient-ils, était donc en toute rigueur contraire à leur religion. Et ils menaçaient de marier illico tout couple surpris en train de se conter fleurette. On a parlé, à leur propos, de "talibanisation".

Mes étudiants se représentaient ces purs et durs en train de persécuter les malheureux amoureux, et, comme un seul homme, ils décrétèrent : ce n'est évidemment qu'en Arabie saoudite que cette histoire abracadabrante avait pu se passer. Mais ils avaient tort, mes étudiants. En réalité, l'épisode avait eu lieu en Inde, et la divinité en question était un dieu hindou. Pour cette fois, Allah ne s'en tirait pas trop mal.

Dans le second article, une femme s'indignait: des "talibans stupides" s'étaient jetés sur elle juste après qu'un monsieur étranger l'avait arrêtée dans la rue : "Qu'est-ce qu'il était mignon, son bébé!". Dès que l'homme fut parti, trois camionnettes entourèrent la femme, une demi douzaine de barbus en descendirent et se mirent à l'interroger: "Qui étaient ces gens, qu'est-ce qu'ils lui voulaient?"

Cette fois mes étudiants ne s'en sortaient pas, pour le lieu : ils étaient partagés, à égalité, entre l'Afghanistan et l'Arabie saoudite. Trottaient dans leurs têtes des images de la police des mœurs maniant le bâton dans les rues de Kaboul ou de Ryad. Les idées que se faisaient mes étudiants volèrent en éclats lorsqu'ils découvrirent que ce "Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice" rôdait dans les rues de New York, et que la religion en question était le judaïsme. Décidément, Allah n'était toujours pas dans le coup.

On a pu montrer que les chimpanzés se font la guerre pour défendre leur territoire. J'ai expliqué à mes étudiants que le fait de s'attaquer à tous ceux qui ne partagent pas vos idées ce n'est rien d'autre que de faire la guerre pour un territoire intellectuel. Or le terrain du religieux relève de l'immatériel, il ne peut être délimité concrètement. Et je concluais en disant que les extrémistes ont bel et bien raison de récuser Darwin et ses travaux: à l'évidence, ce ne sont pas eux qui vont corroborer sa théorie de l'évolution.

Dans mon idée, je voulais faire comprendre à mes étudiants que l'extrémisme n'est rien d'autre que le résultat d'une surchauffe des neurotransmetteurs. Ou plutôt, d'une sous-chauffe. Ni l'islam, ni le judaïsme, ni l'hindouisme ne créent l'extrémisme. Ce sont les gens prédisposés à l'extrémisme qui versent dedans au nom de leur foi, quelle qu'elle soit

Ce qu'il y a de plus extraordinaire dans mon histoire, c'est que mes étudiants koweitiens, en désignant l'Arabie saoudite comme le lieu probable où s'étaient déroulés les deux incidents, ont en fait associé leur propre religion, l'islam, à ces faits extrémistes.

A l'époque de l'Internet et de la télévision par satellite, mes étudiants du Koweït ne sont pas plus à l'abri de théories abusives que ne le sont leurs camarades arabo-américains de Brown University.

Mais voilà: si les jeunes musulmans, dans leur formation, finissent par identifier l'extrémisme à l'islam, et sont convaincus que le fanatisme est l'authentique expression de leur religion, le problème est alors beaucoup grave que nous ne pouvions l'imaginer. Faire passer l'aberration pour la norme est le danger qui nous guette. Nous qui sommes les communicateurs dans un monde de multimédias avons donc un devoir de vigilance: rappeler à chaque instant et sans relâche quelles sont les vraies valeurs de l'islam.

***

* Naif Al-Mutawa, est le créateur de The 99, la BD de superhéros inspirés d'archétypes islamiques.Article paru d'abord dans The Philadelphia Inquirer, écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 17 avril 2009, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=253...


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