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Jawad Kerdoudi - publié le Mercredi 2 Octobre à 10:43

68ème Assemblée Générale de l’ONU : Résultats mitigés






68ème Assemblée Générale de l’ONU : Résultats mitigés
L’Assemblée Générale de l’ONU qui s’est ouverte le 17 Septembre 2013 à New York, et qui réunit tous les dirigeants du monde a commencé ses travaux en abordant deux questions importantes : la crise syrienne et le nucléaire iranien.

Après de longues tractations, un accord a été trouvé le 26 Septembre 2013 au Conseil de Sécurité de l’ONU sur la destruction en Syrie des armes chimiques. Il faut rappeler que suite au massacre par des armes chimiques le 21 Août 2013 dans la banlieue  de Damas, les Etats-Unis et la France ont menacé la Syrie de frappes aériennes. Devant l’opposition  farouche  de la Russie, et une opinion publique occidentale peu favorable, ces frappes ne sont plus à l’ordre du jour suite à la proposition russe de destruction de l’arsenal chimique syrien. La résolution adoptée à l’unanimité par le Conseil  de sécurité de l’ONU  indique que toute utilisation des armes chimiques est une atteinte à la sécurité internationale. Elle prévoit le recours à la justice pour les responsables ayant utilisé des armes chimiques. Enfin elle fait référence au chapitre VII de la Charte de l’ONU qui prévoit le recours à la force en cas de non respect des obligations nées de la résolution.

Certes, cette résolution de l’ONU est une avancée par rapport au blocage opéré par la Russie au Conseil de sécurité, mais elle comporte plusieurs lacunes. Tout d’abord, elle n’est pas placée expressément sous le chapitre VII de la charte. Ce qui veut dire que si la Syrie ne respecte pas ses engagements, il faudra une nouvelle résolution du Conseil de Sécurité pour l’utilisation de la force. Cette résolution ne fait pas non plus référence à la Cour pénale internationale qui aurait permis de traduire Bachar Al Assad devant cette juridiction. Enfin elle ne fixe pas de calendrier précis de destruction des armes chimiques, ce qui permettra au régime syrien de faire traîner en longueur. Si cette résolution règle en théorie le problème des armes chimiques, elle n’apporte aucune solution à la guerre civile syrienne, où Bachar Al Assad continue de tuer chaque jour des civils par des armes classiques (référence le 28 Septembre 2013 à un attaque aérienne du régime syrien contre un lycée).

D’ailleurs, la Coalition nationale syrienne (CNS) qui regroupe la majorité des opposants au régime syrien, a manifesté son insatisfaction en réclament un cessez-le-feu immédiat, la libération des prisonniers, un calendrier pour des négociations politiques, et la traduction de Bachar Al Assad devant la justice. Cette insatisfaction est perceptible également au sein de la Ligue Arabe, où Qatar a réclamé l’instauration en Syrie d’une zone d‘exclusion aérienne et la création de couloirs humanitaires, alors que l’Arabie Saoudite a demandé un cessez-le-feu immédiat. Certes, on parle d’une conférence Genève II en Novembre 2013 pour entamer les négociations entre le régime syrien et les opposants, mais sans aucune précision pour le moment. En définitive cette crise syrienne marque l’affaiblissement de l’Occident dans les relations internationales, et la remontée de la Russie dans la scène mondiale.

L’autre événement qui a marqué cette 68ème Assemblée Générale de l’ONU est la présence à New York du nouveau Président iranien Hassan Rohani. Ce dernier a remplacé le virulent Ahmadinejad, et se présente comme un dirigeant modéré en indiquant notamment que « l’Iran n’est pas une menace pour le monde ». Il faut rappeler que l’Iran a toujours affirmé qu’il n’avait pas l’intention de se doter de l’arme nucléaire, et qu’il souhaitait utiliser l’énergie nucléaire à des fins civiles. Cependant, il a manifesté peu de transparence vis-à-vis de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) qui a indiqué dans son dernier rapport daté du 28 Août 2013 que l’Iran disposait de 185,8 kg d’uranium enrichi à 20%, alors qu’il en faut 240 kg pour fabriquer l’arme atomique.

Les négociations entre les Six (5 membres permanents de l’ONU plus l’Allemagne) et l’Iran concernant la question du nucléaire datent d’une décennie sans aucun résultat concret. L’ONU et l’Union européenne ont mis en place des sanctions contre l’Iran dont l’impact est évalué de 15 à 20% sur le PIB iranien. Ces sanctions concernent les produits pétrochimiques et les métaux précieux, les exportations d’hydrocarbures, et les restrictions sur les activités bancaires. Lors de la dernière réunion avec l’Iran en Avril 2013 qui s’est tenu à Alma-Ata (Kazakhstan), les Six ont réclamé la suspension de l’enrichissement de l’uranium à 20%, la sortie du territoire iranien de la plus grande partie du stocks d’uranium déjà enrichi à 20%, et la désactivation du site militaire de Fardow.

La présence du Hassan Rohani à New-York a été marquée par des rencontres symboliques, telles celle du Président iranien avec François Hollande, ou celle des Ministres des Affaires Etrangères américain et iranien, qui ne sont jamais rencontrés depuis la crise de 1979. Elle a été aussi marquée par un entretien téléphonique entre le Président Obama et le Président Rohani. Il a été décidé que les négociations concernant le nucléaire iranien reprendront à Genève les 15 et 16 Octobre 2013, et qu’il est prévu une période d’un an pour trouver une solution définitive à cet épineux problème.

On ne peut que se féliciter du nouveau comportement du Président iranien Hassan Rohani, à condition que les actes suivent les paroles. Sous la présidence de Ahmedinejad, l’Iran avait pratiqué une politique intérieure et extérieure extrême. Il faut espérer que le Président Rohani puisse améliorer la démocratie et la liberté dans ce grand pays musulman riche par sa culture et ses richesses naturelles. Il faut que la pression de la religion sur la société iranienne diminue, et que ce pays s’ouvre davantage sur l’extérieur. Au niveau de la politique extérieure, il faut espérer que l’activisme iranien au Liban, en Syrie et partout dans le monde ralentisse, et que le problème du nucléaire soit réglé afin que l’Iran puisse retrouver sa place sur la scène mondiale. Il faut enfin espérer une réconciliation entre l’Iran et les pays Arabes (notamment le Maroc), et entre les deux grandes composantes de la religion musulmane : le sunnisme et le chiisme.

Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI
Institut Marocain des Relations Internationales


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